Si je considère la génétique humaine, dès ma conception j’ai baigné dans l’alcool et les médicaments.
Je suis donc née droguée.
J’ai la peau lacérée des douleurs de mes parents. J’ai le poignard de leurs mots plantés en plein milieu de mon cœur. Il tourne en moi comme les aiguilles de leur malheur.
Tout ce que je suis est invisible à l’œil nu – un fantôme désarticulé – je m’évapore – quitte mon corps.
J’apparais et disparais. Je suis puis je ne suis plus.
J’ai l’identité des yeux vitreux de mon père et de la voix colérique de ma mère.
J’ai le nom déchiré de parents divorcés.
Mon prénom pourrait être celui d’un chien – pars- reviens – assis – couché – Médor? Mirza?
J’ai été baptisée à la puanteur des larmes – celles qui ne sèchent jamais et stagnent sur un corps trop petit de joies.
Je suis un habit de laine emmêlée – je gratte – je pique ceux qui me touchent et veulent me porter.
Je suis – non – je ne suis plus – un jour j’ai été….
Je suis une bulle de chewing-gum. Je sens bon les rires mâchés de l’innocence.
Je suis la peau sucrée au miel de mes envies de butiner partout la vie.
Je sens bons les pensées, les fleurs de l’écriture.
Je n’ai pas besoin de prénom. Je suis une succession de lettres, de mots, de messages et de témoignages.
C’est comme cela que j’existe.
A chacun de ces moments, je suis.
Un jour car j’ai fui,
Car je n’ai pas suivi,
J’ai pu enfin dire : je suis
Tag / Écrire une identité
Je voue à vous
Je voue à vous
des caresses
semelles de vent
sur les traces du chemin
empreintes abandonnées
au passage d’un animal
sur le coeur de la forêt.
La cadence des pas
conte le temps du chemin
dans les parfums
de l’ombre du vent
je cherche
les traces de vous.
Je vous avoue
mon envie de vouloir
mon envie de tu
mon besoin de tourner
mes sens vers vous
sur les bosses de la vie.
Je t’avoue ce
que je te voue
l’essence de mon éveil
que toi aussi tu appelles
mon amour.
Mirèio
Je n’existe pas
Je suis une invention née de la poésie d’un homme et du monde
Je suis sortie du ventre du vent sous le soleil et le crissement des ailes de l’été
Je suis née affamée par le chant de l’enfant qui grimpe les collines au pied des falaises blanches dans le bleu des lointains déversés
Je suis la craie calcaire et l’abrupte des mers la houle légère et le mistral cinglant
Je m’élance du nord poussée par la vallée et le courant des fous
J’ai un accent fragile et la peau des grands froids
Je m’éprends des plus petites herbes et des pousses mauvaises
J’ai l’injustice rageuse des pins courbés au sol pour tenir à la terre
J’ai les yeux de garrigue et l’horizon azur
J’ai dans le corps le feu des vagues qui avalent
Je suis une brûlure sur un givre invisible
Je suis la voix de l’or et le chant du silence
J’ai la sonorité de celleux qui possèdent la lumière
Mais je ne suis que l’ombre oubliée de moi-même
Une prière sans église
Le bars – le barde, le troubadour – avait bâti des villes, peint cent visages, mille paysages !
Albert avait taillé le marbre et le granit et fondé un foyer dont j’étais – Charlotte – le dernier enfant.
J’ai cru en ce troubadour et en la lignée ; Au liens qui unissent la terre aux hommes et les fantômes aux vivants! J’ai cru au désir et à l’espoir ; Aux chemins à parcourir. Ainsi mon enfant s’est appelée Albertine. La foi est un passager clandestin.
Charlotte Le Bars, j’avais – enfant bardesse – pour porter ma voix les vibrations de ma harpe. Mais elle est devenue totem à qui tout sacrifier. Je ne pouvais lui rester fidèle.
Pour devenir troubadouresse, Charlotte est devenue Sacha : femme forte, femme protectrice et femme enfantée du chaos; Poétesse synesthésique.
Mais l’encre du destin sur le papier de nos peaux passagères ne m’appartenait pas ! Je ne pouvais que l’emprunter pour une prière d’écrivaine qui se passe d’église.
Je ne suis pas une prophétesse; Je ne porte que l’émotion de mes bribes de vie afin qu’elle deviennent votre le temps d’un récit que je ne saurais clore. Je n’en ai pas la clé; L’écriture me l’a dérobée.
Une prière sans église
Le bars- le barde, le troubadour – avait bâti des villes, peint cent visages, mille paysages!
Albert avait taillé le marbre et le granit et fondé un foyer dont j’étais – Charlotte – le dernier enfant.
J’ai cru en ce troubadour et en la lignée ; Au liens qui unissent la terre aux hommes et les fantômes aux vivants! J’ai cru au désir et à l’espoir ; Aux chemins à parcourir. Ainsi mon enfant s’est appelée Albertine. La foi est un passager clandestin.
Charlotte Le Bars, j’avais – enfant bardesse- pour porter ma voix les vibrations de ma harpe. Mais elle est devenue totem à qui tout sacrifier. Je ne pouvais lui rester fidèle.
Pour devenir troubadouresse, Charlotte est devenue Sacha : femme forte, femme protectrice et femme enfantée du chaos; Poétesse synesthésique.
Mais l’encre du destin sur le papier de nos peaux passagères ne m’appartenait pas ! Je ne pouvais que l’emprunter pour une prière d’écrivaine qui se passe d’église.
Je ne suis pas une prophétesse; Je ne porte que l’émotion de mes bribes de vie afin qu’elle deviennent votre le temps d’un récit que je ne saurais clore. Je n’en ai pas la clé; L’écriture me l’a dérobée.
Je suis orpheline. Pas entièrement mais je ne sais pas quantifier un pourcentage précis. Au moins à
cinquante pour cent. A plus de la moitié orpheline.
J’ai grandi sans mère, elle est morte quand j’avais deux ans. Je ne me rappelle rien d’elle.
Est-ce que cela fait de moi une mauvaise mère par destination ? Est-ce que cela explique pourquoi mon
ventre me pèse tant, pourquoi une naissance équivaut à une mort ? Pourquoi je me sens ballottée fille-
mère à faire semblant, à me confondre ?
Je ne me sens pas mère, je ne sais pas si je me sens femme. Je suis peut-être encore cette fillette de deux
ans. Je n’ai pas grandi au fond. J’ai fui tous mes âges coincée sans ma mère. Je suis cette orpheline (peut-
être à quatre-vingt pour cent, peut-être plus), c’est aujourd’hui ce qui me définit le mieux, ce qui fait de moi moins qu’une mère.