La vaisselle

La pile de vaisselle me regarde avec insistance
Et son ombre plane sur mon corps fatigué.
Mes os répondent à l’appel de cette danse mécanique,
Mes mains s’exécutent pensivement.
L’éponge absorbe un à un les maux de la journée
Et un flot continu de mots se déverse dans le liquide savonneux.
Combien sommes-nous à cette heure du soir ?
A frotter le petit venin des langues râpeuses.
Je glisse entre ces dents acérées
Comme l’anguille traverse les mailles du filet.
Laisse couler le bruit du monde dans ce ruisseau
Accroche-toi au silence des oiseaux.
Dans les gestes répétitifs, naissent parfois
Des lueurs de révolte, comme un bruit sourd
Qui grandit à mesure que la nuit avance.
Courage.
Nous sommes tous des oiseaux de passage.

La densité du silence

J’ai pris
La densité du silence
Entre mes mains 
Laissant glisser le vide 
Entre mes doigts noirs
Sculptés par l’encre de vie
Je m’allonge dans la densité du silence
Et flotte sur les mots 
Muets
Les mots qui se désirent
Que seuls deux silences peuvent 
Dire
Et crier
Et chavirent
Deux silences ivres
De vie
Deux silences qui
Absorbent le monde
Allument le néant
Deux silences devenus
Sombres
Deux silences séparés
Un silence s’est tue
Quand un silence meurt il
Reste l’odeur de la tristesse
L’odeur du bruit que dit l’absence
Un silence muet
L’absence n’existe pas si
Tu voles l’aura d’une présence
Avant que son silence ne meurt
Tu aurais du couper notre silence en deux
Ouvrir la mémoire de ce silence
Entendre la sueur de nos draps
Au matin blanc
Entendre nos iris se mêler
Entendre la profondeur du goût
Entendre nos veines se nouer
Entendre les lianes de sang 
Se croiser
Se décroiser se croiser
Monter écrire le ciel
Peindre la rosée
Étreindre la résonance 
De l’absence