Romain

C’est un feu. Une flamme coloriée à la craie grasse (je crois ? je n’y connais rien ; j’apprécie pourtant me balader entre les rayonnages des magasins de Beaux-Arts, mais plutôt côté argile il est vrai). Du jaune en fond, de l’orange, du rouge. Quelques lignes glauques pour les zones de combustion plus oxygénées. En s’approchant du ciel, on distingue les dépôts de matière sur le grain du papier. Ils figurent parfaitement les escarbilles qui s’échappent d’un feu de bois pour finalement s’évanouir en cendres dans la nuit noire.

C’est mon ami Romain Bourguet l’artiste derrière ce dessin. Il est bon. J’avais entendu parler de lui avant de le rencontrer : plusieurs amis en commun. À la même époque, on m’avait aussi raconté l’histoire d’un appartement ayant pris feu, d’un colocataire photographe dont le triacétate de cellulose des pellicules avait nourri l’incendie plus que de raison. Des années plus tard, j’ai compris que c’était Romain qui vivait avec le photographe. On s’est entendu dès notre première rencontre (je crois ? il faudra le lui demander : @romainbourguet).

Son feu brûle sur fond blanc — une feuille à dessin au grammage on ne peut plus classique. On sent qu’elle a jailli en une poignée de secondes. Romain a par la suite peint une série de feux sur fond noir ; des petits formats. Quand il m’a invité à son atelier pour les voir, je lui ai parlé de son appartement. Il m’a répondu qu’il n’avait pas fait le lien. J’ai trouvé ça prodigieux.

L’hiver, j’aime presque toucher les braises de mes pieds dans l’âtre de la cheminée. Je n’ai jamais assez chaud. Je mange du pain, des pâtes de fruits. Dehors, la forêt est froide et humide.

Villes moutons

Je me disais :
il n’y a pas de poussière dans la forêt.
Pas d’agglomérations grises
de fibres, de peaux mortes,
de cheveux, de poussière.
Cela signifie-t-il quelque chose ?

Je me disais :
il y a peut-être trop de vie dans la forêt
— animaux, végétaux,
bactéries, champignons —
pour qu’il y ait de la poussière.
Cela signifie-t-il quelque chose ?

Puis je me suis dit
que malgré le gris
du béton, des pavés,
du zinc, du bitume,
les villes sont pratiques
pour fabriquer.
Cela signifie-t-il quelque chose ?

la meute

Il est tôt. Il fait froid. Le jour n’est pas encore levé.

En fait, tout cela est simple :

  1. Il faut endurer si l’on veut accomplir des choses dures. — Alex Honnold.
  2. En travaillant profondément trois, quatre heures par jour, on avance vite. — Un entrepreneur à succès pendant que je passais l’aspirateur.
  3. La première — et pratiquement la seule — condition d’un bon style, c’est d’avoir quelque chose à dire. — Schopenhauer
  4. Il faut essentiellement veiller à maintenir le super-objectif et la ligne d’action principale et se méfier de toute tendance extérieure et de tout objet qui soient étrangers au thème principal. — Stanislavski
  5. Les lecteurs y croient jusqu’à ce qu’on leur donne une raison de ne plus y croire. — Robert Mc Kee, certainement d’après John Gardner.

Et aussi : Il y a des journées moins pourries que d’autres. — Mud.

Allez, au travail maintenant.

Après quelques mots à peine, l’immeuble dans lequel il besognait, de même que toute la ville, toutes les autres villes et tous les paysages furent effacés par l’explosion. Le ciel vira à l’orange, puis au violet. Peu d’êtres vivants survécurent à cette matinée : quelques bactéries, aucun métazoaire. À trop combattre, la meute avait fini par perdre.

Matin de décembre, tôt. Je bois ma tasse de café avant de partir travailler. Une écrevisse nage dedans.

Alexandre joue à la console. La manette devient molle dans ses mains. La télévision coule comme un cierge.

Promenade dominicale pour une famille. Une femme, un homme, leurs deux enfants. Il fait froid et humide dans la forêt. Les adultes sont fatigués, les enfants ne sont pas contents d’être là. Le ciel devient marbre.

Un surfeur décharge sa planche de sa voiture, enfile sa combinaison et se dirige vers la plage. Arrivé en haut de la dune, il s’aperçoit que l’océan a disparu.

Je suis fatigué ; paupières acides. Je les ferme. C’est vert dedans.

Forcer, forger, prier

Plier genoux, le dos bien droit ;

les mains au sol, devant les pieds.

Et loin derrière, jeter les jambes : une planche compacte, dure comme du chêne.

Plier les coudes, toucher plexus.

Pousser la Terre, et ça remonte.

Les pieds reviennent, tout près des mains.

Retour surface, les poings aux hanches ; serrez les fesses, les omoplates.

Paris, Londres, Grenade, Amsterdam, Brest, Lisbonne, Exeter, Tbilissi, Istanbul, Bologne, San Francisco, Los Angeles, Ankara, bientôt Tokyo, Portland.

Sous la pluie, dans le soleil, la brume, l’ombre, la neige, des chambres, des couloirs, des cuisines ; contre du sable, ou du goudron, du carrelage, l’herbe d’un jardin, de la moquette ; au pied d’un volcan, avant l’aube, heureux, malade, triste.

Se forger

une ancre de mouvements.

Une prière.