Si j’étais le vent, je cueillerais les parfums de la terre,
le cantique des oiseaux, le bruit d’écume de la mer
à l’approche de tes pas.

Si j’étais un nuage, je voguerais la nuit jusqu’aux étoiles
pour les poser en pluie dans le jardin, dans le murmure de l’aube
et sur tes rêves.

Si j’étais herbe haute, je frémirais au vent léger qui court les champs
et j’ouvrirais le bal avec les coquelicots, le bleu du ciel
Et la fougère de tes yeux.

Si j’étais un arbre, je vibrerais dans la lumière de tes mains
jusqu’aux racines, au feuillage berçant les premiers fruits
et la sève de mon corps.

Si j’étais une rivière, j’irais de pierre en pierre
traverser tes désirs jusqu’à la transparence
pour abreuver ta soif.

Si j’étais ce poème, j’écouterais ton souffle
tes longs regards et ton silence
qui débordent mes mots.

La lumière s’est enfuie
dans le torse de l’arbre
l’argile sombre de la terre

La lumière s’est enfuie
sous la vague violente
la forêt des coraux

La lumière s’est enfuie
de l’arpège du vent
de l’aquarelle des fleurs

La lumière s’est enfuie
au fond du ciel obscur
et l’étoffe des nuages

La lumière s’est enfuie
de tes mains de ton front
de l’écharpe des rêves

La lumière s’est enfuie
de ta vie qui avance
du sourire des matins

la lumière s’est enfuie
mais peut elle renaître
sans l’éclair de ta joie

Elle pénétra avec délice dans l’hôtel particulier pour visiter l’exposition.
L’atmosphère raffinée du lieu la ravissait. Elle avait hâte d’entrer dans les œuvres de ce peintre espagnol…comme dans une révélation… pensait-elle.
Oui sans conteste c’était le maitre de la lumière…et que de tendresse dans l’évocation de ces pêcheurs le soir et de ces petits enfants lumineux, pleins de vie au bord de la plage ! Les femmes aussi étaient magnifiées, dans la finesse de leurs traits, leur beauté maternelle. Elle glissait dans les teintes brillantes de la mer :vraiment sublimes, irréels, ces bleus de l’eau, l’écume étincelante, et souvent, l’orange du couchant dans les vagues ! Des vagues orange qui la transportait. Elle n’avait jamais vu tant de délicatesse mais aussi d’audace pour suggérer les paysages et la couleur de l’air.
Il a peint ses vagues en orange ? Tu as vu, disait une visiteuse, trop bizarre !… et sa fille malade là bas, disait une autre , elle est grise sur des coussins très blancs fondus dans la lumière du paysage en arrière plan !
Elle s’éloignait de ces réflexions qui la heurtaient. Oscar Wilde avait bien raison, l’art n’imitait pas la nature, mais c’est par lui que se créait notre vision du monde,… les brouillards avec Turner et Monet, les champs de coquelicots le soir avec Renoir, les étangs de nymphéas avec Monet encore. Et là, ces couleurs liquides de la mer, la grâce des silhouettes, l’évanescence des corps d’enfants dans l’eau, devenus eux mêmes liquidité, et cette matière palpable de la lumière, quel regard profond ! Klee aussi avait raison de dire que « l’art rend visible » !
Elle pensait à Proust cherchant fiévreusement dans les mots « l’équivalent spirituel » des sensations, à Rimbaud et à son projet d’une « langue de l’âme pour l’âme »…

C’était la même démarche en peinture pour dire le réel et l’émotion en nous.
Sublime ! disait un groupe de touristes sur le parvis de l’hôtel…Elle, repartait, un peu étourdie, la tête bourdonnante d’images et de secrets révélés.

Le vent réveille l’instant du paysage
Je marche éblouie dans la partition du silence, la course des nuages.
Les pins vibrent sur le ciel.
Le vent froisse la robe des coquelicots, les décline du rouge à l’orange au soleil.
La terre frissonne,
sa chair ocre sous les pétales des cistes et les fantômes exaltés des buissons,
pulsation d’ombre et de lumière.
Devant moi les herbes hautes bercent leurs grappes sous la frénésie des insectes.
Les fleurs dodelinent, encensoir troublant sous la peau.
La flûte de l’eau ondule mousseuse sur les pierres,
tout là haut le ciel nu, éclaboussé de bleu d’écume et de rochers.
le vent s’amuse de l’arpège des oiseaux,
de leurs plumes ébouriffées sous les feuilles.
Sous le regard mouvant des choses,
légèreté animale des sens,
je marche dans le jardin du vent.

Au printemps, elle roucoule dans l’arbre, sur l’herbe aux fleurs ou sur les toits,
tremblement sourd de la mémoire et du sang dans les veines…
La tourterelle, figure du Cantique des cantiques, égrène ses trois notes,
infini leitmotiv, de l’aube au soir serein.
Image d’harmonie, de renaissance, de Gaia nourricière qu’elle picore,
elle est pour moi vibration de la mère perdue
qui se sentait happée vers la fin de sa vie
par ces notes distillées,
comme les trois syllabes de son prénom.
Se sentait-elle appelée là bas par ce chant au point d’entrevoir
l’envers des choses ou l’éclat du ciel ?
Oiseau messager d’un ailleurs invisible,
d’une terre natale qui l’accueillerait pour un autre voyage ?
En elle peut être un visage, une parole enfin perçue
qui cheminait depuis l’enfance de son nom
et qu’elle comprenait à présent,
évidente certitude.
Et moi je l’écoutais s’ouvrir à cet appel
et s’éloigner déjà de sa chair et du monde.

Peut être me parle-t-elle quelquefois,
dans ce chant qui mesure l’espace,
de ce séjour nouveau…

Miroir tendu
__________ sur la commode
dans le cadre d’or
la fenêtre où
__________ tremble l’eau
__________ __________ de la lumière
chemin d’odeurs
et ton visage
__________ en filigrane…

le jour baigne
ses heures
__________ et leur feuillage
sous la peau
brûle encore
la forêt d’un regard
__________ _____la pervenche
du ciel
l’espace nu…
le temps bascule
à froisser incertain
_______________ les souvenirs
et la prairie des mots
dans le silence
__________ __ sous la neige
la chambre vacille
dans la blancheur des murs
__________ __________ __ de la mémoire

où le vent s’assoupit…

L’odeur des astres

Quand je m’approche de l’intérieur de mon poignet j’y trouve l’odeur que je préfère, celle de la maison qui a mangé les années, il y a parfois un peu d’un lendemain dans lequel j’oublie demain – je n’ai toujours pas crié au bord d’un précipice et quand je vois Izée le faire je me mets à pleurer – mais je peux sentir, comme des diapositives qui se succèdent, l’odeur du lait sucré dans le berceau, celle du parfum de ma mère, celui de ma soeur lorsqu’à son tour elle fut mère pour la première fois, l’odeur de l’inconnue dans le bus qui ne voulait pas qu’on sache qu’elle était sa maison, l’odeur pour ce vers quoi je suis tant amoureuse mais aussi celle de la peau qui a chaud – à force de vivre – celle de la pluie en été puis les retours du mimosa ;
je pourrais aligner les traces et étaler ma vie de cette manière, les ingrédients qui participent à retrouver le jour sont ceux que j’espère porter encore longtemps sur le dessous de mes bras.


Les substances d’un jardin des subsistances qui même sans espace se comptent en hectare – je ressemble à un ovale qui ne pourrait jamais se fermer – quelque part là sur le milieu de mon paysage sous cette envergure secrète. Quand j’y mets l’odeur des astres la caisse de résonance s’ouvre un peu plus, il m’arrive souvent de considérer que ce qui m’habite est la persistance d’étoiles au chevet de mes yeux – quand l’odeur apparaît l’image s’en suit –
À mesure que le temps passe je sens l’odeur du brûlé gagner mes os, l’impact des veilleuses prolongées.

Pour la faim pour la soif
Pour la fatigue
Et tous les clous du corps
Ô Feu embrase-moi

Pour le chaud pour le froid
Pour la douleur
Et tous les brisants du corps
Ô Fumée envole-moi

Pour le raide pour le pesant
Pour la lenteur
Et tous les craquements du corps
Ô Cendre poudroie-moi

Pour le cri pour le silence
Pour l’attente
Et toutes les épines du corps
Ô Nuage couvre-moi

Pour le jour pour la nuit
Pour le sommeil
Et toutes les rives du corps
Ô Vent souffle-moi

Pour le rire pour la joie
Pour l’éveil
Et toutes les fêtes du corps
Ô Pluie emporte-moi

Pour le visage pour la main
Pour les lèvres
Et les yeux clos du corps
Ô Songes gardez-moi

Pour les mots de la fin
Pour ce qui nous quitte
Et Rêve devient
Ô Verbes parcourez-moi.

Entre-deux

Vous vous êtes égarée
L’épreuve était trop grande
Vous vous êtes retirée
Sans la moindre demande

Pas même des voyants rouges
Ni de l’alarme sans fin
Pas une seul membre ne bouge
Vous n’aviez peur de rien

L’espace de quelques heures
Vous vous êtes détachée
Du Bonheur, du malheur
Vers une île enchantée

Pour reprendre votre souffle
Respirer hors du temps
Là où personne ne souffre
Ni passé, ni présent

Pour vous sentir légère
Dans ces voiles incertains
A vous-même étrangère
Spectre dans le lointain

Mais percevant l’appel
Tout au fond de votre âme
D’un petit être frêle
Qui, sans cesse, vous réclame

Soudain, vous revenez
De l’extrême solitude
Vers cette vie humaine
Vierge de certitude

De vous-même n’êtes plus l’ombre
Comme vous le croyiez
Car sur ce moment sombre
Le soleil a brillé

Si j’étais le temps,
J’allongerais nos jours
Et les ferais pluriel,
Ralentirais nos nuits
Pour les rendre plus belles.

Je cadencerais nos pas
Et battrais la mesure
Métronome harmonique
De nos soupirs
De nos danses, évidences,
Fulgurance de nos silences.

Si j’étais le temps,
Je courrais après toi
Pour te « Portée »


Le « Fa »
Le « Sol »
Le « Si »
Le « Do »
Le « Mi »
Le « Ré »
Le « La »


Juste pour t’enlacer,
Te murmurer avant la chute « pardonne moi »
De n’avoir su te garder près de moi
Te dire je t’aimais tant
Tant qu’il était temps.

Mais le temps a passé,
Les flocons ont tournoyé,
Un voile s’est déposé
Sur la clarté du jour
Et l’ombre de la nuit.
Et j’attends quelque chose
Qui n’arrive pas,
Que quelque chose vienne,
Quelque chose du fond de moi.


Si j’étais le temps …