Tu m’as prise
par surprise
jamais je n’y aurais cru
à cet amour-là

Entre Rosa et moi
tu étais restée seule
quelques années
seule
et
vide
traversée de vents froids
en haut sur la colline

Puis
toi et moi
nous nous sommes habitées

Toi m’enrobant de tes pierres anciennes
m’abritant de ton dos
m’ouvrant par l’œil de tes fenêtres
à l’air à la mer au jardin
et à l’horizon bleu

Je te répare tu me restaures
tu m’envoûtes je t’écris
je te couche tu me touches
en mots je te porte à ma bouche
tu m’aimes je te poème
je te lave tu me berces
ton sang irrigue mes veines
ton sol poli de dalles rouges
les paupières de tes volets jaunes
la lumière arpentant tes pièces
tes murs larges comme l’espace
de mon épaule à mon poignet
et l’ample ciel t’embrasse

Ta faille secrète aurait la couleur de la peur
peur d’un promoteur
l’irruption sur
ton promontoire
d’un
bulldozer crevant
tes entrailles
peur de crever salement
pour le faux saphir d’une piscine
une villa blanche façade liftée dents refaites

Toi tu restes digne
ignorant les menaces
dédaignant les modes et les frénésies
somptueuse et modeste
vénérable
véritable
héroïne du quotidien
sentinelle
fidèle à l’instant
tu demeures

Et silencieuse tu respires
recueillant les images de nos vies invisibles
l’ordinaire les passions les chagrins les rires l’ennui
tu les protèges
entre
tes mains
icônes d’or sauvées de la nuit noire

En haut sur la colline
tu as cent ans
et tu me survivras

Seule sur ton île dans le monde noyé
phare du futur
nos souvenirs pour espérance

Jamais je n’y aurais cru
à cet amour-là
à mon corps habité
à mon cœur transpercé
chaque soir
chaque matin
sur la colline
l’éternité

Laisser un commentaire