Ouvroir

Être
une fenêtre
et n’être
que cela.

Ouvrir l’œil
l’iris la pupille
ronde sur le monde

Ouvrir l’ouïe
nerfs ulnaires narines papilles
laisser passer

tout

l’air les pigments la brûlure la tempête
l’herbe la pluie les pierres les bêtes
les foudres les parfums la folie le silence
tout.

Naître
et n’être
que cela. 

Comme une fenêtre sur, presque
ichigo ichie

La fenêtre
Le ciel
Par la fenêtre, le ciel
Par le ciel, une fenêtre
De l’âme, le reflet
Sur la fenêtre, une goutte
Pluie déposée un après-midi gris d’orage
Par le ciel triste et troué
Comme un tissu abandonné sur le trottoir
Humide de pluie
Après l’orage d’automne comme
les gens dans la rue comme
le gris des immeubles
le gris des regards
le gris des peaux tirées
le gris des manteaux des écharpes des sourires usés des gants
élimés du souvenir
sur la beauté des branches des arbres noirs sur le blanc du ciel gris

(au moment présent, où je retourne ma tête)

chevelure dansant dans l’orage avec les cordes qui pleuvent en
s’enroulant
la pluie qui pleure
Et l’âme emportée dans leur
valse à travers
la fenêtre ouverte sur un paysage
intérieur

De l’imperceptible lumière qui dessine un rayon de poussière entre les persiennes s’invitent les courbes du ciel, les parallèles des fils électriques et les lignes conductrices des toits de tuile qui tracent un chemin de terre ocre rouge comme un appel des possibles. Les brisures nuageuses qui flottent dans l’immensité silencieuse de quelques étoiles qui brillent de-ci de-là avec parcimonie mais qui peu à peu s’éteignent pour laisser place à l’aube qui se teinte de ses couleurs rose et violine sur un jour qui se lève encore. Elle va attendre là, feutrée dans ce temps suspendu, lorsque l’esprit et le corps s’éveillent à peine entre opacité et lumière, que ce monde éclot dans un souffle de mots qui naitra de nouveau sous sa plume, la fenêtre

Du bout des doigts

Du bout des doigts
La fenêtre raconte
Un autre paysage
Ni dedans, ni dehors
Il est entre les deux
Dans son habit d’hiver
Emmitouflée de buée
La fenêtre invente
Le monde
D’un bonhomme tout petit
De la fleur de printemps
Du soleil qui rit
Des étoiles en suspens
Sur le ciel bleu nuit


Du bout des doigts
La fenêtre change son décor
Dans son habit d’hiver
Retient encore la buée
Attend qu’ils s’approchent
Et elle montre encore
Une touche de fantaisie
Un espoir
Un éclat
Sur le gris du dehors
Les esquisses enfantines
Qui dégivrent l’aurore


Du bout des doigts
La fenêtre invente
Ni dedans, ni dehors
Un monde à soi
Dans son habit d’hiver
Supplie alors la buée
Attends encore un peu
Je voudrais te montrer
Toute la beauté du monde
Que seuls des yeux nouveaux
Sont capables de voir
Que seuls de petits doigts
Peuvent imaginer


Du bout des doigts
Sur la fenêtre
Comme sur une page blanche
Ils tracent
Le bonhomme tout petit
La fleur de printemps
Le soleil qui rit
Les étoiles en suspens
Dans le ciel bleu nuit
Puis ajoutent un bateau
Qui se met à voguer
Dehors dessus les branches

Et qui file au dedans
Sur les fleurs du papier

Du bout des doigts
Dessinent sur la fenêtre
Les paysages
Qui naissent dans leur tête
Ils sont un peu dedans
Et dehors tout autant
Enfin signent le tableau
Sur cette buée d’hiver
En embrassant la fenêtre
Par le bout de leur nez

Je me lève 
Je vois la masse de ses cheveux 
Ses yeux émeraudes 
L’amoncellement d’objets 
Je manipule mon angoisse
Et ses vignettes travaillées avec soin
Où as-tu cherché ce paysage aussi parfaitement désordonné
Cette chambre kaléidoscopique
Tu es inconstante dit-il
Hier tu m’aimais avec ces moments d’exaltation 
Et j’ai pensé que nous pourrions former un beau couple
Je suis une ratée tu sais 
tantôt je désire la beauté tantôt simplement son ombre
Je veux dire
Qui aurait envie de vivre avec la nudité osseuse
D’un fondu au noir