Qu’est-ce qui perdurera quand nous n’aurons plus rien ? De quel ventre naitra le renouveau ? Quel sera son visage ? Inventerons nous des danses nouvelles, d’autres façons de rire ? La joie aura-t-elle changé de couleur, pour transformer les bouches en portes jusqu’au cœur ? Qui sera là pour le voir ? Qui verra que de la souffrance nait tant de beauté ? Le ciel sera-t-il plus pur, le vol des oiseaux plus léger ? Quand nos yeux auront été lavés par les pluies torrentielles et nos âmes rincées, que restera-t-il sur cette terre ? Les hannetons couveront-ils encore sous la surface, préparant leur envol dans la plus sombre obscurité ? Le sommet des montagnes nous toisera-t-il encore dans son manteau de feuilles et sous sa peau pelée ? Les gouffres auront-ils perdu de leur attrait ? Que se cachera-t-il sous la croûte ? Faudra-t-il encore creuser pour satisfaire notre besoin d’exhumer les secrets enfouis, pour comprendre l’histoire de notre race, le cours de notre destinée ? Quelles inflexions auront nos voix ? De quel parfum embaumera-t-on les mots nouvellement créés ? Quelle douceur emportera nos doigts jusqu’au mystère des courbes et des aspérités, jusqu’à s’écorcher aux crêtes et glisser dans les creux ? Quelles poésies redessineront nos lèvres, et tous les contours du monde ? Avec quelle sincérité, quelle envie, quel élan se sera-t-on permis le rêve ? Aura-t-on osé assez ? Rêvé assez ? Avec assez d’effronterie, sans retenue, sans s’empêcher ? Qui sera là encore, pour enfouir ses pieds nus dans le sable, simplement ? Pour éprouver le souffle du vent ? Les vagues auront-elles la même saveur, le même piquant salé ? Qui sera là encore, pour assister aux nuits et aux aurores ? Aux tempêtes ? Aux marées ? Qui sera là encore lorsque les battements d’un pouls perdureront, tout au fond, quelque part ? Lorsqu’une nouvelle promesse verra le jour en robe de rosée, fraichement éclose, souveraine et belle ? Qui sera là quand tout aura cessé ? Qui sera là pour voir ? Pour y tremper les lèvres ? Pour, encore une fois, goûter ?

où depuis la peau
à n’en pouvoir rien dire 

où se ferme le pli sans douleur 

et qui depuis la peau écorche
prie encore
supplie
qui 

d’où les lèvres muettes
fissurées mutantes 

que disent-elles

que tiennent-elles
à bout de souffle

quelle question

fermée tranchée
violence faite

et depuis combien de temps
cela

qui n’a rien vu qui n’a rien dit 
alors
qui s’est détourné simplement

qui n’en reviendra pas

quelle question meurt sitôt
dite
et si rien n’est là
quelle issue

quel tumulte empêche
et réunit

quel impossible silence
dans le silence

d’où nos mots de feu
et d’où la peau
d’où
qui part en fumée
sans laisser de trace
que nulle main n’a touchée
quelle main perdue
retrouvée
quelle nuit longue
aussi blanche qu’une aube
endormie
dans nos voix