Je dis
Le monde n’est pas fait pour qu’on s’aime
Ni pour qu’on se retrouve le monde ne veut pas de notre rencontre
En tout cas, on n’est pas libres.
Je le dis à voix haute, pour fixer ce que je ressens dans l’air
Chauffé de la pièce.
Pendant qu’on râpe des carottes
En rigolant
Dans la nuit sombre de 16h30.

Je dis
__ – la poitrine serrée comme un pochon
__ – comme un con mal lubrifié
Cette angoisse est un produit de notre repli bourgeois
Tu dis
Je n’ai jamais vu aussi peu de monde pendant si longtemps
Je dis, notre repli bourgeois et occidental
Sur nous-mêmes
Et je prends le cachet qu’il me tend
Dans la nuit sombre de 16h30.

Je dis
J’ai mes règles
Le monde n’est pas fait pour nous, il est où
Déjà
Le monde
Tu es chaude et douce comme l’intérieur,
un utérus Tu dis,
laisse-moi dormir
Et je pars faire du café
Le soleil se lève
il est passé 7h30.

Je dis
On pensait que c’était la fin du monde et on serait trop bien
Finalement c’est comme avant, mais en pire
Je suis immobile tu t’apprêtes à bondir
Je mange mon brownie dans la pénombre
Il est 15h35.

Je me dis souvent
si je meurs demain
mes regrets me feront la haie d’honneur.
Et ça change quoi ?
Je me dis souvent
une fille j’aurais bien aimé une fille.
Et ça change quoi ?
Je me dis souvent
si c’était à refaire
je ne demanderais pas mon chemin.
Et ça change quoi ?
Je me dis souvent
le bébé qui ne vient pas
il doit avoir ses raisons.
Et ça change quoi ?
Je me dis souvent
il y en a qui s’aiment.
Et ça change quoi ?
Je me dis souvent
si
alors.
Et ça change quoi ?

Souvent je me dis que tout est foutu, Tout est Foutu je me dis et j’y crois, j’y crois vraiment.
Pas vous ?
Vous faites comment vous ?
Parce que moi je crois toujours qu’il n’y a que moi, je crois toujours qu’il n’y a que moi qui souffre comme ça.
Et vous ?
Vous souffrez, vous ?
Beaucoup ?
Beaucoup comment ?
Des fois j’ai l’impression d’avoir des couteaux, des couteaux tranchants dans la chair qui me déchirent à chaque pas.
Vous sentez ça des fois ?
Qu’on vous coupe en morceaux ?
Ça vous arrive ?
Ça vous arrive comment ?
Moi je pense toujours au verre vide, à la face noire, à l’envers, au creux, au rien, au cruel.
Pourquoi je pense moins à la lumière, à la bonté, à l’amour inconditionnel ?
Ça vous fait ça aussi ?
Vous tombez dans des puits ?
Vous pensez à la mort ?
Vous perdez vos amis ?
Vous sentez la solitude ?
Et l’amertume, vous la sentez ?
Et les regrets, vous avez des regrets ?
Et la peur, elle vous paralyse aussi ?
Vous avez mal ?
Vous avez mal comment ?
Moi je pense que j’ai très mal.
Tous les matins je me dis Lève-toi non Reste-au-lit non Lève-toi tu auras moins mal non Reste-au-lit tu as trop mal.
Et je deviens toute raide, toute rigide, mes genoux, mes bras, mes doigts, je suis toute dure, je me dis Tu es dure.
Je me dis Assouplis-toi, je me dis Il faut vivre lève-toi et tu verras.
Je me dis Dehors il y a le soleil ou Il y a le vent ou Il y a du bleu avec du vert.
Il y a toujours un petit espoir, je me dis, Toujours un petit espoir.
Vous le voyez, le petit espoir ?
Vous l’entendez ?
Il vous dit quelque chose à vous ?
Il vous parle ?
Il vous parle comment ?
Parce que moi des fois je l’entends, des fois je l’entends clairement.
Alors je peux vivre comme ça toute la journée.
Avec le petit espoir.
C’est beau l’espoir, c’est doux.
Ça vous accompagne, c’est comme un ami, ça vous dit des belles choses, ça vous donne confiance.
Vous connaissez ça, vous, les jours d’espérance ?
Les jours après la nuit ?
Les grands jours après la grande nuit ?
Ou même les petits jours ?
C’est toujours des jours les petits jours, je me dis.
C’est toujours ça de pris.
Pas vrai ?