ROUTinE MATINale

Premièrement,
J’ouvre les yeux aux cris du réveil.
Ces cris que j’aimerais nier.
Les nier pour me blottir au creux de ton bras.
Étreinte qui me donne l’impulsion nécessaire pour sortir du lit.

Deuxièmement,
J’avale une gélule d’oméprazole.
Médicament qui masque les aigreurs d’estomac.
Ces tripes qui encaissent l’anxiété au quotidien.
Une anxiété en bruit de fond, qui me colle au corps et à l’âme.

Troisièmement,
Un passage obligé au petit lieu.
Toilette de chat et brossage de dents.
Ablutions matinales pour réveiller la peau.
Hydrater et protéger la carapace.

Quatrièmement,
Je me dirige vers le salon encore dans la pénombre.
Le tapis de yoga m’y attend.
Délier le corps, y remettre du mouvement… respirer.
S’ancrer, trouver un peu de sérénité; je suis prête à affronter la journée.

Cinquièmement,
Je rentre dans la cuisine bercée par les doux rayons du soleil.
Je sors un bol et le remplit de fruits de saison.
J’y ajoute des céréales, du miel et du beurre de cacahuète.
Je dépose ce petit déjeuner gourmand sur la table.

Sixièmement,
Je descends réveiller les deux hommes qui partagent ma vie.
Toi qui t’étire en pensant déjà à la saveur de ton café.
Et toi, mon grand garçon qui bougonne.
Tu tires ta couverture au-dessus de la tête.

Septièmement,
J’enfile mes vêtements en échangeant nos premiers mots de la journée.
Mon amoureux monte à moitié endormi pour préparer son café.
Mon Gus vient se blottir dans mes bras et s’asseoir sur son tabouret.
Je m’attendris et je ne vois pas le temps passer. Je vais de nouveau être en retard.

Huitièmement,
J’embrasse mon fils qui s’habille et je file manger.
Il me rejoint à table mais ne veut encore rien avaler.
Je mange tout en regardant l’heure filer sur l’horloge de la cuisinière.
Bjorn allume la radio, m’embrasse sur le front et s’installe avec son café.

Neuvièmement,
J’accélère la cadence dans un espoir futil d’arriver à l’heure.
Pourtant, je me suis levée tôt.
Mais chaque fois, je me laisse happer par la langueur du matin.
Je cours à la buanderie.

Dixièmement,
J’enfile ma veste, mon buff et mon bandeau.
Je mets mon casque et attrape mon vélo.
J’ouvre la porte d’entrée quand Bjorn et Gus s’assoient sur l’escalier.
Ils me disent d’être prudente, qu’ils m’aiment et moi aussi.
Je resterais bien là !

Onzièmement,
8h14, j’enfourche mon vélo et je commence ma course contre la montre.
C’est encore possible d’arriver à l’heure.
Je descends notre rue où les automobilistes s’acharnent sur leur klaxon.
Je sens l’amusement monter en moi en les dépassant les uns après les autres.

Douzièmement,
Je file sur la piste cyclable, je me faufile dans la circulation.
Je passe le pont avec tous les feux au vert! Yes!
J’arrive dans la rue pavée qui mène à l’église Royale de Laeken.
Tous les matins, elle m’offre une nouvelle facette de sa majesté, je ralentis, j’admire.

Treizièmement,
Je reprends la course et enfin l’hôpital est en vue.
Je mets ma monture en sécurité.
Je cours pointer. Il est 8h32, encore raté. A deux minutes près.
Je rentre dans le service, salue mes collègues et me rends au vestiaire.

Quatorzièmement,
J’enfile mon pyjama blanc d’hopital et mes baskets.
Je me redresse, rassemble bic, stiftes, mètre ruban, goniomètre…
Je respire un grand coup, j’endosse mon armure mentale.
Je pousse la porte, je m’oublie, je monte au front.
Je perds la notion du temps, je perds la notion de moi.