Un matin d’Avril

Un matin d’Avril
la route recouverte
enneigement
les roues glissent
le milan noir
dans la pupille
le lierre terrestre
tressé de neige
agrippe le vernis frais
une aspérité
lentement les flocons
frôlent la porcelaine
le visage s’écarte
il est sous une buée
d’os et de givre
apocalypse blanche
entre les lèvres
il ne parlera plus
bourgeon muet
sous l’avalanche
des mains laineuses
en forme de nids
entrelacées de souffle
une épaisseur tendre
au delà du paysage
couché dans la neige
il ne fait rien de mal
des gouttes emperlées
abreuvent les moineaux
échappés de ses yeux.

Un matin d’Avril

Un matin d’Avril
la route recouverte
enneigement
les roues glissent
le milan noir
dans la pupille
le lierre terrestre
tressé de neige
agrippe le vernis frais
une aspérité
lentement les flocons
frôlent la porcelaine
le visage s’écarte
il est sous une buée
d’os et de givre
apocalypse blanche
entre les lèvres
il ne parlera plus
bourgeon muet
sous l’avalanche
des mains laineuses
en forme de nids
entrelacées de souffle
une épaisseur tendre
au delà du paysage
couché dans la neige
il ne fait rien de mal
des gouttes emperlées
abreuvent les moineaux
échappés de ses yeux.

Poissons brûlants

Au fond de l’eau les écailles
bruissent | recueillent
reflets opalescents
sédiments à demi mots
ouïes offertes | éblouies
nous glissons sur la matière liquide
nous revenons à l’avant monde
où nous étions de lave et d’eau
dans la poitrine du soleil

Au fond de l’eau les écailles
vibrent | écorchent
reflets magnétiques
sédiments au bout de la langue
lèvres renflées | exagérées
nous buvons la matière liquide
nous sommes au bord du monde
aux mailles de nos doigts
dans la bouche du soleil

Au fond de l’eau les écailles
écartent | exilent
reflets insulaires
sédiments engloutis
ventre échoué | rouillé
nous marchons sur la matière liquide
nous sommes au monde
ailleurs confondus
dans la brûlure du soleil.

Tragédies humaines

Tragédie

Il neigerait des pétales
j’attendrais la caresse de l’arbre
les bourdons murmureraient
leurs prières ensemencées
exaltées de soleil
j’ouvrirais mon iris
à la litanie des mésanges
la balle cingle une pensée
le crâne se renverse
sur la chaussée
j’explose en plein vol
un cratère se creuse
dans le ventre de la femelle
des grains s’émiettent
sur ses seins
sous les bombes solaires
ruisselle une chemises blanche
les oiseaux se poseraient
sur le mamelon d’un éclair
j’inclinerais mon visage
dans les plumes chaudes
je verserais ma vie sauvage
goutte à goutte
sur le duvet des fleurs.

Deux voix

Elle regardait le centre de la lune, comme un astre qu’elle portait dans son ventre, rond, brûlant, humide avec des cratères et de l’eau en abondance. Elle caressait le vivant sous son nombril dévasté, la lumière traversait la peau et fendait l’espace en une cicatrice sanguine.

« tu m’entends, je t’appelle petit pois, petit bois derrière chez moi. La peur ce soir perdue dans les mots que tu as abandonnés sous le lit. Debout, tout est noir, je t’appelle, les lettres sont des ogres, je suis avalée par deux voyelles..Ou …Ou… Ou…. La fenêtre s’est ouverte et la nuit est rentrée dans ma bouche. Je mâche l’obscur jusqu’à le rendre à la poussière. Je marche l’obscur jusqu’à le rendre à la lumière. Où suis je? Je t’appelle …Ou …Ou… Ou…. »

Elle renversait son corps à l’envers du décor pour retourner dans les coulisses. Elle voulait retrouver celle qui s’était échappée au moment même où la lune s’était levée, rouge, gonflée, exaltée, derrière les rideaux. Elle croyait au crépuscule entre chiens et loups pour mettre au monde le désastre et le destin d’un astre. Elle s’enfonçait dans de petites bulles d’excroissances, d’effervescences, de lucioles et de broussailles.

« tu n’es pas loin, je te sens , tu pues le sous bois, l’humus noir, les souches dévorantes, tu fourmilles d’idées, tu calligraphies de brindilles ma cabane cérébrale, je t’appelle …Ou …Ou… Ou…. tu ne m’entends plus, je m’accroche aux araignées, à leurs broderies, point compté, point de croix, petit point… tu as disparu dans les trous sombres où s’enfoncent mes doigts. Attends moi »

Elle tissait l’obscurité avec du fil d’or, l’enlaceur des mondes dormait tout contre elle, belle au bois dormant, elle s’endormait au centre de son visage circulaire où tournoyaient des comètes. Le sang gorgeait le noyau de la lune qu’elle portait en elle, sanguinaire.

« tu craches la terre décomposée entre tes dents, je cherche les débris, les cadavres, les exsudats, les signes, les frottis, les phylactères racinaires, en brouillon sous le sol, enlacés, embrassés, ensemencés dans des nids infinis, points croisés, entrecroisés… je t’aime, je nous aime, je suis la même et l’ancienne et la nouvelle »

Elle s’étourdissait dans la clarté d’une clairière d’une éclaircie, tout vacillait sous ses pieds sous la terre, elle était grenade dans la nuit, un fruit luminescent dans les entrailles. Elle ouvrait la forêt en brassées de lumière.

Le promeneur et l’odeur

Un homme marche dans une forêt dévastée, des souches brûlées, un désert de branches noires, une
odeur s’enracine , elle s’intensifie, elle se propage …jusqu’à lui.
le promeneur. — qui suis je dans ce chagrin? Je te sens, tu me suis dans les traces de suie ou je te suis dans le noir d’os de branches calcinées.
l’odeur. — es tu si fier de m’inspirer? d’incorporer l’incendie dans ta gorge dilatée?
le promeneur. — je retiens mon souffle, je voudrais courir plus vite que toi, m’enfuir, te semer aux quatre vents, tu me poursuis, tu gravis par les pieds mes muscles tétanisés, j’avance fakir sur un tapis de feuilles cautérisées.
l’odeur. — crois tu que je sois encore la vie? acceptes tu nos empreintes irradiées?
le promeneur. — brume ou fumée, viens tu de la terre ou descends tu des cieux? Obsédante, irradiante, mendiante, tu tourbillonnes de poussière en particules, tu éclos en capsules, corps volatile, invisible.. je voudrais te saisir dans mes mains, te pétrir et éclaircir la forêt des brûlis ancestraux. J’invoque une cérémonie où tu serais encens disséminé, éparpillé.
l’odeur. — laisse l’humus moisir dans les cendres, laisse toi descendre dans les exhalaisons des calcinations. Je suis celle qui annonce l’alchimie. Chacun de tes pas me soulève…
le promeneur. — je pleure les cèdres, les peupliers, les châtaigniers.. à tes combustions se joignent la saveur primitive de leurs sèves. Sucrée et âcre, tu coules sur mes joues, je laisse s’écouler tes flux, serpent sous les feuilles mortes de ma peau
l’odeur. — oui, je suis la vague noire qui recouvre et découvre les souches pour que tu te souviennes
le promeneur. — viens contre moi, viens frotter tous les pores de mon corps, viens te glisser dans mes cellules, j’embrase tes cils vibratiles en une infinité de brindilles calcinées, je te respire ensemble, le souffre s’insinue, ardeur dans le chaos du corps. Tu es là à l’instant où l’allumette craque en même temps qu’une étoile s’allume. Tu agglomères le pur et l’impur, tu sens la mort en même temps que la vie. Enlace moi comme je t’enlace, embrasse moi, comme je t’embrasse, console moi comme je te console, ensemence moi comme je t’ensemence
l’odeur. — je divague dans le sillon que tu traces.. tu remues le sous bois où le lichen pulse je fonds dans tes poumons où le respir expulse
le promeneur. — inspir…expir…inspir…expir…inspir…expir
L’homme marche en respirant fort et derrière lui, des feuilles commencent à reverdir.

Confidence

Écoute | Vois plus près
là près de moi
la mousse et le lichen
prolifèrent
dans l’intime des pupilles
l’humide perce nos tympans
la tendresse s’invite
arborescente
nos cheveux nuages
se souviennent
des branches mortes
murmure à l’écorce dorsale
une intimité de papier
déchirée perdue piétinée
inassouvie

babil | pépiement | gazouillis
éclaboussent la bouche
tu ne m’aimes plus
tu stigmatises l’oiseau
entre les lèvres

galop | élan | soulèvement
écorchent le ventre
tu ne m’aimes plus
tu flagelles l’apis
entre les reins

éclat | friselis|pétillement
griffent le visage
tu ne m’aimes plus
tu obscurcis la luciole
entre les cils

Écoute | Vois plus près
là près de moi
je retourne à la terre
avec les espèces compagnes
ensemble
corpuscule flottant infime infirme
à quatre pattes dans la poussière du ciel.

Bourdon

Une femme et le silence

J’écouterais le bourdon
sous les fleurs du prunier
ton suspens me soulève
jusqu’au pollen fossile
tu dors innombrable et un
contre mon ouïe élimée|usée
je serais le bruit blanc
des jours sans passé
j’aiguiserais mon souffle
tu transpires dans l’estuaire
des labyrinthes
ton écho oscille
osselets | coquillages | élytres
je recouvrirais de sable
le corps étendu
les paupières entre elles
les sutures des lèvres
tu souris à la fraicheur
très exacte des algues
déposés sur nos ventre
ton offrande à marée basse
se retire des épidermes
Devrais je avaler mon cri
d’une seule lapée ou
chanter plus fort que le bourdon ?