• Pierre-monde –

champ de pierres les herbes 

ont 

abandonné leurs racines 

au granit 

la dureté 

toujours 

de mise il 

est né

.

chemin de pierres un oiseau 

pousse 

sa peur des routes

larges

les goudrons chaud fumant

il court

sa folle

errance

.

cœurs froids de cailles 

les cailloux 

portés au cou des 

villes 

mâchent 

la tendresse qu’il avait forgée

à force 

de fréquentations en pierres

il 

passe à l’âge adulte

.

cime-terre 

.

pour les pierres

.

dans la grande éternelle 

il ne se saura

pas

.

car il est parcouru 

.

le

monde

n’est 

.

rien

.

compris 

d’autre

.

qu’il 

était pierre

.

parcourue

.

.

d’oubli 

Alors, elle pleura. Longtemps, elle pleura. Elle pleura dans son lit, dans sa cuisine, dans sa salle de bains.

Elle pleura lorsqu’elle se réveillait, lorsqu’elle s’endormait, lorsqu’elle mangeait, lorsqu’elle pissait.

Elle pleura dans sa voiture, dans le bus, à vélo.

Elle pleura sur son bureau, sur des épaules sur des bancs publics.

Elle pleura debout, assise, et parfois allongée.

Elle pleura les hommes, elle pleura la bêtise, elle pleura les malades, les morts, les tristes, les animaux, la banquise, la terre entière. Elle pleura beaucoup.

Elle pleura seule et parfois accompagnée.

Et un jour, elle ne pleura plus. Ses yeux avaient séché. Et elle voulut le pleurer, encore, mais elle ne pouvait plus.

Une vie sur le départ

Il quitte

Le silence

Le dedans

Le ventre

Il quitte 

La table, les heures, les chaises 

Qui se lassent, se meurent

S’affaissent

Il quitte

Son lit 

étroit

Son pyjama 

mouillé

Ses jouets 

déchus

Les monstres dans le placard

Il quitte

Les lèvres sur ses lèvres 

Collées

Son corps et le sien 

Eblouis

Il quitte

L’envie de rester

La peur de se perdre

La honte de trahir

Sa maman sur le palier

Il quitte

Sa foi sainte de guerrier

Ce qu’il s’était craché, juré, promis

Sa soif de partir

Il quitte

Sa lumière

Son éclat

Ses dents ivoires

Sa peau velours

Il quitte 

Un fauteuil 

Pour ce lit

Un corps 

Assis

Pour ce corps 

Couché

Il quitte

La vie, la grande vie

Qui passe

Qui rate

Et quitte

Il quitte

Comme toujours il quitte

Une dernière fois il quitte

Comme un homme quitte

Un costume très beau

Trop grand

Il quitte la belle

La grande vie

Il se souvient

De tout

Les vertiges

Au bord 

Du monde

La peur 

A l’approche

Du vide

Les mains

A saisir

A la surface

Il se souvient

Mille vies

Une place

Pour chacune

Dans cet album

A refermer

Et transmettre

Aucun héros

Sur les photos

Juste une comète

Qui traverse 

Rapide

Cherche sa trace

Dans le ciel 

Immense

Et ne brille 

Que si on sait 

La regarder

Il se souvient

Jamais assez

Il fouille

Déterre

Les promesses

Les corps

Les souffles

Les murmures

Les silences

Les fantômes

Redonner 

Les couleurs

Trouver

Les pourquoi

S’apaiser

Pardonner

Se rappeler

De tout

Pour conter

Une histoire

Qui dit

J’ai été

Ici, là

Et là-bas

Parmi eux

Simplement

J’ai été

Je m’en vais