je veux faire comme l’avion
être poussée en arrière
parce que seule
je sais pas
faire ça
revenir à l’avant
d’un vol rien que nous deux
et tout serait possible encore et on serait ensemble
on se connaîtrait pas alors on ferait connaissance improviser une danse
et avec personne d’autre
on dirait qu’il n’y a que nous
et je ferai celle qui te demande en amie
le jour d’après ce serait toi on n’aurait pas le droit de demander pareil
il faudrait changer à chaque fois et on n’aurait jamais des discussions de grands
parce qu’on sait comment ça finit
on finirait jamais
on serait toujours là
à se demander en amies
toutes les façons possibles
et toutes les langues du monde
on parlerait l’extra-terrestre
et il n’y aurait que nous
pour comprendre
tous nos gestes
nos questions qui ne se posent pas
les questions c’est pour rire la question c’est Pourquoi
la réponse Parce qu’on va mourir
nous on ne mourrait pas
on serait toujours là
on meurt quand on a les réponses
toi tu parlerais pas tu ne parlerais plus
tu m’écouterais te parler comme on écoute le cœur
l’oreille très concentrée mon cœur
il parlerait tout seul

et même qu’à un moment tu fermerais les yeux on entend mieux les yeux fermés
et puis tu sourirais c’est pour dire j’ai compris ce que tu dis c’est pour de vrai
et quand j’aurais tout dit je te demanderai veux-tu toujours être mon amie
et tu me dirais oui que tu veux être amie et on dirait c’est pour la vie
et jamais notre avion poserait la question est-ce que vous voulez
vous poser on resterait en l’air toi moi et nos questions
peut-être c’est et c’est comme ça on serait toujours là
à rester tout en haut et on vivrait longtemps
comme ça et jamais personne d’autre
n’atteindrait la hauteur où on est
quand on reste enfant
on les regarderait
essayer et
tomber
sans jamais savoir comment faire
et poser la question pour connaître la réponse
la réponse elle n’existe pas
nous on sait faire c’est tout on sait même pas comment
et on se pose pas la question
on dirait que c’est ça le bonheur d’être enfant demander pourquoi pas comment
et on ne sait jamais dieu est-ce qu’il se la pose nous on lui a pas répondu
normal on est que deux moi je parle toi t’écoutes
dieu on n’a pas de temps pour lui
peut-être qu’il est là-haut
un peu moins haut que nous
et que son cœur a lui se tait je sais
peut-être que dieu il est en toi en moi
ça fait que nous on s’entend bien ça fait
qu’on est amies ça fait qu’on reste enfants
ça fait du bien et c’est ainsi et c’est même pour
la vie
ça c’est dieu qui l’a dit même qu’il croit en nous
moi aussi

Tu sais, je veux écrire sur les murs, je veux lire encore un peu avec ton foulard comme marque-page, lire à l’ombre et au soleil, sur le rebord de la fenêtre compter les bourgeons qui n’étaient pas là hier, je veux peindre les étagères en écoutant ta pop italienne, en pensant à nos livres, à nos yeux, à nos lignes, je veux attendre 5 minutes au même endroit, sans bouger, pour écouter tes pas en bas, je veux marcher pieds nus jusqu’à la porte – parce qu’en chaussures c’est sale et qu’en chaussettes c’est nul – et ouvrir la porte à l’instant où tu arrives, en mimant le hasard, je veux sentir le frais du couloir lorsque l’air est brûlant dehors, je veux me sentir homme parfois, parfois garçon, parfois ne pas y penser ni me poser la question, je veux m’asseoir sur l’évier pour parler et t’écouter raconter ta journée alors que tu te déshabilles, je veux t’entendre dire encore « on s’allonge ? » ou « on serait mieux au lit », je veux siffler entre mes doigts et apprendre à jongler, je veux oublier que les années passent et que j’ai encore peur du placard entrouvert la nuit, je veux sentir au matin l’odeur du pain dans la cour de l’immeuble, je veux penser aux yeux gonflés du boulanger à force de réveils si tôt, si tôt, je veux ne pas oublier qu’être léger n’est pas être désinvolte et qu’être parfois insouciant n’est pas être injuste, je veux me souvenir de ça, et je veux être tiède encore de ma nuit avec toi, je veux le sentir par l’air des fenêtres sur mon ventre, je veux sentir sur mes doigts les grains ronds du café et le métal plat de la cuillère, je veux le couteau, le kiwi, la chanson de la cafetière, et je veux le jour déjà levé et les rais du soleil sur mes pieds, je veux sentir le froid pour mieux sentir le chaud et jouer comme un chat, je veux entendre que tu remues les draps, que tu te lèves pleine de sommeil, que tu te cognes aux murs comme un chiot, je veux te sentir contre moi, la chaleur de tes cheveux partout sur mon visage et ta peau chiffonnée et tes bras sans force, et je veux te sentir sur moi prolonger ta nuit, et te voir t’allonger encore, parmi les cheveux noirs sentir-voir juste ta bouche, et t’entendre dormir en attendant le café, et je veux t’espionner sans me cacher et te désirer sans bouger, je veux sentir ce truc monter en moi sans y toucher, et je veux encore ton sommeil qui a le goût du miel et au réveil ta peau-saveur-de-printemps.