Etat de lassitude

Il y a un tas d’actualités
zig zag incessants
dans le cortex
flashs |électrochocs
éclats| tohu-bohu
elle entre en lassitude
couper les écoutilles
se renfermer dans sa coquille
on lui a parlé de camisole|d’isolation phonique
de murs du son|de murs anti émeute
elle n’a plus la force
de grimper les palissade
ni d’en construire
elle est par terre
sous les bombes des nouvelles
dégueulant des horreurs
au petit bonheur|au petit matin
elle entre en lassitude
elle ne piaille même plus
sous le désastres de plumes
et de fantômes chloroformés
sous ses paupières
la nausée vient après

quand plus rien ne bouge dehors
quand la nuit se contracte dedans
elle entre en lassitude comme on entre
dans l’ordre du néant
elle avance à tâtons
ses mains la protègent
du simulacre de la fin
de tous les haricots
qui poussent dans son ventre
elle ne peut même plus congeler
ses ovocytes sans mémoire
elle entre en lassitude
l’espèce qui se love
en chaque pli de fièvre
ne la démange plus
est ce que l’infinitude existe ?
La lassitude enserre
ses nerfs qui mutent
en fibres incolores
algues hors de l’eau
dans l ̓aquarium cérébral.

Le visage

Ton visage contre la falaise
contre l’oreille
ourlée d’une libellule
je compte jusqu’à 3
elle s’envole
l’anneau s’ouvre
le tympan brûle
les osselets craquent
un bruit blanc perce
la glace du quaternaire
avance dans le vide
dans l’immense silence
le fossile d’un nombre
la membrane d’une cellule
le brillant jet d’écume
quelqu’un dit à l’oreille
je suis ici
ici je commence
dans l’orbe et le lobe
à la fonte des neiges
un lièvre respire
dans les crevasses
je compte jusqu’à 3
il s’échappe
l’anneau s’ouvre
la narine s’enflamme
le vestibule se perfore

le vagissement du vent
insistant
s’enfonce en vagues bleues
dans les orifices
souffles et nuages
concert des cartilages
strates de granit roses
quelqu’un soupire
je suis ici
ici je commence
dans l’affleurement des roches
un ruissellement sans fin
un poisson primordial
entre dans l’estuaire
entre les commissures
je compte jusqu’à 3
il se dédouble
l’anneau s’ouvre
la langue se creuse
la rivière se soulève
sous l’effervescence et la pluie
quelqu’un crie
je suis ici
ici je commence.

Manuel pour capter l’eau de son corps lorsque la terre est à sec

D’abord une fleur
laissez les narines se déplier
les osmophores se rompre
capsule │ molécule
à la visite de l’insecte
greffer une conque d’or
entre les seins et recueillir

puis
dans la cuisse blanche
écorce │ épiderme
sertir une épine d’églantier
laisser s’écouler le liquide
sève du corps │ sang de l’arbre
dans un balsamaire

et puis
aux plis de l’aréole
cercler le duramen
d’une noirceur d’ébène
cendre │ étincelle
jusqu’à l’apparition
de stigmates lactescents

vient
le chant des sources
sous les paupières
les larmes duelles
algue │ coulemelle
filent un canal unique
jusqu’au troisième œil

et pour finir
le silence de la louve
serrer les lèvres
salive │ cyprine
la lignée du sang
dans l’utérus ouvert
à l’avènement.

Sous la cire végétale
aux paupières de fougères
des voix se voilent
et se dévoilent
liquides│volatiles
entre les cils
un saule pleureur
se noie dans l’oubli
il ne sait plus pourquoi
il plie dans l’oubli de soi
il ploie sous son poids
d’ombre │ d’abandon


_________ » je suis une solitude
_________à jamais déversée
_________une mélancolie
_________sans origine│sans racine
_________as-tu senti parfois que rien ne meurt ?
_________de longues branches-lianes perpétuelles
_________à l’abri des fantômes
_________avec l’oubli en diadème »


dans la ravine des cernes
se dresse une prêle
vers l’arbre en vase clos
elle se dresse rebelle│ardente
de segments verticaux
en nœuds couverts d’écailles


_________ » je me souviens des lèvres
_________silice d’amours vivaces
_________chaque strate est tatouée
_________dans ma chair fractionnée
_________subaquatique je m’enfonce
_________je sustente le subliminal
_________primitive je ne fleuris pas
_________je nourris la survivance
_________empreinte je suis le jonc
_________vertébral de l’argile
_________la mémoire de l’éléphante
_________les baisers reçus savent-ils qu’ils perdurent ? « 


entre le saule amnésique
et l’herbe fossile
la rivière est une échancrure
où le corps se partage.

Premier tableau
Il faut toujours
garder dans la poche
des éclats de cailloux
très chauds
pour conserver la brûlure
des planètes déjà mortes
le relief et la géographie
de leurs cratères
dans nos yeux à minuit
mouillés de nostalgie
et de vertige infini
l’enfance des volcans
pétillance de lave
refroidie
élixir de vie
pétrifié en débris
rond et délicat
pulsatile
organe minéral
murmure millénaire
d’une énergie sombre
contre la cuisse écorchée
par les aspérités et les persécutions
donc serrer très fort
entre ses doigts
au fond de soi
la vie dans l’inerte
et l’inaccompli
la résistance de l’inanimé
sur le dos des rochers brisés
une germination prochaine
dans le même caractère
que des os sous la terre.

Second tableau
Ces cheveux arrachés
avant les cailloux
ont tissé
le dos d’un cheval
fuite hybride
de l’autre côté
le crin balayé
par un vent obscur
à réveiller les martyres
l’exode avait commencé
avec la météorite
annoncée sur les ondes
le galop des étoiles
laissé en lambeaux
dans le ventre
d’une femme organique
rappelle l’anatomie
de nos origines musculaires
la croupe s’est couchée
sur le flanc du ciel
la joue s’est étalée
sur le flanc de la terre
trois cailloux ont déchiré
la poche du sacrifice
et la sang a coulé
sur le modèle en plastique
le cheval est devenu rouge.

Troisième tableau

Se mêlent les bactéries
qui vivent dans le corps

et les cailloux
qui vivent dans les poches
un garçon a chevauché un lièvre
une fougère entre les dents
tous ensemble
avec leur caractère d’enfants
ils sont passés sous le cheval
mort de lapidation
ils ont creusé des cavités
de lin et de toile troués
où circulent des fluides
membranes souterraines
sur le dos des pierres
qui respirent en secret
leurs veines transpirent
à la frontière de l’animal
ce corps rouge inanimé
de silicone
ils posent trois cailloux
au dentelé du cou
nuages musculaires
à l’orée d’une contorsion
le monolithe s’ébroue
à la crinière des cils
craintif et peureux
il les regarde s’enfuir
des cailloux pleins les poches.

Il était une fois
trois cabanes
une d’osiers noués
entrebâilles
palissade claire-voie
une seconde de roseaux
entrelacés
paravent clair-obscur
une troisième de verres
entrecroisés
falaises invisibles
il fallait les passer
sur le chemin du Graal
cueillir un brin d’osier, un roseau
une lame de verre
les plier pour en faire
une clé d’herbes tressées
jusqu’à l’autre rive
dans chacune un bestiaire
d’insectes solitaires
exilés de quelques terriers
défoncés par les grues
dans la première ils sont morts
étranglés par les liens dévoyés
dans la seconde ils sont morts
noyés par les particules acides
dans la troisième ils sont morts
brûlés par les stigmate du cristal
la terre renversée | zone contaminée
urbex de presle et de lierre
à l’intérieur un sarcophage
un cœur fondu radioactif
et au dessus des blessures
une arche d’exclusion
il fallait les passer
sur le chemin du Graal
ramasser les déchets vitrifiés
boire à la sources scellée
traverser la forêt rouge
entre trois confinements
et trois fermetures de frontières
on était seuls
sur le chemin.

Je suis devenue

J’ai été belvédère face au paysage sans jamais me perdre
je suis devenue vertige à quatre pattes sur la roche effritée
j’ai été souffle de suffisance jusqu’au cime sans jamais chuter
je suis devenue rugueuse|lancéolée jusqu’aux racines|tentacules
j’ai été lisière d’arbres centenaires sans oser les embrasser
je suis devenue épaisseur|strate muscinale|feuilles desquamées
j’ai été passante de l’autre rive croyant connaître celle d’où je venais
je suis devenue truite|arc en ciel|fusiforme en zone humide
j’ai été romantique falsifiant la nature de miroir et d’état d’âme
je suis devenue rampante|je mange les orties|je lèche les mues.

Plus près toujours plus près
les fleurs d’une graminée
infimes traits de pinceaux
strient la clarté
de commissures intimes
sous les paupières aussi
l’iris recousu à l’ourlet
des crépuscules
plus près toujours plus près
les couronnes au bord fin
se brisent dans l’eau
noire d’une mine d’or
se rétracte dans la vase
des milliers de pétales
une offense se dissout
des yeux se multiplient
plus près toujours plus près
des cernes bistres
bas-reliefs organiques
s’amoncellent en cavernes
préhistoire d’un visage
un cercle se colore d’écales
une mandorle horizontale
plus près toujours plus près
repose un corps blanc
des draps froissés de veines
une irisation tout autour
zone sensible|ductile
plus près toujours plus près
une mangrove entre les cils
des poissons brûlants
des flashs immémoriaux
piétinent les vaisseaux
la vue s’embrase
transfigurée
plus près toujours plus près
du noyau condensé|écorcé
où se resserre la terre
ultime sursaut avant de fondre
dans les bras jaunes
du soleil.

Tu longeras une rivière
longtemps elle tintera
à l’orée des tympans
ses eaux seront fraîches
elles sonneront claires
quelques pierres ricocheront
en corps
sur ta peau diaphane
une pluie incolore
quelques échos de la terre
des giclures salées
elles seront flèches vives
dans l’œuf migrant
en ton ventre in-vasé
à la première contraction
un saule s’inclinera
deviendra chevelure
alors une dernière fois
tu renverseras ton visage
dans ses lianes filaments
tu plongeras dans l’eau
sans faire de remous
et laminaire tu seras
tes poumons | physalis
tes os de prêle
ton cœur|ginkgo
lamelles sombres
dans la clarté de l’onde
tu oublieras toute Ophélie
toute forme humaine
tu seras dissoute avant
d’être flux parallèle
sans résistance
sans demi tour possible
ils ne te demanderont rien
juste suivre le courant

parfois en oblique
le long d’une falaise
entre les strates karstique
les nageoires d’une truite
tu iriseras ton sang d’encre
toujours plus diluée

à la seconde contraction
une souche étrécira
tes orteils|tes écailles
tu percevras une résonance
suivi d’une déflagration
ton corps s’effilera
tes branchies s’ouvriront
ils te demanderont
de continuer de nager
sans chair|sans muscle
juste avec l’algue douce
tu chercheras en vain le sel
sur tes lèvres
tu seras lamelle obscure
presque révélée
à la troisième contraction
un esquif s’échouera
sur ton corps liquide
sans rame|sans proue
ondulatoire
en corpuscules infimes
tu couleras lentement
entre les flancs de l’eau
ils te demanderont
de frôler les fibres
semblable à toi
de sentir une pulsation
une lame de fond
tu seras multiple
vous serez multipliées
lamelles d’or
poissons brûlants
sur l’autre rive.

L’île amniotique

As tu vu la membrane
le pétale entre nous?
extrêmement fin
diaphane | édulcoré
nos peaux translucides
nos muscles graciles
autour les regards
écoanxieux
les brillances et l’odeur
des forceps
le fragile nous enserre
les cellules phagocytent
les peurs | les paupières
nous fermons
nos lèvres-sœurs
sur les coquelicots
aux capsules de verre
Comment la louve a accouché cette nuit?
une cicatrice sous le ventre
un impact sur la vulve
le sang en flaques
en pétales rouges vifs
aspirés | jaillis
en comètes démultipliées
édulcorées | emmiellées
à la lisière du placenta
éphémère.