En bord de jardin, assise sur un banc, il y a celle, isolée, qui n’a jamais cru que ça arriverait. Jamais vraiment. Qui a quand même choisi sa robe avec attention, blanche aussi, par provocation. Et qui s’est dit qu’elle serait celle qui se lèverait à l’église pour s’opposer, mais ne l’a pas fait.
Debout, à côté du buffet, il y a celui qui est venu manger gratos. Il est debout parce qu’il n’a pas de table, parce qu’il n’est pas invité, et, à côté de lui, il y a son pote qui glousse en disant : « C’est bien dans Les Valseuses que les mecs s’invitent à un mariage, non ? »
À chaque table, il y a des groupes, rangés dans les bonnes cases. Les mariages ne sont pas faits pour mélanger, juste pour arranger les mélanges.

Les amis. On a mis ceux de Mademoidame avec ceux de Monsieur. Et là, il y a celle qui a attrapé le bouquet de la mariée, qui avait déjà les joues roses d’excitation : elle serait la suivante ! et qui se laisse courtiser d’un pied opportuniste qui profite de son trouble et de son ébriété pour lui faire des avances. Il y a le propriétaire du pied qui a retiré son alliance pour ne rater aucune occasion et le complice goguenard qui se gausse en silence de la dinde qui finira farcie dans un massif de buis.
La famille. Les parents et beaux-parents, les frères et sœurs, et, aux tables adjacentes, les tantes et les oncles, les cousins et cousines. Le père de Monsieur à côté de la mère de Mademoidame la regarde avec indifférence et ses questions affichent une curiosité factice. La mère de Mademoidame, elle, n’ose pas le regarder. Cet homme l’impressionne. Les mariages font parfois s’entrechoquer des mondes.
Les élus. Mademoidame, les yeux plongés dans ceux de Monsieur, le sourire rivé au pupilles. Monsieur, l’air béat, très en verve, en rire, la ressert de champagne, la resserre dans ses bras et la soulève pour l’emmener sur la piste de danse.
Sur la piste de danse une fillette se trémousse, un nœud rose dans le dos de sa robe d’ivoire.

Une chaîne de montagnes

Il y a celle qui ensorcèle pour tutoyer le ciel.
Celle qui reste sur terre, un destin bien ancré dans sa chair.
Il y a celle qui dessine des courbes, en glissant sur la neige. Celle qui côtoie

l’aiguille, pour s’enfuir.

Il y a celle qui est volcanique, sans triche. Celle qui réchauffe les coeurs, sans peur.

Il y a celle qui dévisse, sans vices.

Celles qui rêvent lentement, pour éviter l’éboulement.
Il y a celle qui est reine, sans tenir les rênes.

Celles qui soutiennent doucement, pour éviter l’effondrement.

Il y a celle qu’on ne voit qu’à la lumière de la lune, lointaine perspective. Celles qui

cachent leurs ombres dans leurs songes.

Littérature étrangère

L’écrivain islandais s’attache à faire entendre le cœur battant de la vie sous la glace et le froid d’un monde hostile.
L’écrivain suisse épingle l’obscénité ambiante.
L’écrivaine libanaise donne voix à ces naufragés qui n’ont nulle part où aller.
La nouvelliste irlandaise peint le silence, et des personnages abîmés.
L’écrivain russe a un talent immense pour peindre des personnages dérisoires, attachants ou abjects.
L’écrivain basque publie le roman d’une éducation sentimentale, marquée par l’exil et les blessures.
L’écrivain catalan tisse une œuvre audacieuse et flamboyante où les passions humaines se heurtent aux tourments de l’Histoire.
L’écrivain anglais dresse un portrait émouvant de l’artiste et de ses contradictions.
L’écrivain colombien revisite ses années parmi les clandestins.
L’écrivain italien propose un autre regard sur la cité éternelle.
L’écrivain mexicain part sur les traces d’une dramaturgie cruelle.
L’écrivain américain dresse le portrait d’une humanité déracinée.

L’écrivain anglais multiplie les angles d’approche pour rendre le pouls du monde plus digne.
L’écrivain autrichien fait partager le rythme de ses dérivations.
L’écrivain berlinois propose le roman perturbant d’une révolte destructrice.
L’écrivain bosnien éprouve le destin de l’homme déraciné.
L’écrivain belge nous plonge dans un siècle sanglant, écho de ce qui se joue aujourd’hui dans le monde.
L’écrivain québécois publie un autoportrait désarmant.
La romancière brésilienne revisite le devoir de mémoire des années de dictature.
L’écrivain allemand fait le bilan de ses idéaux et de ses engagements.
L’écrivain anglais restitue avec sensualité l’âme étrusque.
L’écrivain québécois interroge la question complexe de l’exil politique.
L’écrivain argentin fait du récit un art de l’expansion.
L’écrivain belge dessine une épopée.
L’écrivain chilien explore ses mondes noirs et envoûtants.
L’écrivain espagnol bâtit une œuvre inclassable et d’une haute exigence.
La romancière autrichienne offre une somptueuse méditation sur le paradis perdu de l’enfance.
L’auteur argentin fait du parcours d’une rue le centre d’un monde de fiction.
L’écrivain allemand impose un roman sur le mal, la violence et les filiations.

L’écrivain américain clôt l’histoire violente de sa famille.
L’écrivain écossais prend date avec l’avenir du monde.
L’écrivain anglais refuse l’illusion de la fiction.
L’écrivain brésilien réussit un roman flamboyant.
L’écrivaine roumaine déploie un hymne à la femme.
La romancière argentine ausculte et met en pièce la famille.
L’écrivain argentin construit une étonnante machine à fictions.
Le romancier angolais invente une rébellion des favelas.
Le nouvelliste catalan s’amuse non sans gravité.
L’écrivain libanais dresse le portrait foisonnant d’une ville au miroir brisé.
L’écrivain portugais construit un roman qu’on lit en apnée dans une plongée vers l’âme humaine.
Le philosophe allemand se fait sourcier pour éclairer les à-côtés de l’Histoire.
Le romancier américain explore la nature originelle pour mieux toucher le cœur des hommes.
L’auteur écossais cristallise la folie d’une société soumise à la tyrannie de l’image.
L’écrivain argentin impose une écriture qui ouvre à des voyages intérieurs.
L’écrivain autrichien est un conteur hors pair et un créateur de personnages inoubliables.
L’écrivain espagnol investit le champ de la mémoire par des chemins improbables.
Le poète russe bâtit une œuvre-vie lumineuse et inépuisable.

Le raconteur d’histoires californien n’a de cesse de chercher à triompher de l’impossible.
L’écrivain majorquin se souvient de sa jeunesse.
L’écrivain argentin ouvre les portes d’un royaume labyrinthique.
L’écrivain napolitain façonne une œuvre âpre et lumineuse.
L’écrivain suisse use avec précision des outils narratifs pour capter son lecteur.
Le romancier catalan interroge le processus même de la création littéraire.
L’écrivain italien dresse un portrait saignant des hommes et du monde.
L’écrivain portugais bâtit une œuvre vertigineuse où s’entend battre le pouls des morts.
Le romancier autrichien offre un laboratoire d’observation du mal.
L’écrivain sud-africain revisite l’histoire du continent noir.
L’écrivain irlandais bâtit un roman envoûtant et oppressant.
Le nouvelliste américain rend visible ce qui nous est ordinaire.
L’écrivain argentin bâtit une œuvre romanesque aussi radicale que généreuse.
L’écrivain chilien fait de la fiction un purgatoire où tout est possible.
L’écrivain israélien charge l’expérience des pionniers d’un caractère qui lui est propre.
L’écrivain suisse fait de la promenade un art de vivre, en même temps que le modèle et la condition d’une prose aussi labyrinthique que bouleversante.
L’écrivain italien porte la parole grotesque des puissants.

L’écrivain mozambicain arpente les versants du rêve, de l’amour et du post-colonialisme.
L’écrivain norvégien réveille les noirceurs d’un passé encore présent.
L’écrivain polonais voyage aussi vers son propre passé.
L’écrivain québécois ressuscite des histoires déjà parues.
L’écrivain espagnol livre un combat contre la soumission et le nouvel ordre mondial.
L’essayiste belge redonne du lustre au pastiche.
La romancière portugaise porte la nostalgie d’une innocence perdue.
La romancière turque est l’auteure d’une œuvre singulière et profonde.
Le romancier slovène trouve dans l’écriture un moyen de dénoncer les abus du pouvoir.
L’auteur suisse écrit ses livres au gré des rues.
L’écrivain autrichien escorte une fois de plus ses morts, et les ressuscite.
L’écrivain irlandais esquisse une galerie de personnages hantés par la perte et le renoncement.
L’écrivain new-yorkais revisite le mythe de l’adolescence sacrifiée.
L’écrivain allemand parvient à donner des mots aux hommes défaits – mais survivants.
L’écrivain coréen poursuit sa quête spirituelle.
L’essayiste italien relit quelques chefs-d’œuvre du XIXe siècle.
L’écrivain suisse interroge le mythe de la terre d’asile.

L’écrivain anglais invente un nouveau théâtre.
L’écrivain corse plonge au cœur des ténèbres.
L’écrivain espagnol dénonce la surveillance généralisée de nos vies.
L’écrivain haïtien plonge dans les quartiers humbles de la ville.
L’écrivain portugais revient sur la guerre et invente un nouveau temps de la narration.
L’écrivain israélien rassemble les éclats de vie du survivant orphelin qu’il fut et demeure grâce à l’écriture.
L’écrivain italien fait de son œuvre l’objet d’un exercice baroque de détestation.

Avant une représentation

Avant une représentation. 

C’est un lieu de création artistique, il y a des spectacles de danse, de poésie ou de théâtre, des expos et des marchés artisanaux, c’est un ancien cellier de champagne et c’est très beau. La pièce qui va se jouer est précédée d’une exposition à découvrir et d’une dégustation de soupe vietnamienne. C’est une pièce sur l’identité métisse franco-vietnamienne. Aux portes de la salle, il y a une table avec des photos de famille que chacun peut prendre et accrocher sur la scène. 

Une heure avant le début de la représentation.

Il ne sait pas quoi faire, s’il doit prendre un bol de soupe ou regarder l’exposition, il reste planté là. 

Il est âgé, il a juste envie de s’assoir, ça fait longtemps qu’il n’est pas sorti de chez lui, ses lunettes sont sales. 

Elles arrivent en force, quatre étudiantes, elles ont encore leurs sacs de cours, pas eu le temps de repasser chez elles, elles parlent fort, s’exclament en reconnaissant un pote sur une photo de l’exposition, quand elles passent, on sent leur odeur de jeunesse et de tabac.

Elles sont deux, elles se ressemblent, elles font les choses avec méthode, elles se font offrir un bol de soupe, et à pas précis, scrutent un à un les panneaux, la cartouche biographique, la photo, le code QR à scanner pour écouter l’entretien. 

Il voit mal, mais il sort tout le temps, il salue les personnes qu’il croit reconnaître, il est jovial, et on oublie qu’il a une canne blanche, pas son genre d’attirer la compassion, il a hâte que le spectacle commence.

Il joue dans la pièce, ça va bientôt être à lui, il regarde les visages, s’assure que la soupe est bien servie, que les portes sont ouvertes, il va et il vient.

Elle joue dans la pièce, elle reste un peu éloignée, est-ce que son chignon va tenir, la dernière fois, il s’est défait, est-ce que ses bracelets vont tinter lors de son monologue, c’est important qu’ils tintent, la dernière fois, personne ne les a remarqués 

Il joue dans la pièce, il va voir ses parents, c’est la première fois qu’ils viennent le voir, il ne sait pas s’il est content.

Elle a écrit une partie de la pièce, elle accueille les gens, elle en connaît beaucoup, elle salue, embrasse, serre la main, accompagne, sourit, elle a mal au ventre.

Il est à l’écart de tout, il regrette d’être venu, il a commandé un blablacar et s’inquiète de la durée de la pièce, ça aurait déjà dû commencer, on se croirait à un vernissage, il ne va pas aux vernissages, il imagine. 

Il y a ceux dont on ne sait pas s’ils étaient là. 

Il ya celles dont on se souviendra, elles sentent bon, elles crient fort, elles marchent comme d’autres défilent. 

Il y a les plus jeunes, qui ne vont jamais au théâtre, il y a les plus âgés, qui sortent partout et toujours, il y a les ni jeunes ni âgés, les entre-deux qui sont venus à plusieurs comme au cinéma ou au restaurant, il y a les théâtreux, ceux du Off et des Hors-les-murs, l’air blasé et le cœur battant.

Il regarde sa montre, il regarde les autres, il prend un micro, et ça commence.