Dans une boîte
j’ai rangé
mon premier cheveu
blanc
nul ne le sait
je le garde caché tel un
bijou
pour mieux apprécier
celle que je deviens
alors je l’écoute
loin des autres
par milliers
murmurer
nos secrets désormais
Dans une boîte
j’ai rangé
mon premier cheveu
blanc
nul ne le sait
je le garde caché tel un
bijou
pour mieux apprécier
celle que je deviens
alors je l’écoute
loin des autres
par milliers
murmurer
nos secrets désormais
Ouvre la bouche et dis
les mots bloqués
ce plombage dentaire
qui empêche qui chasse
à coup de brûlure
à coup de tremblements
mauvais rinçage des gencives
Les mots sortiront tôt ou tard
ils feront bien ils fredonneront
ils auront su garantir leur floraison
leur fluidité pleine salive
leur folie douce aspirée
par l’autre bouche
ils sont nourriture ils sont boisson
ils sont vérités au fond des ventres
Les mots maladroits
fausse route dans la gorge
ouvrent de vieilles cicatrices
des fractures des failles
raclent les lèvres
traversent au mauvais endroit
en dehors des clous
se rattrapent où ils peuvent
leurs serres autour des cous
étranglent et c’est sans faire exprès
Ils s’en excusent ils trouvent
ce qu’il faut pour adoucir
les plaies le pire le plus dur
est aussi le plus durable
les mots ne passent pas
ils restent en travers
d’autres venus à la rescousse
tentent le tout pour le tout
percent de nouvelles voix
pour poser baume plutôt que bombe
pour anéantir les champs déjà minés
Le bec des mots pique autant qu’il caresse
C’est sous le trottoir, sous le bitume froid, sous les couches de sédiments que bat le coeur de la ville. Il palpite dans les veines souterraines d’invisibles élans, de pulsions de vie, de vibrations.
Sa voix basse murmure en nous sans que nous le sachions. Dans ses bouches naissent des mots indicibles qui remontent en sourdine, aux surfaces d’asphalte, aux immeubles de béton.
Chaque mot inaudible sa direction qui nous fait mettre en pied devant l’autre, par quoi nous tenons au sol, qui fait de nous, arpenteurs urbains, ses disciples muets et disciplinés, dans l’obtuse obscurité des choses. Le coeur angulaire bat et brille dans sa nuit de catacombe et personne ne le voit.
réseau racinaire infiniment morcelé
rhizomes enfouis enflent dans l’ombre
dans le souffle de la terre
vivace sa tige est une lèvre
dont on ne sait ce qu’elle embrasse
si elle pousse vers le haut ou vers le bas
ne sait où elle s’enfonce où elle perce
des défenses invisibles
se berce respire les mystères
traverse la roche se niche
dans ses anfractuosités
ses ramifications y saillent s’incarcèrent
dessinent un labyrinthe de sève et de sang
tissé des secrets de l’obscurité
ses filets d’Arachné muscles tressés
lacis nerveux dessus-dessous
sa vie dressée à l’envers
dans le creux du monde
Elle n’est pas là tout de suite, avant elle il y a les pleurs
Elle ne vient pas seule
Sur la bouche de l’enfant un sourire mime celui du visage familier
Rencontre un sourire plus large encore
Un sourire plein de dents joyeuses
et des paroles
certainement des paroles.
Des paroles d’amour
de tendresse
de bonheur
des paroles incompréhensibles et étranges
un peu menaçantes.
Elle arrive à cet instant
Elle peut revenir
Elle surgit
Taper les objets
les gens
le vide
avec les mains
avec tout le corps
Poser les pieds sur le carrelage
le plancher
On la veut encore
Les cailloux
le sable
la terre l’eau la boue
Cracher la nourriture
Avec la salive faire des bulles. Crier rire
On la veut encore
Faire des bruits
de notre corps jusqu’à nos oreilles
Et des sons
Et puis des mots
Créer des sons que l’on a entendu
Inventer des mots.
Toute, toute cette joie,
ce vertige devant son immensité,
toute cette peur
toute,
toute cette joie.
Elle surgit avec le désarroi
Le jour où l’on sait tenir debout
ils glissent ensemble sous nos pieds, là où on ne les voit plus.
On la cherche.
On l’imagine cachée dans les adultes
On la veut encore
Et ils la dérobent
Ils nous la prennent en enferment les mots dans des cahiers à lignes
et en nous parlant de faute
Ils nous la prennent en l’enfermant dans certaines heures du jour et certaines circonstances
Ils la coincent dans les pas maintenant
pas ici
plus tard
ce n’est pas le moment
ce n’est pas possible
Ils nous la prennent en enferment les pieds dans des chaussures
les jambes dans des pantalons
En étranglant les cous dans des écharpes
Les manteaux doivent être fermés
Les bonnets descendus sur les oreilles
Il ne faut pas perdre ses gants
Pas gâcher son bâton de colle à vouloir recoller les feuilles sur les arbres
Parce que.
Ce n’est pas possible
Parce que.
C’est normal
Les feuilles tombent à l’automne
on ne peut pas les recoller
même pas avec les tubes jaunes même pas avec la super glu.
Mais de nouvelles feuilles pousseront au printemps toute neuves toutes vertes
Les arbres seront joyeux et nous aussi
Tu verras.
*
On la cherche moins
On n’y pense pas
Et voilà qu’elle explose
Une flambée encercle le jeune corps
Elle l’attrape
Elle le gagne
Dans les cours de récréation les enfants n’ont pas appris la différence
rires et pleurs
baisers et morsures
rage et gaieté
On comprend qu’elle se cache là, dans le lien
à côté tout à côté de la peine
On la cherche à nouveau
On découvre la nostalgie
On tient la distance
On observe
On attend
On construit un mythe
Elle revient dans le corps d’une rencontre
Il y a encore des gestes à découvrir,
des gestes qui s’inventent à deux.
Toute, toute cette joie,
ce vertige devant son immensité,
toute cette peur
toute,
toute cette joie.
*
On apprend à la contenir
A la doser
On apprend à la provoquer aux heures consacrées
Elle se dérobe
On recommence jusqu’à se fatiguer
Elle fini par se calmer
On se dit que le temps est passé
On se détache.
Elle veille
Calme et attentive
Attendant qu’on la redécouvre
A nouveau pour la première fois
Ce sourire d’un enfant
Ces pleurs de l’amie
Ce bruit dans les feuilles
Cette odeur de pluie
Ce désaccord qui brûle d’affection
Cette étreinte dégelée.
Tenir moins droit
Et avoir encore à vivre.
Dans l’ombre de ton ombre,
Je suis née de tes caresses,
Et j’ai grandi à ta voix,
Et tes soupirs de plaisir.
Ai-je raison ou ai-je tort
D’attendre, tapie, dans l’obscurité
Pour éclore enfin entre tes doigts ?
____________________ Tu n’es jamais là où je vais te chercher
____________________ Et tu as tant de mal à me trouver.
____________________ On s’évite au grand jour,
____________________ On se heurte, on se bouscule,
____________________ On se bascule au crépuscule
____________________ Et je prends forme et tu me dessines
____________________ Contre ton corps qui crie encore.
J’embellis sous ton regard indécent
Qui brûle tel un volcan
Et te dévoile, incandescente,
Cette beauté qui te noie
Et t’abjecte quand tu t’échappes
De mes tendres oripeaux.
____________________ Je me nourris de nos vicissitudes
____________________ Et tu te gorges de nos plaisirs
____________________ Dans l’antre de nos battements de cœur
____________________ Qui pulsent et s’accomplissent ensemble
____________________ Au rythme de nos cadences, peau contre peau,
____________________ Toujours plus hauts, toujours plus forts, toujours plus beaux.
Et si tu viens encore,
Je laisse les ténèbres nous envahir, nous ensevelir,
Je finirai par briller de mille feux, lunaire,
Dans l’antre de nos ébats,
Qui, sous le bas, blessent
Comme le sang qui coule de nos veines.
L’amour n’a pas de fin
Il nait et prend racine ici
Il s’épanouit et vit la nuit
Et s’enfuit lorsque le jour se lève.
« Toutes les naissances ont lieu dans l’obscurité »
Il est né en pleine rue,
Pourtant personne ne l’a vu,
Il est arrivé un jour d’août,
Sans que personne ne s’en doute.
C’était près d’un très haut portail
Qu’il a tissé ses premières mailles,
Toutes les nuances de ses couleurs
Et leur invisible douceur.
Jaune, rouge, vert,
Pour bousculer tout l’univers.
Violet, orange et bleu
Le rendaient encore plus précieux.
Bien à l’abri le long des murs,
Il grandissait à fière allure.
Il a poursuivi sa croissance
Entre poésie et innocence,
Plongeant ses racines sous les cailloux
Et dans la ville un peu partout.
Il se faisait tellement discret
Personne ne voyait qu’il grandissait,
Au cœur d’un parc, dans un jardin,
Cela lui donnait joli teint,
Ou sur un arbre en épiphyte,
Pour que la sève lui profite,
Près d’un clocher ou près d’un pont,
Ce qui le rendait plus fécond,
Sous quelques pierres, dans une cavité,
Il aimait se dissimuler.
Mais il voulut jouer à cache cache
Sans que personne ne le sache,
Pour cela pas besoin d’eau,
Il a hissé ses voiles haut
Et navigua sur les réseaux.
Difficile de rester caché
Sur les toiles par milliers.
Un jour, il croisa la jalousie
D’un être vil sans empathie.
Pourquoi il était combattu,
Personne ne l’a vraiment su.
Don de la vie, précieux cadeau,
On ne dénouera jamais les rubans
De cet Amour pur en suspens.