Aller simple

Quand tu me verras descendre de ce train
Aux aguets comme un assassin en fuite
Ne crois pas que j’ai besoin de quoi que ce soit
Ils m’ont déjà tout pris

Tes mots ! Garde-les !
Plus aucune place dans ma valise vide !

Tes yeux ! Ne les pose pas sur moi !
Mon corps ne pourrait porter
Ni l’effroi, ni les supplications
Dont ils le couvriraient

Tes mains ! Laisse-les dans tes poches !
Qu’elles n’effleurent pas ma peau pour la caresser
Je sens encore leurs doigts comme des lames de couteau
Qui découpent mes entrailles !

Quand tu me verras descendre de ce train
Aux aguets comme un assassin en fuite
Sache que ce n’est pas du bout du monde que je rentre
Mais d’un pays d’où l’on ne revient jamais.

Sufering soufre

Moi, incrustée dans sa peau
Quand tu t’en apercevras, au détour 
D’une manche relevée 

Comme un tatouage marqué à vif,
Sans encre, ni aiguille. 

Ne crois pas que la lame aiguisée 
L’ait blessée 
Le sang chaud a coulé hors des veines
Je suis elle, elle… émois 

Comme soufre sur sa peau brûlée, lésions irréversibles. 
Alors tais toi! Qui es tu pour hausser

Les sourcils les épaules et souffler? 
Je suis cette trace qui, là, fait naître 

Ni pitié ni tristesse. 
De toi on n’attend rien.
Détourne ce regard pitoyable
D’assomptions erronées 
Elle va bien. 


Sulfur Suffering

I, embedded in her skin,
When caught unaware, 
At the unfolding of a rolled up sleeve

You see me
Like a tattoo marked raw

No ink, no needle.
Don’t think the sharp blade
Hurt her
Warm blood flowed out 

Of the veins
I am she. Her…emotions

Like Sulfur on her skin burnt
Irreversible lesions.

So, make no sound… who are you
To raise the eyebrows

Shrug your shoulders and hiss?
I am the path that gives birth.

Neither pity nor sadness.
No one expects anything from you.
Avert that pitiful gaze
Of mistaken assumptions
She is fine.
She is mine.

Mauvais genre

Quand tu me verras affublé d’un grand boa de plumes noires
Comme une mère maquerelle outrageusement maquillée
Ne crois pas que je cherche à plaire aux hommes qui croisent mon chemin
Non, ne ris pas de mes œillades à la dérobée et de mes gestes caressants
Arrête de penser à la pauvre créature condamnée à l’enfer !
Je cache juste celui que mon esprit rejette
Pour révéler au monde celle tapie au fond de mon être.

Jugement

Silence noir liquide
En vol d’oiseaux 
Je suis encore loin
Trop loin de son épaule 
Avec ses forces entières
Sa voix rude, rouge, grave
Ses mots restent sans reçu
Coupée carrément 
Conforme les règles 
Mathématiques
Quatre lignes égales
Enfermée à l’hôpital
Dans une petite cellule
Ainsi carrée
Étiquetée, tamponnée
Décidée, jaugée, estimée
Les mains bandées
Dans le dos
Sa voix se brise
Silence noir liquide
Comment lire 
Les lignes 
Les lignes de sa main
De sa paume de main
Les lignes muettes
De    D e m a i n

le handicap

Je me contorsionne
Comme un ver esché au bout d’une canne.
Ne me fixe pas comme un corps étranger.
Car moi je m’en balance, en toute impunité !
Et si l’envie te prends de me stigmatiser,
Alors, passe ton chemin, il n’y aura pas offense !
C’est mieux que le mépris ou que l’indifférence !
Ne t’inquiète pas pour moi, j’ai la force d’avancer.
En épargnant mon temps, loin de tes vanités.

Aller simple

Quand tu me verras descendre de ce train
Aux aguets comme un assassin en fuite
Ne crois pas que j’ai besoin de quoi que ce soit
Ils m’ont déjà tout pris

Tes mots ! Garde-les !
Plus aucune place dans ma valise vide !

Tes yeux ! Ne les pose pas sur moi !
Mon corps nu ne pourrait porter
Ni l’effroi, ni les supplications
Dont ils les couvriraient

Tes mains ! Laisse-les dans tes poches !
Qu’elles n’effleurent pas ma peau pour la caresser
Je sens encore leurs doigts comme des lames de couteau
Qui découpent mes entrailles !

Quand tu me verras descendre de ce train
Aux aguets comme un assassin en fuite
Sache que ce n’est pas du bout de monde que je rentre
Mais d’un pays d’où l’on ne revient jamais.

Des nids d’hirondelles

Quand mes yeux tombent dans les poches de mon pantalon
Comme les flaques de novembre
Ne crois pas que je suis soumise à tristesse à petitesse ou à l’hiver

Quand le sourire m’efface de mon propre visage
Comme les alphabets à la craie sur le tableau aigu
Ne crois pas que mon cœur deblaie de la suie au fond de la cheminée du charbon dans les alvéoles

Quand les larmes s’egouttent une à une roulis salé sur la joue
Comme une dentelle liquide
Ne crois pas que l’âme devienne peine bouillie chapelure

Quand le verrin de l’énergie rétrécit son rythme
Comme une courte paille
Ne crois pas que l’effort se tait se chappe se calcifie

Quand mes doigts se dérobent à fabriquer
Comme une sanction
Ne crois pas que la voix est muette rance et engoncée

Quand l’aurore déverse ses filaments sur mon visage froissé
Comme un buisson de ronces et que
Le soleil m’embrasse venin abrupt
Alors que je m’éveille sur un lit d’hirondelles
Ne crois pas que l’échoppe de mon envie ferme à heure fixe

Elle tire la sonnette d’alarme sur les dessins en grisaille
Au sommet du terril
Mord la sciure
Traverse les champs d’armoise
Fait mousser la poussière

quand tu ne me verras plus
comme un gouffre au milieu de ta vie
ne crois pas que tu pourras m’oublier

je serai toujours là
dans tes yeux au petit jour
dans les gestes des gens comme nous
dans leurs paroles
dans tes vieux albums
dans mes choses
dans mes lieux
dans tes nuits

non
ne crois vraiment pas que tu pourras m’oublier
toujours ce sera moi
cette douleur qui te vrille les tripes
ce gouffre de triste

dans toi