Et sentir la gratitude monter dans mon ventre, à travers mon diaphragme, dans la trachée, l’arrière gorge, inonder les cervicales, les joues rougies, la voix frêle et tremblante. Merci pour ce cœur rompu, ce trou béant, cette mort latente. De n’avoir pu enfanter, en subir la honte encore, cultiver le non-dit, vouloir se repentir, changer l’axe, forcer l’existence. Merci pour le pont aérien qui arrache, ampute, pour l’irrémédiable oubli, la perte oui. La perte qui fait vivre !
Et
Ce chausson tient dans une main. Il se recroqueville sur sa propre chair, se repli dans les brisures du temps. Des lambeaux manquants cachés par de fraîches jointures. Les rebords d’un souvenir qu’on chasse ou qu’on chérit, qu’on déplie à notre guise, qu’on invente, dont on se réjouit un jour, qu’on pleure aussi, et rythmé se déploie et chante et assourdissant nous mène au bâton l’un après l’autre engrainés sur le pavé des nues, les pleines et les vides, les brillantes et les oubliées.
Va, le souvenir gonfler les contes.