Ville lumière

Lignes électriques

Y en effigie

Magnétisme sur la ville

Aux lampadaires

Un roulement mécanique

Le cri

Un tram traverse la nuit

Et ces rues

Où même les chiens s’ennuient

Les panneaux d’abribus

L’instrument du supplice

Les morceaux de ferraille

Comblent

L’interstice des pensées

Terrains vagues qui se meurent

Les friches portées à bout

De la gueule noire

Et de la suie

Reviennent-ils les mineurs

Du temps qui encrassent

Mon crassier

Brûlons-le

Un peuplier arraché

Au sommet du charbon

Lui aussi parasite

Importé

Important

Pour ceux qui se souviennent

De la fenêtre

Ou de son absence

Des orbites béantes

L’indignation

Sur le visage de nos ruines

La bombe aérosol

Qui maquille

Recouvre

Guérit

Le mausolée

La ville aux dents de scie

Elle est belle pourtant

Malgré

La léthargie

Quand elle s’emmêle

Dans ses fils électriques

Quand elle danse

Notre zone

Du dedans

De l’intime

Elle rêve aussi

Des étoiles

Au-dessus de nos lignes

Electriques.

Feygele

Vert tendre

______ toute
______ ______ naissantes

et
frêles

et
légères

______ toute
______ ______ dansantes

ballet d’OMBRE
ciseaux

de lumière

______ ________ ___ petite Feygele

je traverse
la haie


d’honneur
qu’elles


me font
les feuilles


d’orme

ensoleillées

petit oiseau

j’entre
dans ton


domaine

______ ______ _______ Ô Feygele

les branches
______ tes bras


la mousse
______ ton lit

ton sang DEVIENT

______ sève

______ _________ _ ma Feygele !

dans les oreilles
Quatre Saisons

______

______ mais là

c’est le Printemps

______ pour les joies
je ne sais pas
mais

______ les fleurs

oui !


elles

______ renaissent

et toi

______ ______ tout petit oiseau

TOI

tu dors


dessous

si je veux

me glisser
contre

toi

il faut que
j’erre

dans
la forêt

que je creuse
de mes pieds

nus
l’allée

d’aiguilles
douces

j’avance
dans

les travées
printanières


encore jonchées
de feuilles

______ ______ ______ ______ mortes

mais Feygele…

______je peux encore
______ _____frôler

______ ta peau
j’y laisse

mon empreinte
tu la sentiras

(Feygele sous la terre)

j’entends


ton souffle
le vent

je respire
dans

tes poumons
noyés

au bord
de l’eau pure

ruisselante


______Feygele ?

______ ______ ______ rouge-gorge
______ ______ petit oiseau

envolé !

Bientôt
tu renaîtras

enlacée
de vert


je toucherai
l’humus

de ta chair
coquelicot


je reconnaitrai


ta terre
Mère

L’Odyssée des murs de la cité

Quand j’ai envie de m’échapper, voyager, partir au loin, je rejoins la cité. A peine franchie la première rue piétonne, mes yeux se posent sur les murs de la ville, sur ses parois de béton monotones, sur leurs ancêtres de schiste et de pierre et leur enchevêtrement de gouttières … Au détour d’un regard, c’est un fabuleux Vif d’or en mosaïque qui m’attire et me fait signe de le suivre, déambulant à son aise dans les airs de ces rues qui lui semblent si familières. Il m’embarque alors pour une Odysée citadine, qui nous conduit d’abord à la rencontre d’un espiègle éléphant gris, posé là, près du grand théâtre, par les mains habiles d’un mosaïste. Cet adorable nous invite à écouter sa poésie accrochée juste à côté de lui, qu’il déclame, tel un comédien, avec tant d’adresse. Ses mots nous transportent, moi et mon compagnon ailé. Bientôt, nous apercevons, sur la place principale grouillant de monde, un paisible panda, dans son costume à carreaux noir et blanc. Il nous saute au cou tellement il est heureux. Il nous raconte la Chine, ses montagnes, ses fleuves et ses forêts de bambous.

Mais, le Vif d’Or s’impatiente déjà. Il a tant à me faire découvrir : la magie des contes, là juste au coin de la rue, en bas. Je ne vois rien pourtant, seulement des paillettes, tombant en pluie comme par enchantement. Je lève les yeux et découvre le facétieux : le petit soldat de plomb jetant sa poudre d’étoiles au passage pour attirer notre attention. C’est en hauteur qu’il a trouvé sa place, pour essayer d’apercevoir sa danseuse dans la foule des samedis de folie. Qu’il est resplendissant : noir, rouge, jaune, rose, bleu ! … Les tesselles de couleurs, agencées par les doigts minutieux de l’artiste, sur fond de mur gris m’éblouissent …

Mais, je n’ai rien vu encore, me confie alors le Vif d’Or … En effet, poursuivant notre merveilleux périple, je m’immobilise, à quelques encablures de là, devant une œuvre abstraite … Des carrés et des rectangles de couleurs s’animent sur leur mur comme sur la toile d’un Mondrian. Dans ce musée citadin à ciel ouvert me parviennent tout à coup de douces notes. Comme celles du joueur de flûte de Hamelin, elles m’attirent irrésistiblement. D’un seul coup, je plonge dans l’univers aérien de l’Oiseau de printemps et puis du Pélican. Les bruits du quotidien soudain se taisent. Ils laissent place aux becs mélodieux, à leurs échos infinis, à la musique du vent jouant sa symphonie aux multiples variations, celle des bouleaux, des magnolias ou des sakuras et au murmure de quelques feuilles éparses, roulant de temps à autre, selon la partition.

Mes yeux sont ébahis par tous ces oiseaux colorés qui tournoient au-dessus de ma tête. Ils m’offrent une aire de repos migratoire sur laquelle je me pose, à l’abri des passants. Et, bientôt, Pélican m’invite à monter sur son dos, m’emmène vers le phare, où j’arrive à bon port. Magnifiquement posé près d’une tour ancestrale de la ville, il arbore ses couleurs vives et veille sur elle, sur ses habitants, ses visiteurs d’un jour. Je l’admire dans les moindres détails, il me demande une caresse. J’effleure chaque tesselle, passant mes doigts, un à un, sur ce phare protecteur. Je me laisse à mon tour caresser par l’harmonie de ses couleurs. Puis, peu à peu, l’odeur pénétrante de l’océan se répand et m’apaise. Le large m’appelle, m’envahit et ma paix intérieure se fait encore plus belle. Flottant sur l’océan de mon rêve, je m’aperçois soudain que le Vif d’Or a disparu.

Mes yeux partent alors à sa recherche sur le vieux mur de pierre… Il est là. Il a rejoint sa place … Enfin, un rai de lumière, filtrant dans la ruelle, éclaire mon visage. Mon Odyssée s’achève. Je quitte alors ce monde des mosaïques et l’art de la street. Dépaysée, régénérée, je m’en retourne apaisée, ramenant tout au fond de mes yeux, les trésors des rencontres, des murs de la cité.

j’emprunte la ruelle qui se nomme oasis

car elle se terre derrière la vieille église inaccessible

mes pas sont lourds de l’air du temps

qui étouffe chaque inspire

ne laissant s’échapper qu’un demi sourire

lorsque le soleil veille avant le couvre-feu

comme s’il défiait les autorités

moi aussi j’essaie d’avoir le dernier mot

un autre espace où se lover

une allée verte fluorescente dont on prend soin

comme le jardin communautaire en hiver

moi aussi j’aime faire l’amour

dans les coins libres du village gai

À l’heure bleue
l’heure de tous les possibles
marcher dans une forêt
– cela veut dire respirer –
et laisser ses pas aller
un pas puis un pas
– tel le souffle –
et malgré les ombres gourmandes
se retrouver près d’un tronc d’arbre
celui qui appelle
désencombre le regard
on épèle sa peau
comme une langue étrangère
néanmoins familière et
on redevient l’enfant près du petit pin
où chaque été se mesurait la taille
et il grandissait si bien
même un peu tordu
que les rêves de grandir  se miraient en lui
on parlait tous deux par nos peaux d’enfants
et des poèmes se murmuraient
– un souffle lent et continu –
par les interstices de peau
où échange de chaleur de sève
d’intensité de soi
comme si un feu
– un souffle comme le premier –
et la peau  – dans cet appel d’air –
se modèle, se sable
– respire ce qu’elle sait –
et la main de l’enfant est là
qui tremble encore

on continue le chemin
un éclat dans la paume
– un peu d’air –

Enfantillage à la blaise

Parfois la vie sourit au bord d’une rivière,
quand la gourmandise piège un petit mammifère
pour la gloire d’un tout jeune chasseur,
mais l’enfant ne veut pas le croire.

Parfois le produit de sa chasse disparaît
avalé par le ventre gourmand de sa maman.
Bien cuit, bien rôti l’agouti !
Mais l’enfant ne veut pas le croire.

Parfois la maman est en peine
d’avoir ôté le festin de la bouche
de son petit indigène qui ne le sait pas,
Mais l’enfant ne veut pas le croire.

Alors la maman lui promet mots et merveilles
et, comme toutes les mamans, le conseille.
Elle le console en lui promettant un fruit séché.
Parfois les fruits mis à sécher sont emportés

Par la marabunta, une légion de fourmis.
Le lent cheminement n’épargne aucun survivant,
mais l’enfant ne veut pas le croire.
Parfois la vie est dévastée par la multitude

minuscule s’assemblant en un formide fléau.
Soudain, les larmes s’écoulent sur ses joues.
L’enfant veut bien le croire
Simplement parce qu’il peut les boire.

Je déchire le filet de pommes de terre.
Je choisis les plus charnues
Mets à la poubelle
Celles qui sont trop abimées.
Je les épluche.
Je deviens cet assassin en série
Dépeçant les corps
Collectionnant les peaux.
Je sens sur mes doigts
Couler le jus de l’amidon.
Les gouttes de frayeur
Des minorités décimées
Les larmes de peur
Des camps de concentration.
De ces patates,
J’ai le destin entre les mains
Comme toutes les nations
Sacrifiant l’humain.
L’apparence,
Sélection
L’utilité,
Motivation
Pour faire tourner le monde,
Rester dans cette ronde
De la société.
Enfermés,
Enchainés
Entassés sur la terre
Nous sommes tous des pommes.

Les voilà, nues, sous mes yeux.
Elles s’illuminent
Otées de leur habit rugueux
Soleil luisant de fraicheur.
Elles sont l’adolescente, insouciante, en maillot de bain, sur la plage
Transpirant de fraicheur
Portant son corps
Comme un trophée fougueux.

Je les ai laissées trop longtemps à l’air libre.
Elles noircissent
Semblables à nous autres
Rongées par le temps qui passe
Tatouant nos corps et nos âmes.

Alors que je vais les rincer, l’une d’entre elle s’échappe.
Elle tombe à terre.
Elle est espoir
Croire en sa chance
Elle est la danse
Des plus courageux
Elle est le risque
Elle est la vie.

Lors de mes promenades, là où mes pas m’emmènent,
Je m’éveille chaque fois un peu plus à moi-même,
Ces pas, irrésistiblement, vers la Loire aboutissent,
Et ses courants, et ses remous d’un seul coup m’engloutissent.


Ils me ramènent d’abord aux histoires marines de mon lointain aïeul,
Elles défilent une à une tout au fond de mon œil,
Je revois dans le sien, la joie de raconter les histoires anciennes,
Les détails de pêche, de poissons gigantesques, d’épopées ligériennes,


Un courant me rapporte des bulles de vacances,
Souvenirs de grève, où avec peine j’avance,
Parcourant de la Loire, les longs cheveux de sable,
Et toutes leurs nuances de blondeur admirable.

Mais le vent de galerne souffle soudain en moi,
Me rappelle la Sauvage et provoque l’effroi,
Ses courants emportant mes joies et mes chagrins,
Le sourire d’une maman et des yeux enfantins.

Les courants changent alors tout comme mon futur,
Je leur confie mes doutes en indicibles murmures,
Espérant que la Loire, ses remous, ses courants,
M’aident à y voir plus clair dans ces sables mouvants.

Et si l’écriture n’avait pas vu le jour?
Et si tous ces symboles sortis de l’esprit humain n’avaient pas tant de valeur?
Et si tous ces signes nés dans le battement du marteau sur la roche, la caresse du pinceau sur le bois, le son sourd de la plume sur le papier, le cliquetis d’une machine à écrire, la monotonie rythmée des claviers d’ordinateur ou encore les vibrations d’un smartphone n’avaient aucun sens?
Et si toutes les lettres, des différents alphabets ne sonnaient plus?
Et si les mots nés dans le silence des nuits d’hiver ou dans le chahut des cafés bondés y mourraient?
Et si les R ne roulaient plus sur les langues, si les S ne sifflaient plus entre les dents, si les M n’aimaient plus sur les lèvres?
Et si les vers ne rimaient plus?
Et si les allitérations ne résonnaient plus?
Et s’il n’y avait plus de notes?
Plus de blanches ni de rondes pour diriger les orchestres?
Et si les symphonies se transformaient en cacophonies ?
Si les violons ne crissaient plus, si les flûtes ne soufflaient plus et si les pianos ne tintaient plus en rythme?
Et s’il n’y avait plus de mathématiques, plus de chiffres ni de formules pour décrypter les sons inaudibles?

Matin. Réveil. Câlin. Réveil-câlin. Réveil. Café. Course. Vie. Vite. Plus vite. Trop vite. Réveil-café. Course. Boulot. Manger. Boulot. Rentrer. Course contre la montre. Course. Air. Courant d’air. Vie-courant d’air.

Aimer ? Haïr ? Plaire ? Se plaire ? S’aimer ? S’haïr ? Alors ? Donc ? Et alors ? Et puis quoi ? Et puis maintenant.

Et puis aujourd’hui. Et puis les hommes. Les femmes. Les enfants. Et puis les enfants. Que les enfants jouent. Qu’ils s’aiment. Qu’ils grandissent. Ils se haïront.

Et les jeux.

Et les jouets.

Et les cris. Et les larmes.

Et la vie. Et la mort. Et la vie-morte. La maladie.

Et puis moi. Et puis toi. Et puis nous. Et puis plus rien. La vie-morte. Le mort-né. Le mort-vivant. Le vivant-mort. La vie-morte. La ville morte.

Et ensuite tomber. Et ensuite se relever. Puis retomber. Et encore se relever. Infini. Chute.

Sommeil. Nuit. Matin. Réveil. Câlin. Réveil-câlin.