Connard boréal

Ce sera l’hiver 

Devant l’âtre d’un feu vidéo 

Ou peut être l’été

Ventilo + âme dans le dos 

Dans la touffeur d’un mardi 

Sous un ciel sapin grillé 

Tu ne voudras pas y croire 

L’autre aura arrêté tout cuit 

De respirer

Tu seras relâchée 

Les cils en barbelés 

Éloignant tes yeux bruns momie

De ce maintenant 

Où tu n’auras plus jamais 

Le temps 

De lui 

D’être 

De dire                          POURQUOI

De pardonner 

Tu colleras tes mains 

Sur le rebord de sa vie

Tu y chercheras

Les oiseaux les traces 

Du printemps 

Toujours absent            CONNARD

Tu as souvent pensé 

Qu’avaler du vert 

Ça t’ouvrirait un peu

Les boyaux le bide à l’air 

Mais les marques

Ont la couleur boréale

Du temps qui passe

Entre le dégel et la glace 

Elles ne se voient pas 

Ça ne se dit pas

Qu’il il il il il                   T’   A(S) FAIT ÇA

Tu seras là plantée 

Larmes cendrées 

Rouge à lèvrée

Du noir de sa suie 

Tu auras 

Six ongles de pieds

Déjà sous terre

En vigies-nature

De sa lente décomposition

Et dans le talkie-walkie

De ta sève éclatante 

Tu entendras 

Il est mort 

Disparu 

Effacé 

Toi tu vivras 

Tu auras une bouche

Pour crier

tout haut et vert 

Que pardonner

= impossible 

Tant qu’ils n’auront 

Pas compris

Que c’est aujourd’hui

Espace-Temps-Ici-Maintenant 

Qu’il faut casser

L’odieux bruit blanc

Le silence assourdissant 

Tu grandiras enfin 

Mains et épines tendues

Vers les nuages carbonneux

Tu seras immense et lourde

Un phare de chaire retrouvée 

Dans la tempête de ton monde 

Tu seras une forteresse

De fleurs d’eau de sang

Il sera loin le temps 

Des années sans printemps 

Où il était là 

Où ils ne comprenaient pas 

Ces ils n’existeront plus 

Avalés par le monde nouveau 

Dont tu seras l’un et l’une 

D’un peuple taïga tropicale 

Fait de briques et de chocs 

De ciels d’aubépines roses

Et d’amours pleines et justes

Garde-espoir ce soir pétard

TA PAROLE EST EN CHEMIN

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