Hiver

c’est la lumière d’un ciel d’hiver
à la fin du jour
température -25 degrés
*
c’est la blancheur qui recouvre tout
le lendemain de la première tempête
*
c’est le silence qui guérit
la force de se tenir debout
*
chaleur au-dedans
froid glacial au dehors
*
se creuser un été
à l’intérieur
*
recouvrir les os
des promesses de chaleur
*
Lentement
abriller sa peau
des ardeurs futures

Avalé

Ma cuisse gauche

L’avant de ma cuisse gauche juste au dessus du genou

Le bombé souple encore tendu par le pli de la jambe accolée au mollet rond écrasé 

Dessine l’intérieur de ma main 

Du pouce latéral droit à l’index latéral gauche 

.

Encercle autour de la phalange du premier doigt d’une main 

Argent brossé sous l’éclat de la lampe apposée au bord du corps détendu

Retient les bribes du jour passé de l’autre côté du ciel pâle 

Finesse de l’entour enfilé parallèle aux traits repliés dépliés

.

Une cheville inclinée rose sous un velours kaki

La trace de l’élastique laissée par une chaussette trop juste

Creuse la chair douce et tendre qui se laisse entrevoir dans le déclin des heures  

.

Deux baguettes sur un œil vide 

Dans un pot plastique transparent

Des perles vrac retenues en discussion sonore avec la main charnue du petit, doigts tendus 

L’entre aperçu empli de pénombre 

En station assise dans la clarté filtrée du petit salon

L’enfant en avant avalé par le bleu virtuel, l’allée de Tori et le kimono rouge de la fillette aux cheveux détenus par deux billes brillantes 

Je retiens mon souffle et le temps qui s’y pend 

les mains pleines de terre

appuyées contre un arbre,

les phalanges qui surgissent de l’obscurité

une mèche qui flotte dans le vent,

une main qui essaye de la rattraper,

comme si elle allait s’envoler

quelques grains de sable dans ma paume,

il brûle et glisse laissant une trace invisible,

il coule comme l’eau devant moi

une vieille âme dans un corps jeune,

des rides sous les joues rebondies,

des yeux qui en ont vu, une bouche qui se tait,

une flamme bleue à la place du coeur

La tête danse sous un chapelet
de cheveux emmêlés
On passe sa main et c’est
comme chercher l’aiguille
dans la botte de nœuds

chaque incisive perce
le matin au même endroit
précisément là où il saigne
il faut laisser au jour
le temps de cicatriser

la lumière a des pulsions
fait des zooms exprès
des effets stroboscopiques
elle refuse de caresser le sol
à la fin elle se réfugie au ciel

Petites choses simples

ta silhouette à contre jour
dans l’étendue vague
tu avances lentement
les yeux fermés
un jeu d’enfant
sans obstacles
*
je te guide
avec la bouche
des sons aigus qui claquent
pas à pas tu me suis
jusqu’au bord de l’eau
tu ouvres les yeux et
tu ris
*
sur le sable encore humide
nous contemplons longuement
des gravures d’arbres enchevêtrés
délicatement tracées par la mer —déjà lointaine
*
nos pas plus légers sur le chemin de terre
nos voix qui s’incrustent dans le soir glacé
comme de petites étoiles
*
nous redescendrons sur la grève
ressasser l’avenir incertain
ton printemps suspendu
le tout début de mon hiver

Le simple est une question de demander

le ciel est une question de bleu
de gris de troublé
déposé sur le toit
un coup sur moi un coup sur toi

Le port est une question d’asphalte
d’abribus vitré
et de pavés alignés
devant le quai

la mer est une question de coquillages
à écouter briller
après chaque vague gommée
derrière le quai

la main est une question de promenade
le matin le dimanche
l’hiver l’été demander
le ciel qu’est-ce-que c’est ?