Le chemin avance. Ou plutôt j’avance sur le chemin. Je progresse droite, le front vers l’avant, le menton
dirigé, volontaire, le regard franc, défini, frais. Sautillant. Regard saute les haies, loin devant, peut-être même au-delà. La ligne, ne la voit. Le ciel seulement et le chant des oiseaux, leur pureté première.
Le chemin avance plus doucement. Et je peine un peu. Je ne franchis plus, je me fraye, je me faufile. Je devance encore mon ombre mais de combien ? Front cherche la fraîcheur, menton tait toute difficulté, rien n’engage que. Regard cherche, déniche la branche morte, défectuosité des pierres, elles roulent, t’enroulent. Oeil vif encore. Devine, devient canne ou bâton de marche.
Le chemin avance-t-il ? L’impression fâcheuse de reculer. Je dérive, je suis radeau qui refoule les vagues avant d’être définitivement renversé. Ce flottement sous le cuir, l’écrasement, terrassé. Le radeau prend l’eau, il faut écoper la peine. Le front bas, plisse. Le ciel est passé depuis longtemps, n’a laissé que sa nuit.
L’oeil distancié va en rase-motte, erre son iris, désourcé. Les pierres semblent montagne. Il n’y a plus d’oiseau.
Tag / La variation chez une autrice queer
J’ai eu du mal à m’extraire de moi-même pour ne pas bouger dans le tunnel froid et glacé dans lequel mon corps entier vient de glisser. Tout juste respirer alors que les premiers sons saccadés et dysharmoniques de cette machine martèlent mon cerveau et ma moelle épinière qui se sont, eux aussi, figés dans le temps. Ne plus penser, juste se concentrer sur les premiers mouvements chorégraphiques d’une danse que pourraient m’inspirer ces bruits anarchiques, les transformer en notes de musique. S’accrocher à cette pensée, minute par minute, je danse dans ma tête.
Je me suis extraite de moi-même quand les premiers mots ont été prononcés. C’est ma vie qui vole en éclat et qui vient de tomber à terre. J’ai le souffle coupé. Respirer, Respire, Respire ! J’ai besoin d’air. J’ai consigné tous ces maux sur un papier et je l’ai froissé. Penser à cette musique plus vivante que cette appréhension qui reste floue comme ma vision qui faiblit. Se concentrer encore sur l’harmonie de mes notes intérieures plus forte que cette intuition d’un processus machiavélique qui commence à évoluer en moi. S’accrocher à cette pensée, minute par minute, je danse sur le fil de la vie.
Mon corps s’est extrait de moi-même, je suis tombée à terre. Je ne bouge plus dans le tunnel froid et glacé. Le bruit sourd et acéré des sons métalliques de la machine martèle mon cerveau et ma moelle épinière et fracasse un peu plus mes pensées jusqu’à résonner dans mes os, jusqu’à les faire taire. Dans le couloir blanc aseptisé, les odeurs se mêlent à la peur. Je suis animal, je pressens le danger qui approche. Éloigner cette pensée, minute par minute, je ne vais plus danser.
Un jour, j « é crierai » l’indicible. Et je crie.
Et j’écris.
Poissons brûlants
Au fond de l’eau les écailles
bruissent | recueillent
reflets opalescents
sédiments à demi mots
ouïes offertes | éblouies
nous glissons sur la matière liquide
nous revenons à l’avant monde
où nous étions de lave et d’eau
dans la poitrine du soleil
Au fond de l’eau les écailles
vibrent | écorchent
reflets magnétiques
sédiments au bout de la langue
lèvres renflées | exagérées
nous buvons la matière liquide
nous sommes au bord du monde
aux mailles de nos doigts
dans la bouche du soleil
Au fond de l’eau les écailles
écartent | exilent
reflets insulaires
sédiments engloutis
ventre échoué | rouillé
nous marchons sur la matière liquide
nous sommes au monde
ailleurs confondus
dans la brûlure du soleil.
Miroir de feu
Nous y voilà.
Dans ce palais des splendeurs.
Où je mène ma danse tel un miroir en feu.
Mon corps plane, chante, exulte sous les reflets chandeliers de ton désir.
Tu me contemples, tu me déshabilles en douceur, tu m’éclaires.
Je m’élève.
Regarde-moi voler.
La masse festive ne peut m’isoler.
Tu me trouveras toujours et j’attends que tu viennes.
Je veux embrasser tes rêves.
Je veux que ton cœur m’aime.
Comme on aime un fantaisie, un poème, un ange qui chute.
Tu avances. Tu me regardes tomber du ciel.
Je t’offre un sourire.
Je me tire dans le silence de la nuit.
Nous y voilà à nouveau.
Dans le club des splendeurs.
Où je mène ma danse tel un miroir en feu.
Mon corps tangue, chante, se pâme sous les reflets chandelier de ton désir.
Tu me mates, tu me désapes, tu m’éblouis.
J’essaye de m’élever.
Aide-moi à voler.
La masse festive est prête à m’isoler.
Tu me trouveras toujours et j’attends que tu viennes (pourquoi ne viens-tu pas ?).
Je veux baiser tes rêves.
J’exige que ton cœur m’aime.
Comme on aime un fantasme, une prière, un ange déchu.
Tu arrives. Tu me regardes tomber du ciel.
Je te donne un sourire.
Je caresse le silence de la nui
Nous y voilà encore.
Dans le taudis des splendeurs passées.
Où je traîne ma danse tel un miroir en cendres.
Mon corps brise, gronde, se repaît des reflets chandeliers de ton désir.
Tu me mates, tu m’arraches la peau, tu m’obscurcis.
Je ne peux pas. M’élever.
Laisse-moi voler.
La masse me séquestre dans la fête.
Tu me trouveras toujours et j’attends que tu viennes.
Je violerai tes rêves.
J’exige que ton cœur me vénère.
Comme on vénère Dieu.
Tu es là. On me regarde tomber du ciel.
Je te donne tout.
J’avale le silence de la nuit.