J’ai fait un pas en avant 
Plusieurs discours disent la même chose 
Si je regarde au loin ma vie s’arrête 
Le même geste se répète, un peu changé 
Ils ont connu le centre commercial entre amis
La façade s’est ouverte sous nos pieds 
J’ai placé deux miroirs face à face  
Ma main laisse sa marque dans l’air 
Demain, une autre dispute 
Apparemment je suis réel
Le code source de la page a replacé les pions
Elle est figée à proximité du belvédère 
Le personnage est peut-être une artiste 
Sa vue profonde traverse les époques 
Des coups de feu dans un rêve 
Une image ou deux retentissent

J’ai fait un pas en avant
La ville se vide sous la chaleur 
Une flamme prend le dessus sur les autres 
Quelle technique choisir pour redresser l’horizon ?
J’ai ouvert un journal au hasard 
Le vaisseau passe sans faire de bruit 
Elle est bleue, mécanique 
Je suis à l’orée de la forêt 
J’ai placé mon espoir dans les pierres 
Le chemin clignote sur la carte 
Mon écran implose, enfin
Une star de la télé s’est reconvertie dans la tech 

J’ai fait un pas en avant 
Il m’observe derrière de grandes lunettes noires 
Toi et moi nous sommes sur la Terre 
Tout se passe maintenant 

Ce soir c’est la poire craintive, qui fait son entrée sur la table à dessert.
L’endive peureuse, noyée dans un flot de mauvaise sauce disparaît dans la poubelle
d’une contorsion du poignet de la cuisinière. Le baron est furieux, c’est une grosse
légume, et elle est payée pour se mêler de ses affaires, donnez nous maintenant du
flanc au caractères d’enfants, Zan !


Il fait froid dans le pré, il gèle.
Le dos des vaches aux caractères d’enfants, ondule et frissonne dans le vent.
Sur un air de contorsion, une pieuvre aimable et un bar craintif et peureux,
Les bras étendus nonchalamment sur la corde à linge,
se mêlent pour réchauffer leurs haleines de baleine.

Les hommes aux caractères d’enfants, étaient autrefois des poupons roses et joufflus,
Leurs mères les gavaient de lait tiède où se mêle la semoule de mais à la fleur d’oranger.
Ceux ci repus d’amour voyaient leur peau se tendre, et la graisse, sur leurs cuisses,
causant leurs contorsions difficiles, il arrivait parfois qu’ils fussent rendus craintifs et peureux,
lorsqu’il fallait se battre, sauter les haies, se jeter du pont dans le fleuve.

Fragments

Il faut toujours la prendre par la main pour ne pas qu’elle s’effondre

L’écouter se perdre dans l’enfance qui revient à grands coups de ratures

Et percevoir le brouillard de ses incertitudes

Elle se perd comme le petit Poucet

dans une forêt de mots dont on peine à dérouler le sens

Il faut être caillou tout rond et délicat et l’aiderà trouver un chemin

Et donc être là, pour ne pas qu’elle s’effondre.

Dans les yeux, sur le visage, ces signes de mélancolie dans le même caractère que ce qui s’écrivait

il y a longtemps de cela.

Les rides ont raviné sa peau à force de vieillir et laissé des méandres dont on ignore la source.

Dans son lit, couché près d’elle, un petit chien en peluche qui caresse sa joue comme s’il était vivant,

modèle chiffon d’un animal qu’elle a tellement aimé.

Dans la tête ça se mêle et s’emmêle, elle appelle ses parents, elle devient petite fille soucieuse

et tourmentée. Elle a perdu son caractère d’enfants joyeux qui peuplaient son enfance.

Sur les mains, des rigoles de veines qui sillonnent la peau. Parfois, une contorsion involontaire, un mouvement machinal, le battement d’une mesure sans musique.

Et le regard craintif et peureux qui s’accroche obstinément à la vie pour ne pas s’effondrer.

Ce qui subsiste

Premier tableau

Il faut toujours que les outils soient prêts. Installés sur la grande table, les pinceaux sont disposés dans un ordre précis, selon les formes et les tailles. Il y a les pinceaux plats : longs, courts, biseautés, usés, bombés, en amande, les langues de chat, les éventails. Il y a les pinceaux ronds : longs, étroits, bouts pointus, effilés, traînards. Il y a aussi divers couteaux et spatules, des traceurs, des éponges, des rouleaux et des feutres. Il y a un sac de papiers de soie colorés, des chiffons, de la colle, du médium, un récipient d’eau claire et une grande palette. Les tubes de peinture sont classés dans des compartiments, par couleur, de la plus claire à la plus foncée.
Avant de commencer, c’est un rituel immuable : elle ouvre des recueils de poésie. Elle les feuillette, s’attarde sur des pages, souligne quelques vers. Puis, le casque sur les oreilles, elle choisit la musique qui l’accompagnera. De la musique classique souvent, ou du jazz. Sans parole toujours.

Des choses de l’enfance lui reviennent alors en mémoire. Des choses simples. Des paysages. Des émotions. La lumière, les couleurs. La courbe douce des collines dans le bleu intense du ciel. Le ruban de la rivière qui serpente dans les champs. La forêt de chênes où elle aimait se perdre. Les parfums du jardin. Les pétales ronds et délicats des églantines et ceux des roses anciennes. Le blanc pur du lys. Les teintes plurielles et capricieuses des nuages. Et les verts, toutes le nuances de vert, des plus tendres aux plus obscures.


La voici, devant la toile vierge avec ces images-là qui surgissent, avec ces souvenirs qui affluent et, comme la musique inspire, elle se saisit des couleurs, elle les manipule, les combine, les superpose. Sur la toile, la peinture jaillit. Des taches émergent du néant. Des couleurs primaires éclatent ici et se fondent là. Des lignes droites épurées éclatent en bouquets, s’écartent, se nouent, se courbent. Des zones chaudes réveillent les teintes froides. L’émotion bouscule les formes qui s’interpénètrent. La terre côtoie le ciel. Le jour chasse la nuit. Dans le même caractère organique que la musique qui flue dans les oreilles de l’artiste, la composition de la toile se structure et s’harmonise entre réserves subtiles et vastes mouvements. Une fenêtre abstraite s’ouvre toute grande et le paysage advient qui vibre dans l’espace.

Deuxième tableau

Ils ont installé l’œuvre dans le jardin. Une sculpture en pierre blanche entre deux arbres de Judée. Les troncs sont énormes comme des anacondas et ce sont des lianes tortueuses qui s’enroulent sur elles-mêmes et les branches fleuries font une voûte au dessus de l’enfant. Les fleurs en grappes commencent à faner et elles s’envolent et elles tourbillonnent puis retombent, toutes délicates, sur le corps potelé, sur ses épaules arrondies et sur sa petite tête chauve. On a laissé tous ces pétales le recouvrir et qui lui font, à présent, comme une tunique rose pourpre.

Il est couché sur le flanc, appuyé sur un coude et sa joue repose dans sa main. Il a les yeux mi-clos et un sourire très doux sur les lèvres. L’enfant qui a servi de modèle ressemble à un jeune moine ou à un ange.
Tout est silencieux et paisible, ici. Le temps fait une pause.

Troisième tableau

Jusque-là endormi et replié sur lui-même, le corps se réveille au son des percutions. Dans le faisceau lumineux qui le poursuit, d’abord maladroit et trébuchant un peu, le danseur se déploie enfin. Il s’élance, se mêle et épouse parfaitement le rythme trépident de la musique. Il trace des lignes brisées, des courbes amples, des cercles, des spirales. Il semble obéir à un rituel occulte qui se joue de l’espace et de la gravité. C’est un flux ininterrompu d’acrobaties, de pirouettes, de mouvements hétéroclites. Les gestes sont capricieux, vifs, brusques, tendres, cruels, ludiques et spontanés comme caractère d’enfants. Le danseur bondit, se roule sur le sol, marche, court, vrille, tourbillonne jusqu’au vertige. Ce corps en transe et qui exulte, se fige soudain. Les tam-tams et les djembés se sont tus. Le danseur chute sur les planches et, dans une ultime contorsion, son corps s’affaisse et se tasse. Comme un animal craintif et peureux, frappé dans sa chair par le tragique de l’existence, le danseur se recroqueville et s’enroule autour de sa blessure.

Le rideau tombe. Les lumières électriques nous aveuglent et dehors c’est la nuit.

Fragment d’elle

Je regardais la pluie par la fenêtre du salon

Il pleuvait des cordes comme des pendus

Il pleuvait fort, si fort que la pluie formait un rideau

Alors je l’ai écartée avec mes mains et je pouvais voir la mer

Je voyais des pas sur le sable et je marchais dedans, je devenais l’autre on ne devenait qu’un, une meilleur version de moi même

Je voulais taper dans l’eau, en rythme, à 69 bpm, pour faire danser les poulpes

Ou arroser la mer avec un arrosoir spider man

L’arroser pour faire pousser quelque chose de vivant, un souvenir qui n’existait pas encore

Je voulais mettre tout le sable de toutes les plages du monde dans un sablier

Pour que le temps ait plus de temps, qu’il passe plus lentement, qu’il s’allonge

Et bronze

Je regardais la mer et je mangeais une à une toutes les pages du calendrier des pompiers, celui avec plein d’images de chats

C’était coloré

Je mangeais toutes les pages, je n’oubliais aucunes dates

Je finissais toujours mon assiette

J’avalais le temps, je mâchais, je broyais avec mes molaires les mauvais souvenirs

Pour qu’ils soient plus faciles à digérer

J’ai tourné la tête pour la regarder

Les murs s’étaient un peu rapprochés d’elle, pour entendre ce qu’elle disait

Les murs entendent tout ce que l’on dit, les belles choses et les saloperies, mais les murs n’entendent pas les pensées

Les murs sont sensibles surtout les vieux murs qui ont beaucoup entendu de méchanceté, les insultes et les maux qui font mal, les mots qui détruisent

Et un jour ces murs s’écroulent de chagrin

Parfois sur les gens qui enfin se taisent

Elle préférait chuchoter, toujours

Là, je la voyais pleurer dans l’eau de vaisselle

Elle avait vidé l’évier et comme toujours, sa peine s’était écoulée

Vers les égouts

Sa peine voyageait

Rencontrait d’autres peines

Pour se perdre dans la mer Méditerranée

Avec de vieilles capotes remplies d’amour

J’aurais voulu mettre son cœur dans la machine à laver

Le regarder se nettoyer

Essorer sa douleur

Je me rapprochais d’elle

Je sentais son souffle à elle

Son souffle racontait tout d’elle

Il remontait des profondeurs d’elle

Je lui demandais chaque jour de gonfler des ballons rouges, verts, jaunes et roses,

Des ballons d’anniversaire

Je voulais retenir son souffle

Garder l’essence d’elle

Je mettais les ballons dans la pièce du fond où personne ne va jamais

Je fermais et je mettais la clé autour de mon cou

Je datais tous les ballons, je les archivais, je notais sur mon cahier à spirale tout ce qui avait inspiré son souffle du jour

Je pensais qu’après sa mort, je pourrais percer un à un les ballons d’anniversaire

En prenant tout mon temps à respirer le temps passé avec elle

Lentement, pour ne pas gâcher le souvenir

Et puis je la serrais fort dans mes bras

A lui couper le souffle

Fragments du temps

Il faut toujours marcher en sens inverse
pour mieux contempler
la richesse de sa propre existence,
l’enfance de ses jardins solitaires
au milieu d’un sous-bois,
rond et délicat.


Au moment où le soleil se couche,
alors on peut changer d’avis,
donc de peau, en quelque sorte,
et cheminer à nouveau
sur le fil de nos circonvolutions.


Y voir passer nos pensées,
dans le même caractère
unique et changeant,
presque semblable
au cours d’un ruisseau.


Accrochés au ciel, les nuages blancs
ont l’air de s’amuser
à dessiner des traces éphémères.


L’enfant les a interprétées,
puis il les a laissées passer,
s’est couché sur le ventre,
joue contre l’herbe fraîche.


L’enfant
modèle le monde,
comme s’il n’était
qu’à lui.


Et les nuages
le regardent,
avant de changer
de forme.
Rien que pour ses
beaux yeux ébahis.


Se mêle à ce tableau,
des années après,
un homme,
au caractère d’enfant.
On le reconnaît bien !


Il se penche lentement
sur un fragment du temps,
et le ciel d’automne,
ce majestueux ciel d’automne,
invoque les nuages à nouveau.


L’homme tourne la tête,
dans une drôle de contorsion.

Enthousiaste et courageux,
craintif et peureux,
il retourne sur la terre
de ses ancêtres.