Y aura-t-il un moment 
Juste un moment de bleu
Sans rideau
Sans trahison
Un moment de danse futile
Où ton corps portera des éclats

Y aura-t-il un moment 
Où tu diras Pourquoi
Où j’entendrai Pourquoi
Où le soir venu
Tes pas suffiront à combler le vertige

Y aura-t-il un moment 
Où tes mains oseront
Où ta voix répondra à l’écho
Où ta voix mangera le silence

Y aura-t-il un chemin
Un petit bout de route
Un caillou enjambé

Y aura-t-il un jour sans fin
Où je saurai enfin 

Un moment avec un ami

Ici, il y a plusieurs sortes de vents. Certains puissants balayent le sable, l’eau, la poussière. Certains violentent les collines. D’autres caressent les peaux comme une main bienveillante. 

Ici, les vents se battent, s’engouffrent dans les rues de la ville et claquent les volets des maisons. Personne ne peut rien faire. 

Ils grognent aux portes, transforment les pavés en une patinoire poudreuse, agressent les yeux , la bouche et coupent les souffles. 

On dit de certains vents qu’ils apaisent la pierre, adoucissent les angles, bercent les enfants. Ceux-là sentent la chaleur du désert, l’éclat des passions, ils étonnent.

Ici, on attend l’arrivée de ce vent qui viendra – dit-on – apaiser les conflits et calmer les esprits guerriers. 

Tu as marché dans ce dédale de rues, les yeux fermés pour respirer ce vent.

L’air s’est engouffré largement dans tes bronches, dans tes alvéoles impatientes et, les yeux fermés, tu as pleuré une larme de bonheur.

Dimanche Miel

Dimanche n’est pas un jour de pluie

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La pluie est gluante de miel. Parfois.

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Parfois les dimanches épuisent les passions.

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Les passions ont le goût sucré du temps suspendu

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Le dimanche est jour de rien

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Rien ne ressemble à la couleur du miel

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Tu colores les dimanches sur des papiers de soie

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La soie du miel est un miroir de douceur

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La douceur d’un dimanche matin éparpille les rêves

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Les rêves sont des nectars 

Nos yeux

J’écoute tes yeux pour tenter de comprendre Mais je ne t’entends rien, tes yeux se taisent Tes yeux voilés comme des miroirs sans tain Tes yeux barbouillés par je ne sais quelle ombre qui s’échoue comme la mer, au bord de tes paupières 

 Tes yeux ronds nuageux comme ceux d’un oiseau dans la gueule d’un chat 

 Ne pense pas que je veuille traverser les frontières 

 Même si mes yeux te mangent quand les tiens distants s’accrochent au plafond 

 Je sais que nos yeux regarderont un jour l’océan sans savoir que c’est l’eau qui bleuit l’horizon

Animale

Ses mains ont caressé des chiens
des oiseaux des peaux
Ses mains comme des chevaux ont couru sur des peaux
Des chevaux sur des peaux
Le galop de ses doigts sur des paupières humides
Le galop de ses doigts
Ses mains faiseuses et combattantes ont caressé des peaux

Ses mots chancellent dans l’air comme des oiseaux blessés
Ses mots se traînent déplumés sans accord
Ils s’envolent au hasard, se heurtent, s’empoussièrent
Se heurtent et s’empoussièrent
Le vent chasse les nuages, assèchent les paupières
Ralentit le galop et dispersent les mots

Ses doigts un jour comme de l’eau glacé
Ses mains un jour des chevaux effondrés
Ses mots un jour des oiseaux endormis
Un jour l’odeur d’un feu pointu comme un buisson mordant

Un grain, des grains, de tout petits riens,

Peau piquetée de petits riens,

Semis à la volée comme points de suspension

Égrainés au hasard, comme perles tourmaline

Accidents minuscules sur les plis d’une peau

Peau gravelée de petits grains goudron,

Peau ciel blanc constellée négatif,

Affluence de petits riens petitement palpables,

Émergence de grains de peu

Compter les petits grains, les petits beaux,

Les petits joyaux qui font une peau.

Elle traverse les espaces les yeux presque fermés elle sait se repérer elle ne voit qu’à moitié elle connait le chemin les dangers les angles elle sait cinquante ans qu’elle y circule dans cette maison des mains qui guident des mains des yeux l’escalier à monter elle s’obstine à grimper des mains qui frottent les murs tandis qu’elle regarde le sol qu’elle regarde ses pieds qu’elle voit le brouillard du carrelage ou bien tête penchée elle pense à toutes les choses qu’elle a à accomplir elle parle de toutes ses choses qu’elle doit faire pour combler la journée pour vivre la journée et ses chaussons râpés aussi vieux qu’elle est vieille ça glisse tout glisse ça caresse les espaces les tapis ça sait conduire la carcasse et sa tête penchée vers l’avant elle circule là dans ce monde sa maison sa vie avance avance encore et jusqu’où et jusqu’à quand jamais non jamais quitter cette maison entêtée elle tiendra elle tiendra ne veut pas le savoir les murs se taisent et transpirent en silence le flot des existences ils résistent aux secousses eux vieilliront plus tard.

Avant de partir

Retirer les pneumatiques

Avant de partir

Pied sur le frein

Antipatinage des roues

Respecter les distances de sécurité

Avant de partir

Immobiliser le véhicule

L’alerte est donnée

Température maxi STOP

Affichage

Affichage

Le véhicule chauffe plus vite en roulant

Avant de partir

Rabattre les sièges arrière afin d’accéder à la

serrure par l’intérieur du coffre.

Pied sur l’embrayage

Couper le courant

START/STOP

Un compte à rebours commence.

Ouvrir prudemment le capot

Avant de partir

Déclenchement du dispositif d’antidémarrage du moteur

Affichage

Affichage

NO START IN

POWER

SCR

CONNECT NAV

ALL-IN-ONE

Avant de partir

Ne pas toucher

Ne pas masquer

Ne pas laisser

Ne pas faire fonctionner

Ne pas actionner

Ne pas utiliser

Ne pas appliquer

Ne rien fixer

Ne pas enlever

Ne pas confondre

Avant de partir

Ne jamais

! Ne jamais

! Ne jamais

Aller devant

Le TGV roule vite 

Quand on court on va plus vite que quand on marche 

Le champion du monde du 200 mètres est arrivé le premier

Le cœur bat quand on est vivant 

On ne peut pas revenir en arrière 

Quand on avance on ne recule pas 

J’ai gonflé palpité essoufflé assoiffé 

J’ai cru que c’était ça j’ai mangé des records 

J’ai gagné j’ai perdu j’ai eu peur 

J’ai pleuré 

J’ai frappé ma tête sur des j’aurais pas dû 

J’y vais 

Les yeux giclés de sang la fièvre 

Et les cellules en bataillons 

Les muscles tendus par la rage 

Un déchaînement de particules 

Un souffle contenu un cœur sur le qui-vive 

Un but un objectif 

Vas-y 

Cours après les années marathone 

Que vois-tu dans le miroir quand s’égrènent les secondes 

Et les minutes et les années 

Contraint comme toi d’aller devant 

Sans pouvoir se saisir du monde 

Mais va, avance 

Tu ne peux pas reculer

Un conte cruel

Les incomplètes

Il y a longtemps de cela, une femme fatiguée et malade mis bas une paire de filles pour la douzième et dernière fois. Elle eut bien du chagrin de se voir une fois encore engrossée comme une vache qui revient du taureau. Elle accoucha dans la douleur de deux filles incomplètes et hideuses. On ne pouvait dire laquelle était la plus ratée des deux. La mère ne ne leur donnât pas de prénom tant elle détestât les fruits de cette copulation.

Les jumelles étaient loupées, trouées de partout mais se complétaient l’une l’autre. L’une avait des dents acérées que l’autre n’avait pas. L’une avait une main que l’autre n’avait pas. L’une avait une langue que l’autre n’avait pas. L’une avait des viscères que l’autre n’avait pas. Et ainsi deux corps distordus, bosselés, amputés, deux corps agissant étrangement dans l’ombre de l’humanité. Pas un geste de l’une sans que l’autre en fit un.

Quand l’une croquait une pomme, l’autre tuait un oiseau. Quand l’une vomissait, l’autre arrachait des fleurs. Quand l’une voulait effacer son visage, l’autre giflait la mère. Elles étaient incomplètes et ne le savaient pas. Elles grandirent ainsi, unies à jamais dans l’absurdité de leur vie.

Etrangement, l’une et l’autre se mirent à penser à l’amour. L’une et l’autre rougissaient ensemble et leurs coeurs palpitaient plus vite quand elles pensaient plaisir. L’une et l’autre se lovaient comme des chattes en chaleur.

Comme il se doit, dans les contes où des filles attendent un prince charmant, le prince arrive. Le voila ce bel innocent en quête d’une jolie blonde qui saurait le combler. Elles eurent un même désir en voyant le désirable mâle. Qui de l’une ? Qui de l’autre ? Il fallu bien trancher.

L’une attira le prince, l’autre saisit la hache. Elle tranchèrent ainsi l’étalon, s’en sentirent comblées mais pour un temps seulement.

Car l’amour appelle l’amour, le désir, le désir et la hache, la hache.