Corpus dei corpus

Elle se demande si le dieu a un corps elle
a vu ses cheveux leurs milliers de volants 
fils dans l’air l’expression du visage
formerait des nuages vocables vent 
doux petit matin lent frais
paroles en ouragan causant l’effet 
dérèglement elle
a vu le torse au cœur le flanc si surprenant le cœur grossi de pierres le 

flanc et
cabosse 
inerte fou peuplé de gigantesques paysages où paissent quelques arbres bras et jambes tendus 
lourds
ils
ne bougeront pas.

Elle se demande elle a vu le dieu son corps
s’il a le cœur sauvage si ses pieds 
sont sur terre s’il est vrai qu’une 
brume forme 
sa grande tête si le soleil ce 
sans-espoir lui 

avec sa ronde des lunes enchevêtrées

si 

s’ils sont un beau message laissé 

au 

b
o
r
d

de son grand corps 
pour qu’elle le voie pour qu’elle le pense
dans un grand matin elle a vu se demande si le paysage est dieu 

car
ses pieds immenses forment la terre
juste à côté des siens.

Une fois encore, la vieille auge me tend les bras. 
Sa pourriture nacrée met la hache dans ma main 
son fumet monte jusqu’à mes narines,
sa danse est bien rodée.
Le monde tout alourdi 
baisse d’un ton.
Et il n’y a plus que la délicieuse soupe,
grasse et voluptueuse à grands cris 
où nager libre à gros bouillon 
vaincre par la valse des grandes goulées
rejoindre enfin le plancton de l’humanité. 
La potion perlée grumelle et gît 
son orchestre résonne à tout jamais 
pour qui danse sous la lame invisible 
des craintes étouffées.

De vaisselle et de vie

Ma colère s’est assise
Ma tristesse s’est levée
elle m’a conduite jusqu’à la cuisine, à l’évier
et elle m’a tendu les assiettes

J’ai noué mes mains à celles des assiettes
des poêles, des casseroles
Nous nous accrochions les unes aux autres
dans les nuages de mousse
L’éponge pleurait à mes côtés
Le robinet réchauffait l’eau pour me détendre

J’ai reposé ma vie sur le plan de travail
Elle sèche sans se flétrir
gorgée d’espoir