la maison gémit dans l’obscurité
des épines perforent sa peau
l’horizon penche incertain

cette nuit il a plu du sang
On dirait qu’un manteau de coquelicots
recouvre le lit de la neige

comme si des becs d’oiseaux
déchiquetaient l’arbre poumons
sous les plis de leurs ailes

on dirait que l’air vient à manquer
elle dénoue ses cheveux de l’absence

juste le vent    dans le silence

C’est comme s’il y a des odeurs, que je ne sens même pas, mais qui sont là et qui réveillent quelque chose à l’intérieur de moi. Ça ressemble à un boitier manuel qui dicte où mon regard doit se poser.

Et mon regard se pose sur les choses plus gênantes, c’est justement les choses que je ne veux pas regarder. Immédiatement, je me trouve en train les fixer et les autres doivent voir que je regarde.

Mais à ce moment-là, je suis déjà partie, je suis devenu un bruit de klaxon et je ne sens plus rien de ce qui m’entoure, à part ce que je fixe. C’est comme si je n’avais plus de peau et que je flottais dans l’espace. Et j’englobe ce que je regarde.

Mon plexus, mes mains et mon ventre sont à des endroits différents, je ne peux pas vraiment sentir où ils sont dans la pièce parce qu’ils sont dans un genre d’univers parallèle, assez lointain.

Mais je les entends. D’eux proviennent des cris stridents, dedans le ventre j’ai des gens qui meurent et qui voient un aliment qui pourrait les sauver. Et qui le veulent à tout prix.

Il y a beaucoup de gens, beaucoup de cris. Et comme à ce moment-là, j’ai l’impression d’être l’espace tout entier, je crois que je fais quelque chose pour sauver ces gens mais je ne peux pas dire quoi. Il y a trop de bruit, et je ne me souviens pas.

Je ne me souviens pas de ce que j’ai vu.

ça a toujours tapé super fort
dans mon bide
dans le cœur, ça frappe même
autour des yeux
dans le crâne

ça tapait la nuit

le corps demande du sommeil
ça fatigue l’école
et de toute façon il fait nuit

c’est comme ça
ça tape plus fort et moi
je sais plus si on est
proches du matin ou si
c’est un rêve

quand ça tape trop
je grogne
ça fait pleurer
de plus connaître le jour

c’est comme être enfermé
dans des enceintes
et personne sait
et faut faire peur à personne

pas dire que
quand je marche j’entends
mes os qui s’entrechoquent

que
quand je pleurs
c’est de l’eau remplie de cendres

que
quand je bois tout le temps
c’est pour piétiner celui qui frappe

quand une famille de souris
s’est installée dans ma chambre
que maman disait qu’il y avait personne
sous mon lit ou dans mes livres
que j’ai voulu percer des trous 
dans tous les murs
que j’écrivais des mots sous ma peau
que la beauté de l’été
me faisait hurler
que mes yeux tiraient mes vertèbres 

tout le monde a flippé

j’ai arrêter de flipper
quand j’ai eu 9 ans
que j’ai su que toutes les prises pouvaient prendre feu

Amour couture

Est-ce que tu sais que quand on s’aime on se coupe ?
Est-ce que tu sais que quand on s’aime on se coupe de plusieurs façons ?
D’abord on se coupe en deux dans le sens vertical de la symétrie
Est-ce pour être équitable ?
Presque
On donne un œil, une oreille, un poumon, une jambe, un sein, un trou de nez, une moitié de bouche, une
moitié de langue
Et quand l’amour coupe au milieu
les deux moitiés glissent
Comme des flans
En tombant elles s’éloignent
Tu as déjà coupé un flan en deux ?
Le problème tu vois
C’est que le cœur n’est pas au milieu
Il n’est que d’un côté
Alors il n’y a qu’un seul des amoureux qui le possède
On dit que c’est celui qui aime le plus
Est-ce que tu crois que c’est normal ça ?

Au début de l’amour on se coupe à la tranche d’un pétale
On se coupe de velours
Au milieu de l’amour on se coupe la parole
Avec des mots couteaux à beurre
A la fin de l’amour on se coupe de soi même
La coupe pleine


Moi j’aimerais que l’amour ça couture
J’aimerais que ce soit des étoffes
Qui s’accrochent par un fil
Pour faire une robe
J’aimerais la porter
Et être jolie dedans
Alors on pourrait imaginer
Que l’amour soit un vêtement
Qui glisse sur le dos
Un kimono de satin frais
Ou un pull de laine feutré
Juste pour s’en habiller

Rage

La rage ça me prend de face, de plein fouet. D’abord, ça bouillonne, ça gonfle, ça vibre comme si les vitres de mon visage allaient se briser. Le couvercle que je tente de poser sur ma colère ne tient plus. Il se soulève à chaque fois que quelque chose m’écorche le cœur. On dirait que je suis une cocotte minute au bord de l’explosion. Ça siffle quelque part. Pour prévenir que ça bout. Que je suis à bout. Au bout du bout. Que dans un instant ça va péter. Bombe à désamorcer. La soupape, la valve, le clapet anti retour ! Mais ça ne suffit pas. Ça finit par déborder. Le feu sous la cocotte ne s’éteint pas en tournant le bouton. Si tu souffles dessus, le feu ne s’éteint pas, il se réactive, il reprend du poil de la bête. La bête c’est moi. Ma mâchoire : crocs plantés dans ma propre bouche, ma proche chair, retournés contre moi. Mon poil se hérisse. Rien ne peut me caresser. Mon poil est dru comme un tapis de fakir, une plante épineuse, un cactus. Celui qui pose sa paume risque gros. Il risque un jet ininterrompu de mots assassins, de phrases vénéneuses. Qui sait qui en sortira suffisamment indemne pour souhaiter encore ma compagnie, qui sera encore assez brave ou fou, qui sera suffisamment immunisé pour s’immiscer entre ma rage et moi.
Ma rage et moi, on ne fait qu’un.

Ça a commencé quand j’ai voulu fermer la porte à clé.
Je devais juste fermer la porte et glisser la clé dans la boîte.
Je ne pouvais pas m’arrêter de vérifier que la porte était bien fermée.
J’avais peur de ne pas arriver à fermer la porte, de ne plus pouvoir récupérer la clé.
Je me suis vue vriller, vérifiant pour la cinquième fois que la porte était fermée en la
rouvrant, me disant qu’en la rouvrant pour vérifier qu’elle était bien fermée, je risquais de
partir sans l’avoir fermée.
Pendant un an après ça, la peur de la folie ne pas pas quittée.
J’ai souffert, un an, d’une folie sans objet.
D’une anti-folie.
D’une phobie de la folie.
La possibilité de la folie ouvrait en moi un abîme.
Mes pensées sont devenues mes ennemies.
Quand je voyais une fenêtre, je pensais à m’y jeter. Sans avoir aucune envie de m’y jeter.
Tout en me disant si je me dis je vais me jeter alors ça veut dire que je suis folle alors ça
veut dire que je vais le faire même si je n’ai pas envie de le faire.
Quand je prenais le métro je pensais je vais hurler. A partir du moment où la pensée m’avait
traversée je ne pouvais plus penser à autre chose et qu’est-ce qui se passerait si, bien que
n’ayant aucune envie de crier, je le faisais quand même parce que j’avais eu la pensée de le
faire.
C’était un débat permanent dans ma tête entre une voix qui était moi et une autre voix qui
était moi.
L’une des voix qui était moi s’amusait à planter des graines dans ma tête et s’en allait une
fois que c’était fait.
Chaque pensée était une de ces graines qui avait poussé, florissante, victorieuse, d’une
vitalité menaçante.
Elle ressurgissait chaque fois que la situation se représentait, plus victorieuse, plus
menaçante.
Il ne restait plus grand chose d’amical dans le monde.
Le réel n’était plus qu’une purée de pois et j’étais dessous.
Puis j’ai réussi à refermer la porte.

Les fleurs sauvages

Je déteste être enfermé dehors. Je préfère ma cabine de douche. Un mètre carré qui contient le monde.Je parle en elle. Elle absorbe tout de moi, même ce qui n’existe pas encore. Parfois, elle me fait dire des choses horribles.Que puis-je à cela?Il y a les gouttes qui tombent d’en haut. C’est comme la pluie. Elle descend du ciel. La pisse des anges. Cette eau est jaune. Certains de moi, vers mon poumon droit pensent que le voisin d’en haut presse des canaris. Pour en extraire le jus, l’essence de vie. Alors je me nettoie avec cette vie. Ici, je suis Dieu, je vis dans les nuages. Sur la paroi de la douche mon index écrit sur un nuage. Je ne contrôle pas ce que j’écris. Jamais. Mon doigt est bien plus créateur que mon cerveau. Il est autonome, unique, exempt de déterminisme. Il danse, il écrit avec ses tripes, mon doigt. Avant il caressait les peaux, les sexes, les lèvres mais maintenant il caresse les mots, les syllabes. Il imagine. Il me sauve des démons.J’ai un arrière grand père logé dans mon pancréas. Il était alcoolique et un peu con. J’aime bien quand il parle. On dirait un dialecte sous acide.«  Je Est Amour ». On pourrait penser qu’il s’ennuie. Mais non. Il n’est pas seul . Il y a aussi tous mes morts. Ici, dans ma prison de Plexiglass, s’invitent en moi tellement d’êtres que l’eau du monde entier ne suffirait pas à nettoyer leur crasse. L’alcool serait mieux. Beaucoup de vin pour se mélanger au sang. Dans le sang, le vin passe inaperçu. Ils ont la même couleur. As tu remarqué comme cette eau qui tombe au sol au ralenti me brûle? Je saute pour éviter qu’elle ne me touche. Mais il y a tellement de gouttes que je brûle comme une sorcière au moyen âge. Les molécules d’eau entrent. Je brûle de l’intérieur. Des larmes de feu me dévorent. Je m’incendie.J’ai peur. Je crie. Les fréquences à 3000 hz courent sur les parois humides, rebondissent sur les gouttes, changent les formes, changent le monde, détruisent le langage, recompose l’univers. Un bouquet de chaos. Les mots inventent des fleurs sauvages. Je parle pour écarter le feu de l’eau. Mes mots, leurs lettres, les « e » et les « t » surtout se battent sans relâche. L’eau s’ouvre en deux quand les phrases sont belles et je peux voir un arc en ciel. L’eau est sensible aux mots qui apaisent. Elle est calme et douce quand je chante. Elle transporte le beau. Elle entre par les pores de ma peau quand ça lui plait et ces mots voyagent en moi et tout est parfait. Je vois des couleurs se mouvoir sous le derme. On dirait une boule à facette. Mon intérieur se paye un after de malade. Quand les mots sont tristes, l’eau les emmène dans les canalisations dégueu pour rejoindre d’autres mots sales. Et je vois des livres se constituer dans les égouts de la ville. Des chefs d’oeuvre parfois. Des bouquets de néant sublime. Une essence d’absolu. Mais qui les lit ? Y a t’il des bibliothèques dans les égouts? Il devrait. C’est de là que tout recommencera. Il n’y aura que poésie. « Hâte Will be over ».Je ne sais pas comment toutes ces lettres s’organisent sur ma langue. On dirait que des fourmis s’agitent sur les papilles, les bourgeons du goût. Elles forment des mots aléatoires avec leurs pattes, comme les puces de sables. Certaines lettres tombent de ma langue. Elles se suicident . Ou s’enfuient. Ou refusent la phrase qui s’invente. Certains mots sont conformistes. Hier, j’ai perdu le « u », évanoui, parti par le siphon. J’irais sur la plage des Catalans le retrouver. Cul, lu, su, alu, uluberlu. On ne peut décemment laisser le « u » disparaître trop longtemps. Sans le « u »: « Je sis fo de vos » chanterait Polnareff. C’est naze. Je ne suis que le vecteur de ce qui me dépasse. Tout ce qui passe par moi, ce qui vient, se transforme, se recompose. La réalité, je la saigne, je l’ouvre en deux. Je la fouille. Mais je ne trouve que des mensonges. Ou je ne trouve rien. La vraie réalité préfère être inventée. Comment expliquer autrement que le tapis de bain m’emmène visiter les étoiles? Comment expliquer alors que ce miroir soit aveugle? Comment expliquer que mon ombre soit une cigogne? Comment expliquer autrement que cette eau qui coule sur moi devienne lave. Qu’elle soit en train de me pétrifier devant vous. Me laisse ainsi ici. Pour l’éternité. A penser me penser. Dans la multiplicité des êtres qui m’habitent.