On m’a dit que la terre mange les morts lorsqu’ils sont déposés dans son creux, qu’elle les dévore avidement, goulument, et que jamais plus nos yeux ne peuvent se poser sur leur corps.
Comme si l’absence devait être entière, totale. Absolue.
On m’a dit que le jour et la nuit ne font plus qu’un, que plus rien ne se distingue. On m’a dit que nous sommes comme aveugles, sans larme pour pleurer ; que le deuil ça dure quarante jours, et que le manque dure toute la vie. On m’a dit que pour se libérer du chagrin, il faut laisser partir, il faut laisser la terre engloutir.
Alors, quand je l’ai vu dans son cercueil, emmailloté dans un linceul, le visage amaigri par la maladie ; quand on m’a dit qu’Ishak avait scellé de ses doigts d’enfant la boite dans laquelle on l’avait déposé ; quand on m’a dit qu’au bled, personne ne pourrait la réouvrir et le rendre à la terre ; je me suis demandé comment tamurt [le pays natal] allait réussir à le manger, je me suis demandé le temps qu’il lui faudrait pour ronger le bois, si épais du cercueil, et ça m’a fait peur, l’idée qu’il soit bloqué là, entre le bois et la terre ; entre ici et là-bas ; entre nos prières et les leurs.
Comme si son âme resterait longtemps dans cet entre-deux que marque l’exil – même dans la mort.
Alors, je me suis imaginé que la terre, déjà habitée de mes grands-parents, déjà gonflée de la force de mes ancêtres, réussirait à le rejoindre, mon oncle, réussirait à se gargariser de son coeur : même froid, même après tant de temps, la terra le mangerait.
Alors, je me suis demandé si une fois arrivé à la chair, la terre reconnaitrait son goût de figue, si son sang deviendrait huileux, et ses os farineux. Si son corps tout entier deviendrait non pas poussière, mais matière, matière rendue à la terre, à la mère. S’il serait de nouveau son fils, lui qui était parti si longtemps.
Je me suis imaginé qu’il habiterait enfin, totalement ces montagnes, qu’il pourrait s’amuser du vent et des herbes folles, observer les moutons du haut de ces bâtisses, qu’il pourrait courir dans les rivières glacées du village. Que rien, ni personne, pas même les frontières, n’aurait de prise sur lui, qu’il arpenterait les chemins du maquis, soufflant dans les tilleuls les mots d’autrefois, les mots que l’on dit sans les prononcer, que l’on dit sans les regarder.
Un peu comme si, enfin, la liberté pouvait se vivre.

— À Lakhdar.

Eh bien, je suis à l’état liquide.

C’est ce qu’elle m’a dit, un après-midi, où le thé moussait plus que de raison dans la porcelaine.
Il coulait à flots, réchauffait mes mains alors qu’elles tremblaient un peu, d’aise, de satisfaction.
J’étais à l’état liquide, et elle aussi : je le voyais à la façon dont ses mains saisissaient la théière – liquide -, à ses yeux qui moiraient ma robe verte.
A l’état liquide, comme elle me le disait, c’était une analogie du désir, de mon désir à moi.
Ce qu’on faisait, c’était de la psychologie de comptoir, et ça la faisait rire, que je la fixe de mes yeux bruns et d’un sourire faussement – peut-être un peu vraiment – embarrassé. Être à l’état liquide signifiait voir sa libido au meilleur de sa forme, et rien que de l’écrire, je ris de ce mot démodé, la libido, ce concept freudien qui mériterait d’être écrasé et extrait de tous ses jus sous un talon aiguille.
Dans sa question, il y avait cette innocence fausse et délicieuse, interceptée et retenue dans mon esprit, dès lors qu’elle me l’eut posée.

Si tu étais de l’eau, à quel état serais-tu ?
Eh bien, au même qu’aujourd’hui. A l’état liquide.

A l’état liquide.
A l’état liquide d’un bruit rond chanté tard dans la nuit par la gravité d’un évier en céramique.

A l’état liquide.
A l’état liquide d’une salive happée dans la danse d’une étreinte à rien de me rendre folle, du baiser coucher de soleil ; l’état liquide d’entre-cuisses, suintant de la promenade de mes yeux révulsés, de la main tiède plaquée sur le haut du ventre, juste en dessous des seins, la main devenue brûlante entre l’organe qui désire et l’organe qui respire ; l’état liquide d’entre-cuisses, mille fois fondues comme des bijoux d’argent ; l’état liquide d’entre-cuisses, seulement maintenues debout par l’autre main – assurée, douce -, glissée au bas de ma taille, juste à la naissance de mon dos blanc.

Je suis l’être à l’état liquide qui fuit pour se découvrir, qui s’éloigne pour mieux marquer les soies d’auréoles humides ; l’état liquide, libre, d’une Colette sans corset dans les bras de Missy : nous deux, sur le pont entre deux rives, le fleuve – liquide, lui aussi – tournoyant juste en dessous.

L’état liquide est un état transitionnel comme toutes les libertés ; et tout serrée contre lui, je le vois me glisser des doigts comme le cours impétueux d’une rivière humaine, je l’écoute comme l’épilogue d’un concerto démodé, le respire comme l’odeur de tabac perdue de mon enfance ; je le dévore comme un fragment de nuit charbonneuse, affamée à la table des Enfers, le caresse comme les pores odorantes de ma sueur devenue sèche.

Qui devient liquide glisse et nage dans une existence d’amour d’un soi profond,
Qui devient liquide coule dans ses retranchements,
Qui devient liquide avale, aussi

la mouille de ses propres

fluides.

J’ai lu dans un livre que les eucalyptus se débarrassent de leurs souvenirs en même temps que de leur peau. Ils pellent. Nouveaux. Grandissent. En oubliant. Amnésiques, comme s’ils s’abreuvaient d’iceberg.

Nouvelle peau, chaque jour nouvelle. Heureux les eucalyptus.

Moi, ma peau de souvenirs colle, je la regarde s’effriter, j’écoute mes propres souvenirs et je ris, comme si ce n’était pas ma peau, comme si personne ne m’avait jamais écorchée, je ris, ce n’est pas grave, ce souvenir, il est loin, ce n’est pas moi, quelque chose entaille, griffure profonde, cicatrice à vif pas encore blanche, le sang coule, mais moi. Je ris.

Je ris d’une folie inquiétante que j’ai remarquée, que j’ai toujours niée, comme si j’avais enterré ton ombre.

Tous mes faits je les pense en pensant à tes faits.

Ma vie entière, souvenir creux de tout ce que tu voulais qu’elle soit.

Ces souvenirs tombent mais ce ne sont pas les miens.

Ils m’écorchent – est-ce que l’eucalyptus a mal ? – mais je ne sens plus rien. Ils tombent, je pèle – est-ce moi qui vous parle ?

Tout ça c’est emmerdant quand même, tout ça c’est superflu, c’est du verre qui tombe par terre, c’est de la glue dont je ne me débarrasse pas, c’est moi mêlée de toi.

Désormais c’est trop tard, ne reste qu’à rire, n’être plus qu’un bout de fleur, un pistil, une tige, un tronc pelé, la vie des autres passée sur moi, comme si j’étais autoroute à la différence qu’au moins je serais béton.

Personne d’autre ne rit. Il n’y a plus personne.

Les patins à roulettes

Juste avant le crépuscule. Ta lumière préférée : douce, dorée, enveloppante. Le jour s’étire comme un chewing-gum trop mastiqué. Peu importe l’heure. Tu continues à tourner. Tu tournes jusqu’au tournis. Le macadam refait à neuf est aussi velouté qu’un tapis précieux. Entre les bandes immaculées qui délimitent les places de parking au bas de chaque immeuble, les voitures aux couleurs pop sont alignées, chacune dans son lit pour la nuit. Le caoutchouc en contact avec le sol fredonne une musique répétitive et merveilleuse. Le tempo du roulis est donné par la force impulsée par chaque mouvement. Un pied puis l’autre, avec un léger balancement des hanches. En alternance, gauche / droite, gauche / droite, pour aller vite, de plus en plus vite. Pourvues d’un double roulement à billes, les roulettes font un cliquetis perceptible par toi seule. La vitesse maximale atteinte, tu bifurques, prends un virage, tourne et forme un grand cercle les bras ouverts et le regard tourné vers le ciel. Ivre de vitesse, de rêves, d’adrénaline, tu n’es plus au milieu de ta cité à l’heure du dîner, tu te trouves au centre d’un rond de lumière, sur la glace, les lames raclant la surface dure et gelée. Tu fends l’air et le vent créé par ton propre déplacement fait voleter ta jupe en Crêpe Georgette pailletée.

Il faut que tu t’arrêtes, tu exagères, tu le sais. Si tu sors la tête de ta bulle, tu perçois des éclats de voix, de rire, de vaisselles, accompagnés du tintement des couverts, partout autour. Le jingle du journal de 20 heures sonne l’extrême limite. Un bébé se met à pleurer.

Tu t’assieds sur le rebord du trottoir. Joues, front, cœur en feu. L’asphalte est encore chaud de tout le soleil absorbé pendant cette journée de juin. Tu détaches une à une les brides de tes patins à roulettes. Bientôt, il ne restera plus que le squelette des roues tant elles sont usées, taillées en biseau. Les freins sont rognés par les arrêts brutaux, les raclements sur le bitume ; des mouvements que tu as répétés des milliers de fois. Les brides en simili cuir se fendillent à l’endroit des œillets les plus utilisés. Pour leur redonner du brillant, tu souffles de la buée sur le pont de chaque patin et avec le bas de ton T-shirt tu lustres l’acier. Ce ne sont pas des patins ordinaires. Ils sont magiques. Ils te transforment en championne du monde de patinage artistique, en Super Jaimie, en oiseau de paradis. Quand tu les fixes à tes baskets, tu n’es plus une enfant de dix ans dénuée de tout pouvoir. C’est ce que tu vas expliquer à tes parents en rentrant, juste avant la tombée de la nuit.

3h32
6h32
j’oublie le reste des heures
simplement la fatigue qui grince
pas l’ennui non
simplement
la lassitude de traîner mon corps
hors de mon lit
hors de ma chambre
hors de mon appartement
croiser les visages qui se conjuguent aux lieux avec insouciance
Quelle est la frontière séparant
insouciance indifférence
l’état de fatigue peut-être
des instants qui s’étirent en permanence
le violet
toujours plus long
en dessous de mes yeux
jusqu’à mon menton
Voilà
je deviens une figure violacée
et la tâche s’étale
dans les plis les revers les interstices prédisposés à l’envahissement
Parfois je dors
je rêve
et je crois que c’est ma vie qui s’achève
Parfois je vis
je dors
et je rêve de ma vie qui s’achève
je retourne à mes premiers plafonds
les points bruns laissés par les insectes morts
plafonds pourris
témoins des débâcles
de la décomposition
plafonds défaitistes
fixés dans les heures vides
quand le sommeil ne vient pas
ils connaissent mon regard ouvert sur l’obscurité
connaissent les histoires insignifiantes
soufflées à l’oreiller
tourné
retourné
balancé
les plaies sur mes jambes grattées à sang
les croûtes oubliées dans les draps
sous les ongles
sous les dents
imbibées de vodka et de fumée
Ils connaissent tout ce que j’échoue
tous ceux que j’échoue
conservent intact le dégoût
quand je suce le sang sous peau
Si je m’aspire complètement
si j’absorbe les liquides
les rudiments
restera-t-elle

J’ai besoin de toi. J’ai besoin que tu sois forte. J’ai besoin de ton sourire, de tes dents blanches de tes lèvres rouges de tes yeux qui pétillent de ta voix chaude de tes silences de ton souffle chaud de tes doigts nerveux. J’ai besoin que tu sois là même quand tu n’es pas là. Être là, sur terre, c’est pas ce que t’imaginais, tu pensais sauter de brin d’herbe en brin d’herbe et que l’on t’oublie. Non. Ce n’est vraiment pas comme ça que ça se passe. Les attaches arrivent, vite, elles se font et rarement, elles se défont. Tu crois que l’heure de te détacher est arrivée ? mais la vie c’est pas comme une balançoire, avec des hauteurs de bonheur réglables au bout des doigts et une planche qu’on change quand elle est abîmée. N’empêche. J’ai besoin de toi.

Ce « j’ai besoin de toi » s’adresse à elle. Ça deviendrait une phrase souple et implorante, une phrase dorée et vibrante, une phrase comme un miroir offert à ses identités. Ce « besoin de moi » fait que je peux « avoir besoin de toi« , l’autre, l’alter, l’être côte-à-côte, la personne à côté que je ne connais pas, que je ne sais pas, dont j’ignore même qu’elle existe. Les cheveux du vent balaient son visage quand elle se promène le long des berges orange, elle court, elle court, elle marche au retour. Elle n’a jamais connu l’entrain dans son enfance, ni l’entraînement. Elle pose sa tête au bord du chemin. Elle voudrait parfois détacher sa tête de son corps. Pour vivre pleinement. C’est un puzzle sans fin, une existence. Le cœur, la tête, les jambes, les bras, les fesses, les mains, les pieds, le dos et les épaules, tout se remet ensemble dans la vibration d’une seconde, d’une minute, d’un jour.

Qu’est-ce qu’un drap / qu’est-ce qu’un oubli

Qu’est-ce qu’un drap ?

Le géant qui tire à lui le plomb qui fond dans ma tête

La légèreté qui soulève le monde
Et qui épouse mes formes lorsque le vent l’effleure.
Ce toucher aérien qui révèle la pesanteur.
Le sortilège qui m’ancre à la terre

Qu’est-ce que l’oubli ?

Une essence versatile

Un carton autrefois parsemé de naphtaline
que l’on approche avec une précaution curieuse
Un mille-feuille de soie

Une boîte en plastique dont le couvercle égaré
n’a peut-être jamais existé
dans lequel on fourrage furieusement
Entre des couches qui sédimentent
le bouillonnement d’un chaudron

La disparition
La dissolution
L’acide qui ronge

Un espace non défini
dont on revient par instants

Un bouclier de papier ou d’acier
que l’on brandit ou sur lequel on s’appuie

Un paravent peint ou une palissade
qui nous protège ou sur lequel on se
heurte

Animula vagula blandula

Mon âme flotte sur l’eau. J’enlève mon masque. Pour y voir plus clair. Mais voir ne m’apprend rien que je ne savais déjà. Je serre mon tuba dans ma main pour qu’il ne parte pas à la dérive. Je me rends compte que j’ai davantage pris soin de mon masque et de mon tuba que de mon âme. Je n’ai pas pensé à la serrer, ni même à la tenir. Je ne pensais pas que l’eau, que cette journée, que cette mouette peut-être, à
moins que ce ne soit ce sac plastique.
Ce sac pouvait être attirant. D’un blanc translucide et douillet comme un drap. J’avais cru pouvoir l’éviter. Faire comme s’il n’était pas là, nager autour et regarder en-dessous. En-dessous, c’est-à-dire sous la surface, les forêts de bandelettes noires qui ressemblent aussi à du plastique mouillé, à des chambres à air déchiquetées, à des lanières de martinet. Et les choses qui y habitent.
Quand j’ai plongé, mon âme a eu peur et elle est restée à la surface. Je ne l’ai pas rattrapée. Malgré moi, je l’ai laissée s’échapper. Et maintenant, elle est hors de portée, un petit vaisseau argenté que peu de choses distinguent d’un poisson-bouteille. Je la vois encore, mais je ne parviens pas à lire les mots qu’elle contient.
Un reflet m’en empêche. Puis, à l’endroit exact où se trouve mon âme, il y a un clignotement comme lorsqu’on fait bouger un rayon de soleil avec un miroir. Du morse ? Je me demande si mon âme s’adresse à moi. Me vient l’idée absurde que mon âme ne parle pas, ou plus, la même langue que moi. Elle se laisse porter par le courant. On dirait qu’elle ne sait pas vraiment nager ou qu’elle se moque d’aller dans une direction ou dans une autre. Je n’ose pas remettre mon masque. Dois-je continuer ? L’attendre ? Continuer en l’attendant ?
Qu’elle reste à portée de vue. Qu’elle ne se transforme pas en autre chose. Je la vois ainsi et ne veut pas ajouter de l’incertitude à l’incertitude. Qu’elle reste hermétique, qu’elle n’aille pas se remplir de plancton pour attirer les mouettes ou d’essence pour attirer le sac. Ce foutu sac plastique aux allures de linceul 2.0. Il y a des flaques d’huile de moteur qui brillent comme les plateaux tournants d’un music-hall à Broadway. Une mouette glisse sur le tarmac fluo couleur cerise chimique. Le sac plastique s’approche dangereusement de mon âme et je me demande ce que je suis censée faire, et à quoi me servent désormais mon masque et mon tuba, et pourquoi je continue à les serrer dans ma main palmée, comme si les perdre dans la mer grise et noire avait encore la moindre importance.

Les cartes des géographes

Tous les géographes savent pertinemment que les lignes n’aiment pas qu’on leur dicte leur conduite car ils reçoivent tous, pour jouer à leur métier, des cartes de cœur, dont ils doivent suivre les lignes afin d’en entendre les battements.
Le sang circule et cherche à répandre la vie partout pour tout cartographier, à sa façon. Il se prend dans la toile d’araignée des lignes noires des cartes de la pioche. Il butte contre les lignes de démarcation, qui, sous la pression d’un autre sang versé, celui d’avant, se révoltent et font sauter les verrous des mers, des océans, des villes, des montagnes, des déserts et des fleurs pour qu’ils s’abreuvent de ce sang neuf de cœur.
Qu’une ligne se brise et c’est hémorragie. Qu’une ligne de force s’aventure à couper les frontières des cartes et les cœurs des hommes battent d’un même sang. Il nous faut une ligne de crête sur tous les plans, toutes les cartes. Qu’elle s’élève haut dans le ciel pour voir au-dessus de ces lignes noires tracées sur les terres de papier. Qu’elle dessine de nouveaux posters pour remplacer les terres d’avant, dont on a mis les cartes dans le chien. Qu’on change les juges de ligne car ils n’ont rien compris : garder la ligne ; c’est là leur seul souci. Qu’on garde la ligne et c’est les corps et les cœurs qui se ratatinent sans ligne d’horizon. Qu’on change la donne en cessant d’écrire le mot « humanité » dans l’entre-ligne.
Il est urgent d’apprendre aux géographes que les lignes au crayon ne peuvent rien dans la bataille contre les silhouettes, les lignes des visages qui encrent les paysages sous leurs pas. Elles trouveront forcément les chemins de fortune vers le sang réconcilié dans les plis des cartes de leur géographique cordiforme.

Dans la tasse de café vide les morceaux déchirés de mes mains tremblent

Le corps vide lâche le corps fière d’être vide honte d’être plein vide mon corps autre 

La chaleur dans la vieille pierre de la rue bondée l’alcool pour noyer le corps être sure marcher boire crier boire perdre sa voix être plein à plusieurs de rire de beauté de sueur coulante entre mes seins plein

D’émotion forte de présent plein pour futur vide choisir garder la tête haute le buste bombé les robes ouvertes fendent mon sein fleur sentir les regards comme on accroche le sel à nos peaux mouillées lécher l’odeur du sable gratter sa peau honte doucher les cristaux coupant des regards transpercent la chair ventre dégout amer du plein chair grandissant

Parler du vide en refaisant le plein d’amitié de vieilles paroles qui n’appartiennent à personne si ce n’est aux femmes d’avant avant moi avec moi dans le vide plein de nos histoires ouvertes et fières