Ils disent

Ils disent
Ils disent que je suis cinglée
C’est le mot qu’ils emploient
Ils ne connaissent rien de moi
Ils n’entendent que mon silence
Je sais ce qu’ils pensent de moi
Leurs mots envahissent mon âme
À leurs yeux je suis coupable
Je ne suis pas perméable
Je sais bien qu’ils ne me croient pas
Je suis si seule
Si seulement ils savaient

Ils disent que je suis plusieurs
Des petits bouts de moi partout
Je ne suis pas en morceaux
Je suis enfermée dans mes mots
Je ne pense qu’à demi-mot
Je suis rongée de l’intérieur
Je suis agitée par des maux
Je ne suis pas malléable
Je sais bien qu’ils se rient de moi
Je suis si seule
Si seulement je pouvais

Ils disent que je suis malade

C’est ainsi qu’ils me perçoivent
Je ne connais pas la sentence
Car déjà je ne suis plus là
Je suis emportée par la danse
Je suis debout sur l’arc en ciel
Je frôle un rayon de soleil
Mon cœur s’éclaire en points brillants
Du bout de mes doigts scintillants
Je ne suis plus seule
Si seulement ils m’oubliaient
La porte s’ouvre délivrez- moi
Ils disent que je suis cinglée.

Qui suis-je ?

Qui suis-je ?
Je n’ai pas l’âme bien née
Je n’étais pas désirée
N’ai pas désiré venir
Je ne suis pas née aimée
Avec un bel avenir
Sur mon berceau
Pas de don soufflé
Je suis à moitié
Je ne suis pas droite
Je ne suis pas penchée
Je suis maladroite
Je suis bancale
Je suis devant derrière
Je suis sur un côté
Je suis là
Où on ne m’attend pas

Je suis transparente
Pas indifférente
Je suis différente
Je suis volontaire
Ne sais pas me taire
Je suis volontiers
De l’autre côté

Je ne suis pas intellectuelle
Mais plutôt conflictuelle
Je ne suis pas diplômée
Je ne suis pas diplomate
Mais plutôt échec et mat
Je n’ai pas les idées claires
Ni le son ni la lumière
J’ai connu la pâleur
Et la peur qui domine
J’ai appris la douceur
Je suis devenue câline

Je ne suis pas jolie ni belle
Sex symbol ou top model
J’ai trouvé la force d’aimer
À mes petits donne des baisers
Je suis celle qui vous guérit
Je vous rassure et vous sourit
Je ne suis pas la fée méchante
Je suis une main bienveillante
J’ai appris la gentillesse
La tendresse d’une caresse
Je suis une nymphe adulée
Le soir venu je fais rêver

Je suis la déesse du vent

Femme avant tout, je suis serpent
Je suis la muse du sorcier
Sensible et gaie je fais vibrer
Je rythme les peines et les joies
La vie, l’amour, la mort, la foi
Rien ne se décide sans moi
Je donne le tempo des émois
Je sais vous sortir du néant
Je sais vous guérir des tourments
Je rends visible le soleil
Je m’écrie pour qu’en vous s’éveille
L’envie de vivre, étonnamment

La peur

La peur
Elle en fait voir de toutes les couleurs
Accélère le cœur
Sort de l’ombre
Surgit d’un coin sombre.
Inutile de chercher, elle est là, monte, déborde.
Maligne, insidieuse, s’installe au creux de l’estomac.
Joueuse, court le long des bras jusqu’au bout des doigts, désaccorde.
Tapie sans bruit, guette pour mieux réapparaître.
Avril ou mai, elle fait ce qui lui plaît.
Dites-lui: « Même pas peur ! »
Ça la fait rire avec le plus grand sérieux.
Elle ne tourne pas autour du pot, ne passe pas l’éponge
Tape dans le mille, fait mouche, la pluie et le beau temps.
Débile, elle ne réfléchit pas, en animal, elle agit à l’instinct.
Surtout ne pas la nourrir, ne pas l’entretenir.
Mais elle se nourrit de tout, oui, elle se nourrit d’un rien.
Elle devient habitude, refuse de se faire oublier
Et quand on croit que c’est gagné, elle ressurgit.
Elle bondit et vous avec, pour un bruit inhabituel, une simple pensée,
Une image, un geste, une couleur ou parfois une odeur.
La voilà qui revient comme par erreur,
Toujours au taquet, elle prend son pied,
Poussant le bouchon, le plus loin possible, sournoise.
Elle n’a pas sa langue dans sa poche, mon petit doigt me l’a dit.
Quand elle met des bâtons dans les roues, ça marche comme sur des roulettes.

Quand vous êtes au bout du rouleau, elle a bon pied bon œil,
gai comme un pinson, tirée à quatre épingles, elle vous tient le crachoir,
n’y va pas par quatre chemins.
Vous voilà d’une humeur de chien, dans une impasse. Elle le sait.
Faîtes semblant de ne pas la voir, ignorez-la et elle fera de grands gestes.
Ce n’est pas très efficace,
Quand on la croit partie elle refait surface.
Alors, écoutez-moi bien,
Suivez ce conseil, au pied de la lettre, voici une solution pour qu’elle
Débarrasse le plancher.
Touchez du bois, tatez le terrain et attention : bouche cousue !
Tirez-lui son chapeau, flattez-la, marchez à ses côtés.
Créez des liens , soyez bon Prince et enfin là, seulement là
Apprivoisée, elle vous lâchera la main.

Je marchais autour d’un carré
Fatigant
J’avais conscience d’être seule à parcourir ce cube
Tout le monde se tenait à des lianes
Courbes
Faciles et Sensuelles
Je me disais oui elle est sensuelle
Mes jambes sont bâtons noués
Je tire des lignes jusqu’à toi mais je ne sais pas quelle forme prendre
L’ascenseur dressait miroir entre elle et moi
Et montait et pourtant je descendais
Sous
Terre
Les lignes sont brouillées.
In the mood for love se dit les Silences du désir au Québec
Les silences nombreux plus nombreux forment une pièce entière
En ton nom

Si j’étais l’enfant je sauterais
J’éprouverais mon sang, léger je retiendrais le fil
Je le mangerais
Si j’étais luciole je pourrirais le monde de lumière d’oiseaux de bruissements et je
caquèterais
Si j’étais Montréal, je me tairais
Dans l’épaisseur de la neige
J’ôterais chaque pierre
Si j’étais l’aloe là-bas qui ne pousse pas je verrais
Je verre-rais

Quand j’arrive dans ce village, j’ai toujours l’air d’une brigande. Je suis seule à rôder, le dos chargé mais le pied alerte dans les rues désertes, comme si rien ne pouvait m’arrêter, alors que je ne suis là que pour ça : me poser enfin un instant.
C’est la deuxième fois que je me rends là-bas pour un court séjour et à chaque fois, la même ambiance : les rares personnes que je croise me toisent ou évitent avec énergie mon regard qui, pourtant, ne cherche qu’à faire un discret signe de politesse. Quelques pas devant moi, un grand enfant marche dans la même direction et tient un fusil de plastique et tire contre le sol à chaque dizaine de pas. Délinquant ou âme triste, je ne saurais dire.

Un homme âgé hâte le pas pour entrer chez lui avant que je ne le croise. Je tourne le coin et me voilà presque arrivée à l’auberge. Cette fois-là, j’ai à peine ouvert la porte que je comprends déjà que j’étais attendue.
Apparemment, je suis une bonne cliente.
Madeleine avait laissé du café dans le studio, évidemment, pour que je n’aie pas à me préoccuper d’en acheter.
Madeleine sait comment nous faire sentir à la maison.
J’avais décidé de passer quelques jours au village pour chercher une maison : je rêvais d’un espace, d’un refuge.
C’était l’endroit parfait pour oublier ces dossiers qui s’accumulaient au travail.
Essayer la cantine du coin : c’était ça le gros plan pour le lendemain. Peut-être prendre une douche. Et encore.
Un verre de vin, assurément.
En fait, il me suffisait de me fondre dans le décor et j’étais bien. J’étais là, en plein centre du village, avec vue sur la rue principale et pourtant, on dirait que je suis dissoute dans l’horizon, tellement ce lieu était apaisant.

*

Ce soir-là, le sommeil m’avait happée comme un train. Je n’avais repris conscience qu’au matin, alors que mes nuits ne sont le plus souvent qu’une dentelle noire où se succèdent mauvais sommeil et réveils saccadés.
Je me suis levée pour prendre l’air et profiter de cette heure précieuse où le village m’appartient et où le temps est en suspens. Il ne fallait que quelques instants pour que la saveur du silence s’installe tout autour, pour que le métronome discret de mes pas se fondent dans le rythme du vent.
Un vol d’oiseaux, parfois, contestait mon règne en filant au-dessus de ma tête. Sans plus.
À ce point du jour, toutes les blessures se trouvaient effacées, endormies.

*

Le surlendemain, j’ai sauté dans la voiture qui me ramenait à Montréal. Ce n’est qu’au bout d’un certain temps que j’ai compris cette étrange impression qui m’envahissait : je me sentais prête à espérer que j’aurais peut-être, un jour, une nouvelle maison, et à quelque part en son cœur, un lieu pour trouver enfin la paix.