sans détour poils et plis et ombres sur le corps d’Albrecht Dürer la faculté immobilisée la figure humaine consolante s’enfoncer au dedans l’individualité insensée l’affect libéré dore le désir de soi cette convoitise tactilité de l’incarnation les cheveux apprêtés pleins de conjecture leur longueur retenue engendre l’allure folle le côtoiement sans fin allongement du tourment idylle pénétrante l’élaboration rouée si je devais étendre les ailes ici recharge de la vision interminable et le présent pénétrant l’aile et l’affaissement et la mort sont doux longs pépiements après les vastes orages quelqu’un à nouveau contemple les paysages qui s’étendent polis et secs et sublimes nous nous penchons dérangés et cela persiste et continue mon art couvre de silence l’entièreté de l’image la conscience à ce point épineux domaine de l’immensité légendaire comète dispensant teinture du visible et néant illuminateur
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L’ultima cena
Quelle que soit ma destination,
j’abreuve les sceptiques et
je nourris mes sœurs,
tou.te.s invité.e.s
à se délecter de mets aigres-doux
autour d’une table sans langue de bois.
D’abord, j’installe les convives :
une serviette
aux genoux frileux
un verre
aux lèvres embrasées.
Si la destination est absolue,
le temps du voyage est compté ;
je dois quitter la tablée,
enveloppée d’un tablier.
Dans la cuisine
aux parfums alléchants,
je découpe méticuleusement
les doigts qui insistent,
les langues qui flattent,
les yeux qui reluquent.
Ils se répandent
sur la planche en bois,
en fragments irrespectueux
qui ont souillé ma peau.
Dans une grande casserole
aux intestins bouillants,
je déverse soigneusement
ces morceaux méprisables.
Je les fais revenir à feu doux,
je tempère leurs arômes,
saveurs « je t’ai dit non ».
Derrière les fourneaux,
je prépare le glaçage :
les demi-portions à point,
j’utilise des mots crus
pour leur rafraîchir la mémoire.
Je les asperge
d’aigreur
du désir unilatéral,
d’amertume
du plaisir à sens unique,
du sel des larmes impuissantes
qui coulent dans le métro bondé.
Dans la salle à manger,
mes convives s’impatientent.
J’arrive en fredonnant :
« Qui veut une part
de soupe à la grimace ?
Qui, d’entre vous,
aura les yeux plus gros
que le bas-ventre ? »
L’ingrédient secret dévoilé,
ma recette du consentement
n’est pas au goût du jour.
Sans doute ses notes épicées,
son croquant sous la dent…
Pourtant, mes amies se régalent.
Ma voisine aux joues creuses
a même repris des couleurs.
Elle me glisse
entre deux bouchées :
« Qu’est-ce que c’est bon
d’avoir la panse pleine ! »
La digestion s’impose,
l’esprit s’évade.
Malgré le brouhaha,
je planifie déjà
le prochain repas,
le prochain voyage.
Bleuie
Elle, bleuie d’encre et de chimère.
A tenter d’emprunter les sentes invisibles. Sur les bords des riens. De reflets évadés en revers intérieurs. En se glissant songeuse entre ces parenthèses, elle cueille ici et là des bruissements allègres, et des morceaux d’arcs-en-ciel.
Une odeur de forêt profonde monte de chaque miette de terre, de chaque écorce d’arbre l’ inondant de fragrances .
D’un lent regard, comme progressant d’un pas alangui, elle scrute les échos creusés de lumière , étouffés dans la pénombre.
Une peinture de Van Gogh, une sorte d’icône. Et ses étonnements sous la peau. Elle, toujours à fixer ces fissures de lueurs. Et à voir ce que nul ne voit, tout cet entrelacs de buissons de bleus qui ensemencent et embaument jusqu’à l’os.
Il y a ce moment étrange, quand tout chavire puis s’éparpille en langues de verre, en esquisses de conscience : l’invisible adoubé. En ce lieu liminaire, s’éterniser.
S’éclaircir de ces lumières.
Je range
Personne ne le voit
Je range
Ce désordre là
Ce n’est pas le mien
J’ai décidé de tirer au sort les jours de la semaine
Marre des impositions directes
Au réveil
Je pioche
Voilà on est mercredi
Dans le métro
Les gens s’écartent
Surtout ceux des lundis
Le mercredi je ne suis pas malade
Le mercredi je fais des choses qu’on ne peut pas mesurer
Je le fais exprès
Avant de me coucher
Je fais un vœu pour le lendemain
Dimanche j’aime pas
Y a du monde
Suffit pas de le penser
J’ouvre la fenêtre
Je gueule
On m’a fait des propositions en lettres minuscules
J’ai refusé signé là en bas de la page merci
Extension de décharge
De quoi
De tout
Pour la vie
J’ai coché oui.