Mélodie de mes nerfs

Mélodie de mes nerfs
sous la pruine
dans la note grégaire
d’une bouteille de gaz
qui a faim de feu
debout

Debout planté en moi
comme un Cèdre qui marche
dans le frimas de l’âge
et la folle verdeur
l’amour mijoté

Je m’enracine dans un amas de papiers volants
qui déballent des humeurs
de revanches et de nuages
non moins que la voracité des mouches
j’écris

Ce Royaume intime
dans l’avènement d’une balayure
dont le crayon et la gomme
signent la noce entre
l’ombre et la lumière
l’un efface ton absence
et l’autre écrit ta présence
omniprésence divine

Mais la lampe rutile
sous les tons criards
des pop-up
des choses à faire
aux mots qui se bousculent
que je trie que je classe
dans un post-it sans lignage

D’une majuscule de Narcisse
les pantoufles s’esclaffent
devant un dieu vitrifié
à la longue barbe blanche
et à l’éclaire de Zeus

Leurs langues tirées
à la perspective des ordures
sous des fenêtres agitées
nostalgiques de mes cent pas

Adonaï
libère moi libère moi
des liaisons paperassières
que de l’abîme
je n’en sois que passagère

Ne rien faire

Ce qui coûtait 1 franc
ce qui servait à se dire je t’aime
ce qui ornait le coin d’un chevet
ou servait à caler un meuble
cornée par les déménagements
égratignée par les entassements de livre
que tu ne liras peux être plus
aux éclaboussures d’encre et de café
sûrement celui que tu buvais
avant de prendre congé
par ta signature aux couleurs passées
ces lettres de lierre grimpant
cet ours aux pigments délavés
cette ruine qui n’a pas bougée
cette prairie toujours éloignée
existent-ils encore
en dehors de cette carte postale ?
Peu importe la réponse
à cette photo je n’appartiens plus
je triomphe grâce aux saisons
ma demeure est au vivant

Aujourd’hui le paysage est une brouette
aux bruissements qui dévissent tous mes gestes  
en chantier le vent passe gratuitement
je tombe comme une feuille d’automne
sans nulle autre identité que la rigueur des branches
bien des rivières ont coulées sous mes yeux de falaise
à n’en faire qu’océan de mes pieds sans idées
gloire au magnolia qui perd ses fleurs sans perdre sa verdeur
la fenêtre me fait des avances
elle me montre sa rue nue qui ne se réveil plus
quelle pluie!
Je n’y plongerai pas
fixé comme des pieds de tables
le sol me retient

Terrien

T’es rien
que 4 bouts de bois
agrafés à un socle de peuplier
sur des vestiges de jus de tomates
qui sont l’attentat d’une vague vie antique
aubade de caniveaux
d’un dimanche sans ciel
tu es venue à moi
tu m’as choisi

J’avais besoin d’écrire sur quelque chose
j’écrivais sur presque tout
sur une table souvent
sur mes blessures surtout
sur les murs partout
mais depuis que j’ai mal à la terre
j’écris sur toi

Tes visages sont un voyage sur un voilier
qui transporte des lacs des loups des étoiles
que je tiens comme une énigme entre mes mains
au grée d’un vent dans la lune

Je te regarde te renverser
pour vider tout la matière faisandée
les peurs pourris la haine frelatée
le râle des enseignes où la lumière saigne
où les fenêtres perdent leurs yeux

Tu habites invariablement l’intime
nyctalope
sur ton séant de pyrée
je tiens l’équilibre entre la nuit providentielle
et un sommeil damné

Le plafond a des rides
et je ne dors pas
sur ton promontoire
des signes de sursauts des coups de feutres
des taches de cire et de réveil
d’encens et d’insomnie

Combien de mots raturés jusqu’à toi
combien de poèmes enterrés sous tes pieds
sous lesquels je laboure mes affres
et mes arc-en-ciel
sur toi
cagette retournée

Je suis à la rue la rue est à moi

Je peux perdre le fil
dans cet étrange pays
qu’est le quotidien

je peux perdre le fil
quand le sérieux devient
un mensonge qui s’ignore

je peux perdre le fil
grâce au rire puisant sa source
dans les tragiques lignées

je peux perdre le fil
caresser des couteaux avec le cœur
embrasser mon reflet dans les lames

je peux perdre le fil
lâcher le manche des appartenances
n’avoir pour paix que deux mains nues

je peux perdre le fil offrir des cailloux en guise de papillons
à d’inconnus passants pour que de pauvres bancs
deviennent une chambre moins pesante

je peux perdre le fil des frontières
ne faire que traverser des-astres pour me rendre compte
que mon corps est celui de cet arbre couché ou de l’étoile impossible

contre le temps qui fait tomber les dents les seins les gens
contre le temps qui déforme mes paroles les visages
contre le temps qui me fait croire que vingt-quatre heures c’est idem pour tout le monde ok ?
contre le temps qui creuse l’espace entre toi et moi
contre le temps qui ne desserre ni les poings ni ma gorge
contre le temps qui enfle la nuit enfle mes yeux le sexe non
contre le temps qui n’en démord pas
contre le temps qui plante derrière lui des trucs fabriqués avec mon temps à moi ma sueur mon
amour
contre le temps qui martèle et jamais ne console
contre le temps qui me demande d’épeler en seconde un monde amnésique
contre le temps qui passe putain dans tes bras
contre le temps dont la mémoire est pleine. et le coeur ?

  1. Soit je pars, soit je reste.
  2. Si je pars, soit je prends le train, soit je prends la voiture.
  3. Si je prends la voiture, soit je vais voir l’océan, soit je vais voir la mer.
  4. Si je vais voir l’océan, soit je vais me baigner, soit je vais marcher.
  5. Si je vais me baigner, soit je me noie, soit j’apprends à plonger.
  6. Si je me noie, je vous enverrai des nouvelles de l’eau de là.

Le matin fait de tous les tissus humides
Qui me suivent sur les pavés
Ça a des formes de nuages
Ça a des formes de choses connues
Le café pas trop tard
Pas trop tot
Pas trop fort « on sera pas énervés »
Les miettes de speculos
Et la crasse entassés sous les
Grilles-passoires du quai


La journée apprendre les
Petites échardes dans les doigts et
à faire et defaire les nœuds
Apprendre à se cacher dans le velour noir bleu
Et très lourd et pas très causant
Apprendre les petites échardes et
Le son de la lame de métal
Le tout bientôt réglé
Et on est presque millimétrés


Après c’est presque les fins de journée
Beaucoup de bulles dans le verre
Et des restes de peinture mat
Sous les ongles laisse les pousser
C’est les mêmes casquettes au dessus
Des barbes camaïeux de gris

J’attends qu’il soit midi de la nuit