Dans la nuit de tes yeux

J’ai rêvé d’un regard et ce rêve était puissant
comme si ce regard savait tout de moi
Il me traversait, me transcendait
impossible de lui échapper
comme si l’heure du jugement dernier était arrivée
comme si ces yeux pouvaient m’anéantir
ou plutôt comme si ce regard, insoutenable
me dévoilant, m’effaçait
m’effaçant, me dévoilait

Ces yeux n’appartenaient à personne
et pourtant le monde entier était là,
derrière eux
comme si Dieu lui-même me regardait en face
comme s’il m’imposait sa vision
Ce regard m’ordonnait, m’intimait
yeux perçants, corps sidéré

fenêtre ouverte, un instant,
sur le lieu où les mots ne nomment rien

On devrait tous passer un jour
au radar de ces yeux
suspendus dans l’univers
regard déchirant et souverain
scrutateur silencieux
message plein
vérité intime et éclatante
et puis renverser ses pupilles
Parce que ce regard m’a pénétré
parce que comme Oedipe,
aveuglée, j’entends mieux
ce qui se dit entre les lignes,
ce qu’il reste de réel entre chaque être mortel
et alors je peux saisir
la fidélité avec laquelle tu aimes
et les raisons qui agitent ton coeur parfois

la verité toute nue, ou histoire de Louise

La vérité toute nue se baignait dans le torrent de pierres
Lorsqu’un chat sans tête lui vola son regard
Elle errait se cognant les doigts de pieds sur les gros cailloux
S’enfonçant dans la vase, le visage fermé , les mains en avant
Un goût amer dans la bouche

Du ciel muet

Le brouillard tombe
La lune embarrassée, toujours pressée, file
La cime des arbres luit
Près de chez Louise.

Louise est obèse, grande et sans cheveux
Elle se dilate, et flatte d’un coup de natte, le vieux lapin, son cousin
Un grand cri dans la nuit et puis

C’est le matin

Un nain vient
Dans sa main
Il n’a rien

Dans l’autre non plus
Brillent les âmes des farfelus
Une pluie de petits nez est tombée
Cette nuit dans le pré
Louise a rêvé

Son grand corps jaune se balance
Sur le chemin de son enfance
Branche en fleur
A la saveur de pèche.

Dans le lit sombre
Des mains sans frein
Ont pétrifié
Son corps de braise

Elles ont enfoui
Dans ses replis
Leurs ongles noirs
Sans espoir, sans amor, ni remords

L’aube est blanche et muette, la pluie fait dur bruit sur le toit du grenier .
C’est l’avant printemps des boutons en devenir, si fragiles aux gelées.

Corps inconscients
Insouciants d’un futur qui chavire dans la soie grège des printemps écarlates.

Disparition

Il y a tous ces pièges d’un passé composé
Fatras de souvenirs, relents de sensations
De plaies purulentes assoiffées de « pourquoi ?»
Hurlant aux 4 quatre vents des visions fragmentées
D’un socle, pourtant commun, aux reflets cabossés
Que ta disparition soudaine ne fait qu’exacerber.


Comme si tes paupières endormies tiraient pudiquement le rideau pour que rien ne soit dit. 
Comme si ton absence cloisonnait sans appel notre monde au silence.
Comme si tes larmes asséchées empêchaient en miroir un possible pardon.
Comme si nos regards dévoyés ne pouvaient plus se voir sans animosité.
Comme si cette nuit profonde enterrait ne serait-ce que l’ébauche d’une amélioration, nous livrant à jamais à l’incompréhension.

Et que l’obscurité envahissant l’espace, ne réduise à néant toute forme de cicatrisation.