C’est le début et c’est le commencement
La fin qui se poursuit, l’épée qui gargouille
J’ai envie de dire et je meurs de dire
Ma bouche un pot d’échappement
Mon nez un pot d’échappement
Du rien terminé au presque prête
Porter un regard sur le système
Fermer une fleur sur le cylindre
C’est Mozart qui hurle comme ça ?
J’aimerais vous acheter ce dragon
J’aimerais vous rencontrer
Il se fait tard, ne rentre pas aujourd’hui
Notre besoin d’érotisme surplombe
Notre besoin d’enracinement
C’est Wagner qui pleure comme ça ?
C’est le début et c’est l’ironie du tout
Chaque grain de beauté a son lot d’information
Si tu achètes ces dragées ta fortune double
Si tu vends ton hameçons ton oubli sera exubérant
Chaque lune a son lot de d’incompréhension
Je ne comprends pas trop le gens
Je ne comprends pas ce que tu dis
Il se fait tôt, jouons en équipe
Tag / En contrepoint
Elle était là. Entière. Avec ses jambes longues et sveltes mais elle était déjà partie.
Son esprit errait. Ailleurs.
Elle n’était pas la mère qu’elle aurait dû être. Elle ne le sera plus.
Elle voulait ce qu’elle ne pouvait.
Elle pouvait ce qu’elle ne voulait.
Elle se souvenait encore des plages sonores mais pas de leur odeur.
Elle se rappelait le bleu azur mais pas la couleur de son maillot de bain.
Il aurait fallu du temps pour tout réparer. Il n’en lui restait presque plus.
Il lui aurait fallu de la patience aussi.
Mais tout cela, elle n’en aurait jamais plus.
Une vie, déjà passée, déjà presque finie, presque morte.
Elle attendait.
Dans l’épaisse brume.
Les jambes sveltes ensanglantées.
Le sol froid et la montagne si haute la narguait.
Le pouls filant et la bouche haletante.
La chute mortelle et si vivifiante.
Elle espérait la venue des secours, mais se laissa aller au sommeil exquis.
Elle est belle comme le jour, et pourtant la nuit devient sombre, parfois.
Des heures durant, elle regarde le même film sur le même écran, et la minute suivante ne sait plus si oui ou non il voulait du thé.
Le matin, elle oublie souvent de manger; le midi, elle s’en souvient, c’est déjà trop tard, cela attendra encore un peu, se dit-elle.
Elle trouve ses chats très drôles, ne trouve pas du tout que les gens sont intelligents à leurs façons. Elle va même jusqu’à dire que les gens sont cons…
Et enfin, aujourd’hui, elle en parle, elle cherche à comprendre, elle ne veut plus porter sa souffrance seule, alors elle porte des tresses qui lui vont bien et décide d’en parler. Elle cherche à comprendre pourquoi d’une minute à l’autre elle ne sait plus si oui ou non il voulait du thé. Elle cherche à comprendre pourquoi il était si difficile de supporter l’école, pourquoi elle acceptait sans rechigner la discipline du cours de danse classique, chignon bien épinglé, justaucorps ajusté, collants roses non filés, professeure archi-sévère et photos du calendrier annuel.
A 10 ans, elle dévore les livres écrits en langue anglaise -cela lui parle mieux-, vomit les manuels de mathématiques et de physique. Elle crie « Je déteste les musées » mais ce n’est pas vrai, elle adore contempler le même tableau pendant de longues minutes, ce qu’elle déteste vraiment c’est aller de l’un à l’autre…C’est là, je crois, qu’il faut chercher, contempler le même tableau pendant de longues minutes.Tu as 20 ans et tout reste à écrire.
minuscule fugue au crépuscule
Le cyprès agite ses doigts noirs *
minuscule fugue du crépuscule
contre le soir l’été ne sait plus respirer
et pour tout début il n’y eut que la pluie
des feuilles parsemées et leurs ombrages
debout hissé sur une plaque
de marbre poreuse
minuscule fugue du crépuscule
l’écorce imperméable de mes paupières
si près préoccupée et translucide
agite le temps et la terre retournée
dans un bouillonnement sanguin
le claquement du drapeau mouillé
vise ma nuque à nue et secoue le vent
mon rire peureux s’étouffe
et tremble de nausée
minuscule fugue du crépuscule
je ne te vois pas me parler
tu ne m’entends pas m’éloigner
dans ce cimetière de mes pensées
l’agitation frêle et la frénétique torpeur
sont toutes deux souillées
et pressées par la main moite des cyprès
le poids de cette poigne ne se relâche
que le temps d’une
minuscule fugue au crépuscule
* Sylvia Plath, premier vers du poème Petite fugue. Traduction Valérie Rouzeau
Seule aime se promener sur les sentiers côtiers de bout de terre. Elle n’aime pas fendre la foule des samedi après-midi en ville.
Seule craint d’étouffer au milieu des corps en mouvements. Elle n’a pas peur de respirer en compagnie des mots.
Seule sait dire à ses amies « ayez confiance en vous ». Elle ignore la définition du mot confiance. Elle s’ignore par définition.
Seule aime le rouge de la colère. Elle n’aime pas les traitres écarlates.
Seule ne compte plus les portes fermées. Elle cherche toujours ses clés.
Seule connait les déflagrations du passé. Elle maudit les éclats de souvenirs sous la peau.
Seule voudrait mettre dans l’ordre les lettres du mot famille. Elle déteste les jeux de société.
Seule a effacé le portrait de sa mère. Elle aime frotter au sang.
Seule n’est pas heureuse de posséder une enfance. Elle voudrait l’ensevelir sous une falaise de granit.
Seule aime poser ses armes. Elle n’aime pas ses pensées bataille et son corps ruines.
Seule ne sait pas articuler ce qu’elle sait écrire. Elle parle d’abandonner sa voix au plus profond d’une forêt sans son.
Seule aime dessiner avec un doigt les contours du vide sur le sable mouillé. Elle n’aime pas revenir sur ses pas.
Seule aime aspirer la mélancolie à pleins poumons. Elle n’aime pas les mouchoirs qui absorbent les pluies d’iris.
Seule se sait seule. Elle le répète : « Je m’habite seule. Je me hante seule. Je me flaire seule. Je me méprise seule. Je me supporte seule.
Je m’effraie seule. Je me noie seule. Je m’enterre seule. Je m’appelle Seule. Je suis Seule. » Seul le silence l’entend.
Je peux prendre un ami dans les bras. Je ne peux pas regarder longtemps dans les yeux. Je sais rire et pleurer. Je ne sais pas rester. J’ai peur du fracas. J’attends une parole pour me déployer. Je ne dis jamais reste. Je dis tu reviens quand. Je me souviens mais je ne me souviens pas de ma voix d’enfant. Je n’ai pas tout dit. Je laisse mon téléphone allumé la nuit. Je fais la vaisselle. Je ne fais pas semblant. Ni pour ça ni pour le reste.
Elle vient de loin
Elle vient de loin mais ne voyage pas, elle reste là, tout près.
Sa chevelure bleue de Démone tranche sur sa peau opaline,
par transparence, le corps se devine mais qui voit -on ?
Ses yeux ne cillent pas, le monde regardé tressaille.
Elle va par les cœurs de son pas élastique,
Se retrouve blême, à la merci du petit matin.
Ses attaches sont de celles qui empoisonnent.
Quand sa tourmente se déverse, aucun brise larme peut en contenir la fureur ;
Elle n’a pas de petit mais fait comme si.
Elle ne connaît rien mais devine tout.
Elle est tout ce que vous n’êtes pas ou plutôt elle se nourrit de vos ruines.
Ce qu’elle dit n’est pas saisi ; ses paroles se déposent en un lieu, perdu de vous.
Avec son allure de folle, sa mise interlope et son regard d’outre tombe,
Vous l’avez déjà rencontré au détour de votre vie sans histoires ;
elle vous fascine et vous terrorise.
Un courant d’air soudain fait claquer une porte,
le silence se fige,
une brume voile la scène.
Elle s’est tournée vers vous et vous fixe.
Ce que ses yeux reflètent,
cet élancement douloureux, cette question lancinante à laquelle vous tentiez d’échapper et qu’elle a fiché en vous, vous le saviez déjà :
votre vie ne vaut rien sans la limite de la mort.