Et sentir la gratitude monter dans mon ventre, à travers mon diaphragme, dans la trachée, l’arrière gorge, inonder les cervicales, les joues rougies, la voix frêle et tremblante. Merci pour ce cœur rompu, ce trou béant, cette mort latente. De n’avoir pu enfanter, en subir la honte encore, cultiver le non-dit, vouloir se repentir, changer l’axe, forcer l’existence. Merci pour le pont aérien qui arrache, ampute, pour l’irrémédiable oubli, la perte oui. La perte qui fait vivre !

Et

Ce chausson tient dans une main. Il se recroqueville sur sa propre chair, se repli dans les brisures du temps. Des lambeaux manquants cachés par de fraîches jointures. Les rebords d’un souvenir qu’on chasse ou qu’on chérit, qu’on déplie à notre guise, qu’on invente, dont on se réjouit un jour, qu’on pleure aussi, et rythmé se déploie et chante et assourdissant nous mène au bâton l’un après l’autre engrainés sur le pavé des nues, les pleines et les vides, les brillantes et les oubliées.

Va, le souvenir gonfler les contes.

Je ne sais pas où nait la peur. Pourquoi cette création mentale infuse une réalité qui file de toute façon. La peur saisit. Elle prend le contrôle des pensées et resserre tout. La peur peut. Elle peut se glisser partout, même sur ce coucher de soleil sur la plage avec les filles. Je frissonne en repensant à cet instant magique qui pourrait ne jamais se reproduire. Un moment perdu. Et si je ne les revoyais jamais ?

Même la beauté fait peur. On peut se brûler à la joie si elle est trop forte. Et s’effrayer de perdre ce sentiment une seconde après l’avoir vécu. C’est parce que la vie est belle que j’ai peur.

Et même cette magnifique mer, face à laquelle j’étais assise, m’impressionnait et me rendait vulnérable. Apeurée. On se sent parfois seul face à l’immensité du monde.
Face à l’océan qui bat plus fort que nous et aurait pu m’engloutir.

Et

J’ai un air dans la tête
La goutte qui tombe me réveille
Juste une fuite, que je ne maitrise pas encore
Elle est mouvement, gravité et devient son au contact du carrelage
Une goutte. Un goutte-à-goutte.
Un rythme. La naissance d’une musique.
La percussion de la goutte
Elle s’écrase lentement et rejoint les autres gouttes en un filet
Ensemble elles sont flaque. La possibilité d’un étang, d’un lac ou d’un océan.