Dans l’ombre

Dans l’ombre de ton ombre,
Je suis née de tes caresses,
Et j’ai grandi à ta voix,
Et tes soupirs de plaisir.
Ai-je raison ou ai-je tort
D’attendre, tapie, dans l’obscurité
Pour éclore enfin entre tes doigts ?

____________________ Tu n’es jamais là où je vais te chercher
____________________ Et tu as tant de mal à me trouver.
____________________ On s’évite au grand jour,
____________________ On se heurte, on se bouscule,
____________________ On se bascule au crépuscule
____________________ Et je prends forme et tu me dessines
____________________ Contre ton corps qui crie encore.

J’embellis sous ton regard indécent
Qui brûle tel un volcan
Et te dévoile, incandescente,
Cette beauté qui te noie
Et t’abjecte quand tu t’échappes
De mes tendres oripeaux.

____________________ Je me nourris de nos vicissitudes
____________________ Et tu te gorges de nos plaisirs
____________________ Dans l’antre de nos battements de cœur
____________________ Qui pulsent et s’accomplissent ensemble
____________________ Au rythme de nos cadences, peau contre peau,
____________________ Toujours plus hauts, toujours plus forts, toujours plus beaux.

Et si tu viens encore,
Je laisse les ténèbres nous envahir, nous ensevelir,
Je finirai par briller de mille feux, lunaire,
Dans l’antre de nos ébats,
Qui, sous le bas, blessent
Comme le sang qui coule de nos veines.

L’amour n’a pas de fin
Il nait et prend racine ici
Il s’épanouit et vit la nuit
Et s’enfuit lorsque le jour se lève.
« Toutes les naissances ont lieu dans l’obscurité »

L’indicible

De mon corps de coton
Je vous vois et vous entends
Mais je suis prisonnière
De fils de barbelés
De fourmis meurtrières
De sensations éphémères
De décharges électriques
D’envies pressantes
De fatigue constante
De sautes d’humeur incessantes
De colère contenu
De cris retenus
De troubles de la vue
D’une dignité perdue
De jugements permanents
D’inutiles incompréhensions
De batailles anarchiques
D’un combat contre soi
D’une course contre le temps
D’une cohabitation avec l’ennemi sournois
Qui sommeille puis se réveille
Et frappe encore là où on ne l’attend pas
De vertiges en trois dimensions
D’une marche au ralenti
D’un cerveau engourdi
De Besoin de solitude
D’une cargaison de pilules électrons
D’une peur dans le regard de l’autre
D’un acronyme qui vous nomme
Et sonne comme une injure
De discriminations

L’indicible est invisible
Au dehors la normalité
En dedans le chaos

L’âme des bois

Les gouttes étincelantes du ciel
Tombent en fines particules d’étoiles
Et glissent, une à une, lentement au sol,
Se dérobant entre les feuilles éparses et virevoltantes
Aux couleurs pourpres et flamboyantes
De l’automne sanctuaire
Où l’âme des bois soupire de plaisir,

Lorsque jaillit la sève de l’écorce de l’arbre centenaire

Qui encense l’atmosphère humide
De mille senteurs de miel ensorcelantes,
Se mélangeant aux odeurs de l’humus organique

Qui émerge de la terre,

Eveillant les papilles des sous-bois candides
Baignés d’une douce lumière éternelle.
Telle est la magie d’un matin
Qui éclaire le reste du monde.

Floue

Je suis floue. Flottante au milieu de nulle part. Je suis flouée dans un vide abyssal, un flou artistique embué d’un nuage de maux anarchiques et dissemblables, disséminés dans un corps trouble, tremblant, troublé, shooté à l’argentique d’une vision achromatique. Je suis floue tel un fantôme qui apparaît léger et fluide sans vraiment exister et qui disparait.
Je suis floue à la lueur du jour. Je suis floue aux battements métronomiques du temps qui s’allonge jusqu’aux nuits somnambules où la brume nocturne floute ma vue d’un brouillard opaque et sournois. Je suis floue. Je me cogne au mur de mes peines et l’écho de ma voix résonne et se perd dans un puits sans fond aux méandres obscurs de l’obscurantisme du monde. Je suis floue. Je suis floue malgré les ajustements et les lignes conductrices qui gouvernent mes mots qui me mènent en bateau qui se cogne, désossé, contre les récifs abrupts et s’enfonce dans les eaux noires et profondes de l’océan qui malmène mon cœur qui vocifère, flou lui aussi, quelques balbutiements inaudibles.


Je suis floue.
Fugace, je me noie en silence.

Je me suis saignée à tes mots comme l’on écorche sa peau en glissant malencontreusement sur un rocher. Tes mots qui m’ouvrent comme une entaille profonde et viscérale où la douleur vive vous arrache un cri qui vous réveille soudainement le corps, le cœur et l’âme. La cicatrice, reste là, indélébile au temps qui passe, une blessure profonde qui se ravive lorsque l’on ne s’y attend plus comme l’on danse nus pieds sur la braise.

Je me suis enivrée de ta poésie, comme l’on apprécie un bon vin, lentement, subtilement, délicieusement appréciant un à un chaque arôme de tes ‘vers’, subtils et délicats, jusqu’à tituber, ivre et légère, sous les étoiles et la lune, mes pensées noctambules en anicroche à ta voix qui me susurre des envolées nocturnes, nos rêves tactiles qui s’emmêlent et se confondent tout au bout de nos doigts dans des envies d’encore.

Je me suis dénudée au fil de tes pensées lointaines et tes désirs sensuels qui enflamment tes mots de sel, dénués de bon sens, sans dessus sans dessous, sans protocole dans l’osmose parfaite de deux corps qui se cherchent, se frôlent et qui se reconnaissent sans jamais se trouver ni s’appartenir qu’au solstice de l’hiver pour réchauffer nos peaux du plus fou des baisers volés comme le goût inoubliable de la douceur sucré du miel qui coule et fond sur nos lèvres et nos palais.


J’ai dévoilé à mon tour mes plus beaux atours, et t’ai chanté la pureté de mes oraisons dans l’ombre de ton ombre, au son de ta musique épistolaire qui emplit le ciel de tendres soupirs de plaisir, de « chut » comme la caresse du vent qui finit en silence d’absences amères où une larme « perle » comme un trésor caché et piégé dans sa coquille opale, vingt mille lieues sous les mers, là où les maux d’amour éphémère disparaissent en secret, engloutis par les eaux, et se taisent à jamais dans l’immensité de la frivolité imaginaire de la rencontre impossible avortée.

« Je crois qu’on devrait aller vivre seul au fond de la mer avec ses mots »
Virginia Woolf

Comme si tout n’était qu’un leurre

Comme si nos paysages n’étaient que projection de mes pensées
Comme si ton parfum s’évaporait en particules de poussière
Comme si un brouillard opaque assombrissait la matière
Comme si ta présence imperceptible flottait encore dans l’air

Comme si ce « nous » n’avait pas existé
Comme si nos soupirs s’évanouissaient dans la nuit
Comme si tout s’échappait d’entre mes doigts
Comme si un souffle de vent avait tout emporté

Comme si ta respiration
Comme si ta peau
Comme si ton corps
Comme si tes mots

Comme si au réveil tout disparaissait
Comme si tout ceci n’était qu’un rêve
Comme si l’écrire sur le papier te rendait plus réel
Comme si tu n’étais qu’un fantôme
Comme si hanter mes nuits était ta vérité.

Pourquoi m’excuser
D’être qui je suis ?
Me laisser tomber
Dans les méandres des bas-fonds
Et me cacher là
En attendant d’avoir les réponses
Que tu ne me donneras pas.


Se terrer, se taire, s’enterrer
Se soustraire, étouffer, recracher
L’immondice boue de tes révoltes
Turpitude vocifère
Quelques maux amers
Amarrés, éphémères vers solitaires.


Synoptique chemin de vie morcelé,
Parsemé de poussière et d’enfer,
Rester, prostrée, accusée,
De ne pas savoir t’aimer.


Mots clinquants sur ma peau
Comme les coups de mes bourreaux
Se laisser sombrer dans l’abysse du néant
Et glisser, couler, s’insinuer, condamnée,
Sous terre.


S’étouffer de tes maux, jetés en pâture,
Sur mon corps frêle détruit, brisé, écrasé,
Et dans un silence tonitruant disparaître.


Tuer, renaître,
Libérée.

La ronde des amants

Été : « Et les mots échangés, doux, tendres et forts prennent forme sous leurs doigts, comme une caresse sans promesse de vivre le présent comme le dernier instant sans conjuguer le temps »

Enigmatique et légère, elle insuffle l’oxygène à ton air.
Réveil sur ce corps, presque mort, trop longtemps endormi des
habitudes de vie.
Entre ses bras et dans tes draps, tu la regardes dormir. Souffle de vie.
Quelques larmes mouillent tes yeux candides. Départ.

Désir

Automne : « Ma bulle d’oxygène, ma douce folie, mon phare au loin, mon énergie, cette goutte d’absinthe qui met de l’ivresse à ma vie, tu guides mes pas dans la clarté du jour, et allume mes nuits d’insomnie d’audacieuses envies »


Les feuilles folles et colorées s’envolent comme les promesses d’été, le
roux de ses cheveux, la douceur de sa peau, les lumières de ses yeux
illuminent tes nuits d’un tout nouvel éclat, elle éclaire ta vie. Chaque
jour, chaque nuit, tu la respires, tu l’espères. Attente.

Amour

Hiver : « Mon cœur sonne creux dans le vide de mes draps, immensité de l’océan sombre et froid qui me glace les os et le sang quand sonne le glas »


Le vent a emporté le rouge de ses baisers, la neige a recouvert le feu de
la passion, le froid a glacé tes pensées. Le noir a enseveli les couleurs
de l’été et de l’automne. La fée s’est froissée, ses ailes sont cassées. La
jalousie te ronge. Enfermée dans son écosphère, elle est déjà loin, tu la
perds. Solitude.

Silence

Printemps : « Et je m’en vais, cheveux au vent, les paysages se succèdent à l’horizon, tout défile alors que tout fout le camp dans l’air du temps »

Et nait, une nouvelle fleur, arrosée par tes pleurs, qui éclot à la chaleur
du soleil et réchauffe ta peine. La fée s’est envolée en emportant tes
rêves et ton amour papier. Eclaircie d’un espoir, la douceur d’une saison,
l’éphémère sensation d’être toujours vivant. Revivre.

Renaissance

En vers et contre toi,
Je vomis tout ce fiel,
Toute cette colère contenue
Dans mes bas de laine
Et mes épaules nues.

En vers et contre toi,
Je vomis ce combat
Cette violence qui malmène
Dans l’indifférence de tes silences
Et de ton absence.

En vers et contre toi,
Je vomis le venin
Que tu distilles en moi
Qui assèche mon cœur
Et avilit mon corps.

En vers et contre toi,
Je vomis toute ma haine
Contre ce vampire assoiffé
Qui empoisonne lentement
Les cellules de mon sang.

En vers et contre toi
Je vomis tes brulures
Et toutes tes morsures
Tes mots de pacotille
Et ton regard fuyant.

En vers et contre toi
Je lève le sortilège
Qui me tient prisonnière
Et renaitrai, libre au vent,
D’un nouveau millénaire.

Des paysages figés, gris et ternes, sans vie, se détachent à l’horizon, filent et défilent, comme un collage de papier mâché et salivé, mouillés, dénudés, pluvieux, tristes et froids, en enfilade, les uns derrière les autres, comme autant de vérités qui s’abattent et se fracassent contre cette paroi de ferrailles et de tôles offertes. Ils avancent sur moi, chacun leur tour, semblant vouloir me happer dans leur décor de mort et m’ensevelir, prenant jusqu’au son de ma voix qui demeure muette. Même si je ferme les yeux, je les vois encore se rapprocher de moi. Pas un mot qui ne jaillit de ma bouche rouge sang pour crier la peur du vide dans mes entrailles, juste ce silence coincé tout en dedans. Les gouttes de pluie, qui ruissellent tel un torrent de larmes, viennent s’abattre sur les vitres sales et poussiéreuses de ce train grande vitesse qui raille indéfiniment vers un nulle part. Il n’y a plus de destination. Mon être tout entier happé, comme sidéré, dans un noir abyssal, un tunnel sans fin et sans lumière, comme un puit sans fond où mon corps ne cesse de tomber.

Sur le quai de la gare, tu n’es plus là…