Colère

/ N’oublie pas la chienne qui hurle aux loups 
qui ne veulent pas entendre
/ Aboie les plus fort que du fond des forêts les plus sombres
/ Apprends que ce qui rougeoie dedans ne tient qu’à l’empreinte indélébile que d’autres ont laissée dans ton ventre fertile
/ Ne couvre plus le feu qui incendie l’envers de tes contours et le cœur des cavernes 
/ Reconnais que la mer est impétueuse face aux digues qu’elle avale et au ciel qu’elle déploie  
/ Rends toi à ce qui se lève encore derrière les paupières du monde 
/ Retourne en solitude pour faire éclore l’orage
/ Et rappelle ta meute 

Des images

C’était un mirage sans doute. Une image mais floue, que l’on déflore d’un œil suffisamment perçant, un oeil comme une lame. Une image comme une peau que l’on s’empresse de dépecer. Peu à peu, la pellicule en surface s’en va. Il suffit de peler suffisamment. Alors on atteint le cœur des choses.
En fait, on pourrait voir avec les mains plongées dedans. La façon un peu sale de voir vraiment, aussi avec le ventre. Elle sait qu’on ne peut parvenir loin qu’en y mettant les doigts, qu’en se confrontant au sang. C’est là, dans la chair et le sang qu’elle y voit clair.
Je dois exercer ma vue. Voir en profondeur. Ce serait comme développer un don de clairvoyance, tu vois ? C’est une histoire de vision au-delà des apparences. Parce que ce que tu aperçois n’est qu’apparence. Je sais, dit comme ça, ça a l’air con. Tellement une évidence.

Ce sont les aveugles qui voient le mieux car ils ont acquis une sorte de double vue. Je devrais me crever les yeux mais je n’en ai pas le courage alors souvent, je les garde fermés. Je les ouvre seulement pour moi-même.

Elle ignore la pelure de peau qui recouvre les souvenirs. Ils sont un cahier d’images foutraques, bordéliques, consultables à l’envers, ou au hasard. Feuilleter de façon aléatoire, c’est bien aussi, pense-t-elle.

Merci mon dieu de placer autant de faits réels dans mes mirages, autant de réalité dans mes déserts. Elle ignore exprès que les souvenirs ne sont qu’une version revisitée des choses, qu’elles n’ont de réalité que l’apparence sensorielle, qu’elles sont aussi éloignées émotionnellement du réel qu’une oasis. Mais elle fera semblant d’y boire. Elle fera semblant d’y croire.

Paon-Du-Jour

Mon corps, Écoute-moi !
Ce soir, tu te transformes.
Mon corps, Écoute-moi!
Tu te fais Paon-Du-Jour.
Pour ne vivre qu’un jour,
Dans ta robe de soie.

Mon corps, Écoute !
Le Paon-Du-Jour c’est l’ Éphémère !
Le Paon-Du-Jour c’est le Rouge Absolu !
Prends-en tous les atours.
Incarne-le et vas-t’en!

Mon corps, tu comptes les jours.
C’est difficile !
 » Combien font 35 par 365?
Et si l’on prend en compte
Les années bissextiles ? »
Débarrasse-toi de ces questions !
Elles ne te servent pas !

Mon corps, Écoute-moi !
Le Paon-Du-Jour est Beau.
Le Paon-Du-Jour est Multiple.
Accompli la métamorphose.
Tu seras Beau et Multiple
À ton tour.

Pose ton Front
Contre le torse de l’homme que tu aimes.
Puis ton Nez.
Puis ta Bouche.

Expire l’air de tes poumons.
Tout l’air de tes poumons.
Ton souffle y ouvrira une voix.
Tu t’y engouffreras.
Il sera ta matrice !
Il sera ton cocon !

Empli l’espace du corps aimé.
Prends-en toutes les formes :
Ce Dos épais qui porte la maison.
Qui n’en frémit pas !
Ces mains qui ébauchent des mondes.
Des jours plus vastes que les jours !
Et ce cerveau en odyssée !
Ces mouvements qui savent bercer !
Dont tu ressens le rythme.
De l’intérieur.

Tu n’auras plus besoin de ton propre dos.
Tu n’auras plus besoin de tes propres mains.
De ton propre Cœur ou de ton Ventre.
Invisible et à l’Abri.
Soulagé.

L’émergence,
C’est la naissance du Papillon. 
Empreinte le chemin inverse !
Puisque tel est ton Souhait.
Oublie tes Hésitations !
Puisque tel est ton Souhait.
Ta place prise en lui,
Le monde t’oubliera.
N’en ressens pas de regrets !
Le monde t’oubliera.
Mais pas ce Corps,
Que tu habites,
Enfin.

Que ma joie demeure !

Sois souriante, ma tristesse
Soulève les brumes et les voiles
Sois implacable, vengeresse
Et sous les larmes, ton âme, dévoile

Sois impatiente, ma tristesse
De quitter cette humaine peau
Sois volubile, pars en vitesse
Vers d’autres êtres, d’autres maux

J’ai confiance en toi, ma tristesse
Infidèle, tu me seras
Je vois là toute ta noblesse
Se détachant de mon cœur las

Résurgence

Ointe tes fissures
Qui suintent tes blessures
Puis reprise-les en points de suture.

Dépose ton armure
Qui asphyxie le bleu de tes veines,

Et libère ta peine
Puis range les armes
Et garde tes larmes.
L’armistice a sonné,

Plus de guerre, de batailles acharnées

Il te faut pardonner.
Amnésie ta douleur
Et ravive ta flamme,
Huile bien la mécanique
De tes battements de cœur archaïques.
Oui ! Vas y ! Dérouille les rouages,
Déverrouille tes cadenas,
Pulse encore la mesure
De ce corps presque mort.
Balance bien le rythme,
Ravive les couleurs
Et dissipe tes nuages.
Abolis toutes tes peurs
Et relance les dés du Destin,
Tu es toujours en Vie.

Fuis, froid
ton humeur broie
ce trop blanc
gel à prise rapide
fige trop vite dans les veines
ce que tu laisses à ma peau
bleuie cassante
crisse comme cristaux
me scie en surface
ton souffle gris
m’atteint avec la précision
de mille lames
m’entame ton vent
vif pure glace agglomère
en congères intérieures
m’entaillent gués à découvert
stalactites ou couteaux
ni ne montent ni
ton baiser n’a rien
d’ardent rien mais mord
dedans ma chair
frigide ce givre
que tu sculptes
dans mes entrailles
tes élégies me laissent
de marbre plaquée
dans mon hiver
mon feu finira bien
par te faire fuir

Mon angoisse

Mon angoisse
Tu m’enlaces
Comme un amant
Aimant
Comme la mer qui monte
Tu envahis mes pensées
Poison qui coule dans mes veines
Éloigne toi de moi
Va t’en
Tu m’étouffes
Tu me broies
Tu me rendras folle
Éloigne toi de moi
Que faire pour te chasser
Tu n’auras pas raison de moi
Arrière !
Au secours
Je me noie
Éloigne toi de moi
Je t’en conjure
Cauchemar éveillé
Tu es ma compagne fidèle
Rompre avec toi
Divorce souhaité
Rends moi ma liberté
Je t’en conjure