Un lieu calme

C’est une valise
les gravats se sont jetés dedans.
les yeux clos
le dormant sert d’assise
aux visages en quête de langues
éperdues | concassées
c’est une valise
elle fleurit dans les paumes
c’est l’exil des derniers lierres
sur les ruines des paupières
le fil des pousses florifères
se tord | se tarit | s’assoit
sur le velours rouge
de carapaces initiales
imprimées | tatouées | ornées
de l’oubli des racines.

Tour de magie

Là-bas
le soleil brûle
la peau se craquelle
la cloque est une complainte
elle pleure dans l’herbe sèche
se love dans l’escargot
égaré | aréique dans l’arène
elle trace des spirales
avec le blanc des yeux
et le doigt de son pied
elle fixe le soleil
dans un sens
les coquilles sont vides
un trou pur dans le gaz
des solitudes
elle est nue avec le soleil
un grand disque de sable
brûle ses fièvres | ses insectes
dans l’autre sens
elle s’enfonce elliptique
dans le désert de Gobi
la chaleur dilate sa pupille
elle jette ses fulgurites
en sens inverse | de l’autre côté
seule une pluie de verre
la ramène à l’abri
des yeux clos.

Les pétales de l’acanthe

Comment l’impact a fendu
les pétales de l’acanthe
gueules ouvertes
mille langues blanches
supplient les fils
partis à la lisière
des exactions perpétuelles
au jardin des oliviers
Comment la torture a tatoué
l’aveu des coquelicots
petites flammes rouges vifs
sur les robes à pois blancs
des mères à la taille serrée
les seins comme des grenades
allaitant les coccinelles
Comment dans l’angle mort
le milan noir a obscurci
l’ivoire des os éparpillés
petits tas amoncelés
brûlis resserré à l’orée
des plumes et des entrailles
un souffle entre les doigts
Comment les disperser?
Comment les papillons
ont conquis le pollen
dans les recoins des fleurs
poussière de météorite
pluie de miel cristallisée
collée à leurs corps
ils atterrissent transparents
Comment compter les débris
de verre sur la terre ?

Les recueillements

Il faut qu’elle se recueille
dans la fissure du mur
qu’elle se recroqueville
dans les brindilles
être si infime| infirme
dans la foule des plumes
il faut qu’elle se resserre
entre les griffes du crépi
qu’elle laisse sa main
en négatif à l’intérieur
prête à s’envoler
sur la joue du rôdeur
le poids en étain flotte sur son ventre
le lichen en brisure recouvre son dos
une feuille rouge écarte ses os
des fils d’insectes entrent en elle
une brassée d’herbes étouffe son visage
défait le nid des quiétudes
enlève une à une les effloraisons
reviens au bourgeon tuméfié
au fœtus diaphane blessé
fusionné au soleil
perte souveraine | dissolution
accorde le corps à la mort.


Elle effeuille ses recueillements.

Tu ne crois pas ?

Tu ne crois pas?
qu’un pétale peut nous retourner
tu ne crois pas?
l’infinitésimal sous l’épiderme
tu ne crois pas?
l’eau de nos yeux
tu ne crois pas?
le gargouillis de la rosée
tu ne crois pas?
je vais te sourdre
t’enlever tes branchies
t’assécher les alvéoles
te sécher au soleil
tu ne crois pas?
que les escargots ont une âme
tu ne crois pas?
je vais te nouer à l’araignée
t’enrouler dans une coquille vide
tu ne crois pas?
un oiseau sur trois
a disparu
tu ne crois pas?
à l’écorce contre ton sein
au silence du guerrier
tu ne crois pas?
je vais t’arracher l’aubier
piétiner les radicelles
te déraciner
émietter la terre sèche
tu ne crois pas?
à la flèche taillée
au poignard aiguisé
aux os incandescents
tu ne crois pas?
colin-tampon
à l’écart du désastre
nous divaguons
esquilles du vivant
tu ne crois pas?
à l’invisible danse
du coléoptère
le soleil en point de repère
tu ne crois pas?

Fragments gastéropodes

L’escargot se love dans le cerveau
crâne éveillé │ microgravité
ralenti sous la voûte des mots
le corps mou sans squelette
enfouit sous les astres de l’oubli
cherche la coquille│ses débris
après la pluie et l’insomnie.
L’escargot s’est échappé
de la boite aux lettres
sa langue rappeuse sur l’enveloppe
creuse des trous │ papivore
papier émissaire d’une absence
la missive illisible s’enroule
à jamais sans destinataire.
L’escargot fait le grand saut
du prunier au figuier
juste à l’instant où tu appelles
voix viscérale │ alanguie
ses tentacules célestes
décélèrent le trouble
pressé contre l’écorce.
Tu passe un pacte
avec l’escargot
il laisse l’herbe folle
celle que tu raffoles
tu lui confies le secret
de ton squelette précaire
ses spirales │ ses volutes
creusées par l’entaille
où il pourra dormir.

Héliotropisme

Je ne sais pas pourquoi j’aime
les graines du tournesol
plonger mes mains
dans la chaleur des baies
sentir l’odeur embrasée
jusque dans mes draps
les craquer sous la dent
décapsuler le fleuron
jaillir | saillir en spirale
suite de Fibonacci
jusque dans la gorge
la graine multiple
reforme l’hélianthe
interne en demi cercle
cérébral ouvert en deux
propice à l’héliotropisme
prémâchées | remâchées
recrachées | recréées
les germes éclats solaires
s’enfoncent dans les pupilles
tournoiement tragique
d’une réalité jusqu’alors
immuable | inodore
le visage explose au zénith
dans le creux de l’hélix
une vérité corrosive
la fanaison intrinsèque
par l’acte final
de la graine en soi.

Une vie

Des yeux tournés plus haut
bleus│bleus intenses
à chavirer une goélette
dans les Altocumulus
elle déploie sa voilure
elle s’élève dans les lettres
radieuse adolescence
elle retourne le sang
des tocadors à genou
à la corde d’une guitare
elle attache ses pattes
d’échasse sauvage
juvénile
avant la migration de l’azur
vers les Apennins
son dos et ses ailes noirs
deviennent louve
son ventre blanc se gonfle
elle allaite l’allégresse
d’une langue nouvelle
revenue en elle
instinctive│primitive
elle s’échappe
de nos paysages
elle rassemble ses oisillons
leurs fronts│leurs cous
leurs corps fragiles
elle les porte à bout de bras
sur le fil ténu des jours
dans le nid effiloché
de l’agonie précoce
elle offre ses seins gonflés
elle s’imbibe de leurs chants
aria│requiem│oratorio
elle est revenue à la mer
aux cris des oiseaux
ses yeux tournés plus haut
bleus│bleus intenses.

Nostalgie de la lumière

J’ai convoqué la blancheur
pour recouvrir le verre
j’ai dissimulé l’insecte
entre les herbes tendres
et l’eau gracile
j’ai convoqué l’enfant
courant à travers champ
renversé par le vent
j’ai convoqué la trace
du soleil sur son corps
les blés et la farine
entre ses lèvres
j’ai convoqué le berceau
ses draps de soie
et de brindilles
loin en transparence
j’ai convoqué l’innocence
en une stèle irriguée
par le lait de mes seins
j’ai convoquée les mères
dans le désert
Nostalgie de la lumière
j’ai convoqué le squelette
minuscule d’une fillette
cosse volatile au creux
des paupières
j’ai convoqué le tremblement
d’une comète ciselée
aux ailes de silice
j’ai convoqué mes os
creusant le cristal
d’un télescope
à mains nues
j’ai convoqué l’autre côté
de ses plis
sur mon ventre.

Un matin d’Avril

Un matin d’Avril
la route recouverte
enneigement
les roues glissent
le milan noir
dans la pupille
le lierre terrestre
tressé de neige
agrippe le vernis frais
une aspérité
lentement les flocons
frôlent la porcelaine
le visage s’écarte
il est sous une buée
d’os et de givre
apocalypse blanche
entre les lèvres
il ne parlera plus
bourgeon muet
sous l’avalanche
des mains laineuses
en forme de nids
entrelacées de souffle
une épaisseur tendre
au delà du paysage
couché dans la neige
il ne fait rien de mal
des gouttes emperlées
abreuvent les moineaux
échappés de ses yeux.