Prends garde !

Quand monte l’éclipse au cerveau,

Que la lune gibbeuse t’éclabousse

et boit avec toi, un verre, encore un verre

Prends garde à l’écorce de tes rêves nocturnes qui se craquellent,

Aux mornes matins blancs qui poussent à enfiler les souliers rouges,

Prends garde aux ombres en sueur qui te frôlent, aux bouches affamées qui voudraient manger dans la paume des mains, dans le creux des reins, tout au bout des seins,

À l’amère et âpre goût de rancœur, gravelle qui tâche au fond du verre,

Prends garde aux mages parisiens qui choisissent les élues à la courbure de leurs hanches, à la pureté de leur robe légère,

Prends garde à tes mots qui éclatent et roulent sur le plancher, aux rires qui résonnent comme des chiens hurlants dans la nuit, à tes bras qui tentent de reprendre les rennes en vain…

Oui – Prends garde.

Fragile beauté

On les adore
Leurs sensibles couleurs
Leurs poésies
Dont on sait ce repaître
Drapés de dignité !

On les adore
Leurs sensibles musiques
Que l’on prétend saisir
Rongés de peur, d’orgueil
Gangrenés d’ignorance !

Mais les nommer.

Leur accorder un nom.

Et ne pas les livrer
A ces geôles d’oubli !

Mais les nommer.
Ces geôles de mépris !

Mais leur tendre la main
A ces cris étouffés
Mais leur tendre la main
Aux larmes qui explosent

Mais leur tendre la main
Elles sont l’ultime armée
De la guerre que se livrent
En nos marges
Les fous que nous avons créés.

Ouvrir nos bras
Nous ne le ferons pas
Ouvrir nos bras
Nous n’avons jamais su.

Et ne plus fuir.

Accueillir l’évidence
Que de ces oubliés
Dépend
La fragile beauté
De notre humanité.