Lac du Petit Maclus.
Lac, eau stagnante, démonstration de la quiétude, j’ai envie de me rouler dans tes bras, que mes jambes s’entortillent au gré de tes remous impassibles, implacables, obscurs
Lac, nénuphars sur ta surface, racines dans tes reflets, tu es le jardin germé dans l’eau vieille des glaciers fondus
j’ai envie de refondre ma peau à ton eau, de ressouder ma chair à tes rochers, de tricoter mes cheveux à ta vase indocile
Lac, ombres des sapins vert sur le noir de ta moire liquide, j’ai envie de croiser mes jambes à tes saphirs triomphants, de visser ma langue à ton impossible étang
de frotter mes pieds à ton fond inatteignable, pourtant si doux, de cambrer mes dents sur ton apparence épaisse, noire, d’ébène et de confettis
Lac, truites, ombres, vairons, grenouilles, entités millénaires prises dans tes filets de liberté, j’aime me jeter à corps perdu dans ton corps mouillé, et retenir longtemps ma respiration
Lac, châtaignes, brumes et longue pluie, je passe mon temps à situer ma vague sur l’envers de ton vibrato
je lèche tes bords, je sens ton odeur, je ne sais plus me séparer de toi
je sens le vide de la nudité emballer les blessures, vivifier les corps et fabriquer des baisers très solides
à la mémoire verte.