Sur la montagne ce soir,
La lune est aussi blanche que le jour.
Elle éclaire mon esprit sombre.
Le froid est partout.
Nos pieds ont décidé de ne plus frôler le sol, gelé.
La cabane est close désormais.
Ils ne veulent pas sortir.
Dans la lucarne je vois briller l’astre de la nuit.
Neige au soleil.
Elle fait de l’ombre aux bougies.
Est-ce que quelqu’un voit ce que je vois ?
Je me demande si à l’aube
Le soleil en fera autant.
Tag / écrire avec Adrien Lafille
Un moment avec un ami
Ici, il y a plusieurs sortes de vents. Certains puissants balayent le sable, l’eau, la poussière. Certains violentent les collines. D’autres caressent les peaux comme une main bienveillante.
Ici, les vents se battent, s’engouffrent dans les rues de la ville et claquent les volets des maisons. Personne ne peut rien faire.
Ils grognent aux portes, transforment les pavés en une patinoire poudreuse, agressent les yeux , la bouche et coupent les souffles.
On dit de certains vents qu’ils apaisent la pierre, adoucissent les angles, bercent les enfants. Ceux-là sentent la chaleur du désert, l’éclat des passions, ils étonnent.
Ici, on attend l’arrivée de ce vent qui viendra – dit-on – apaiser les conflits et calmer les esprits guerriers.
Tu as marché dans ce dédale de rues, les yeux fermés pour respirer ce vent.
L’air s’est engouffré largement dans tes bronches, dans tes alvéoles impatientes et, les yeux fermés, tu as pleuré une larme de bonheur.
Je ne sais pas si j’aime les fleurs. Certaines. Le lilas peut-être, les coquelicots quand ils sont une armée, les tournesols l’été.
Il en pousse même en plein hiver sur la tapisserie de mamie, énormes, leurs pétales ont l’air sales, et le soir lorsqu’elle sort la vieille lampe à pétrole les tournesols ont des visages à cause des cicatrices de l’ombre. Je ne sais pas si ça me fait peur.
Il en pousse début juillet tout au bout du rang de maïs qu’une bande d’adolescents castrent d’une main distraite pour se faire quelques sous. Ça paiera le camping, les clopes, les packs de bière. Il est midi. Le soleil cogne. Derrière le champ de tournesols, il y a la rivière, ils y plongeront tout à l’heure
et ça leur fera un bien fou.
Il fut de feu l’été de ton premier salaire. De feu et de sueur.
Il en pousse dans l’odeur enivrante des manuels scolaires et dans le silence des musées. La table est plus jaune qu’eux. J’ai douze ans. Je ne sais pas si j’aime la peinture.
Il en pousse mais moins que de roses et que de myosotis dans les poèmes.
Moins que d’orties.
On m’a offert un tournesol une fois. C’était une fille, je ne me souviens plus laquelle, qui ne voulait pas qu’on l’oublie.