Parfois le gris enfume
Il noie le désir

On se vide de notre substance

J’ai vécu ces torpeurs transitoires
Que l’on croit infinies
Ces absorptions d’énergie

Trous blancs perçants dans la poitrine

Invisible mal

Coulait
– Méticuleusement –
Le bateau de mes pulses

Perforait
Mon élan
De goûter au jour nouveau

Quand ces creux reviennent au cœur
Maintenant je flotte
Le courant m’emmène
Je ne lutte plus

Je sais la rive
Toujours au bout

Cette errance
Qui a début et fin
Ne m’angoisse plus

Je dérive en sommeil

Lorsque je mets pied à terre
J’avance tranquille dans les fourrés

                                  Et

Une mûre se tient là
Une mûre juteuse
Ses grains larges assemblés
Le soleil et la pluie 
Au cœur de cette baie

Elle me fait de l’œil
Sur sa branche d’épine
Trop haute pour le bras
Je me hisse
Sur la pointe
Gagne un ou deux centimètres

Le fruit fond
Mes lèvres bleuissent
Le sourire revient

Cela tient dans le creux de la main
Comme une pépite noire

Un fruit sauvage par les chemins                             
Offert aux vents                                             
Et à qui veut

L’enfance en bouffée
Dissipe les démons

Un fruit du temps

Simple et miraculeux