Mue

Ta bouche ravale le monde

Tes yeux le lessivent à l’éther 

Coule toi dedans 

Évite les marches et les falaises abruptes

Regagne une rive calme

Clame que tu meurs doucement dans une violence muette 

Arrache les dents de ceux qui jamais ne t’entendent

Regarde par l’interstice d’une porte sur la mer

L’océan réclame ton corps comme ton cœur le proclame

L’immense attend tes pas et les creux de ta peau 

Jette des pierres pour déblayer ton chemin

Organise les dans leur plus bel écrin 

Observe leurs imperfections retiens leur délicat leur précieux leur contraste 

Ne rentre plus dans un bocal dans l’image fixe qu’on te colle à la gueule 

Depuis que tes lèvres ont suspendu le jour premier 

Ton souffle est bloqué dans un cri retenu

Ne détiens plus tes gestes et tes colères derrière une cage de fer rougie à blanc

Laisse échapper les verts les collines et l’oiseau 

Il a la souple couleur de l’air et le vent des migrations lointaines

Recueille tout ce qui brille 

Même le plus terne est joyau dans le palais des choix

Tes ventricules s’ébattent et toi te carapates

Reprends l’horizon entre tes pupilles puits et le fond de ton sexe

Les lacs sont encore noirs mais bientôt il pleuvra et tu t’élanceras 

Ap-préhension

Tu dis. Immobile. Je vieillis. 

Je dis l’eau qui fuit à l’angle de mon œil jusqu’à l’encoignure de mes lèvres. Comme la marée se pose et se retire. J’avale et je jaillis. Et la pompe continue. Et l’envers de tes paumes et l’automne dans ton cou et le lait sous les mailles.

J’ai la trace de ta taille collée entre l’index et le pouce. 

J’ai la marque de ton souffle sous le lobe de l’oreille. 

J’ai le grain de ta voix qui bat sur l’enclume. 

J’ai le reste de toi plaquer sur mon corps. 

J’écoute ce qui nous tient encore.

Avalé

Ma cuisse gauche

L’avant de ma cuisse gauche juste au dessus du genou

Le bombé souple encore tendu par le pli de la jambe accolée au mollet rond écrasé 

Dessine l’intérieur de ma main 

Du pouce latéral droit à l’index latéral gauche 

.

Encercle autour de la phalange du premier doigt d’une main 

Argent brossé sous l’éclat de la lampe apposée au bord du corps détendu

Retient les bribes du jour passé de l’autre côté du ciel pâle 

Finesse de l’entour enfilé parallèle aux traits repliés dépliés

.

Une cheville inclinée rose sous un velours kaki

La trace de l’élastique laissée par une chaussette trop juste

Creuse la chair douce et tendre qui se laisse entrevoir dans le déclin des heures  

.

Deux baguettes sur un œil vide 

Dans un pot plastique transparent

Des perles vrac retenues en discussion sonore avec la main charnue du petit, doigts tendus 

L’entre aperçu empli de pénombre 

En station assise dans la clarté filtrée du petit salon

L’enfant en avant avalé par le bleu virtuel, l’allée de Tori et le kimono rouge de la fillette aux cheveux détenus par deux billes brillantes 

Je retiens mon souffle et le temps qui s’y pend 

Absence

Qu’est-ce que     ?
C’est le blanc qui me coule des lèvres 
Et s’étale sous mes doigts 

Qu’est-ce que     ?
C’est l’espace qui trop vaste s’étend 
Dans l’étroit de ma cage 

Qu’est-ce que     ?
C’est le souffle du vide 
Quand la peau se retourne sur un même néant 

Qu’est-ce que     ?
C’est le noir absolu
La trace qui s’amarre sur le dévers des mers  

Qu’est-ce que     ?
C’est le silence qui m’efface  
Et les restes de nous 

Qu’est-ce que     ?
C’est la paix qui se pose
Contre l’ordre établi 

Colère

/ N’oublie pas la chienne qui hurle aux loups 
qui ne veulent pas entendre
/ Aboie les plus fort que du fond des forêts les plus sombres
/ Apprends que ce qui rougeoie dedans ne tient qu’à l’empreinte indélébile que d’autres ont laissée dans ton ventre fertile
/ Ne couvre plus le feu qui incendie l’envers de tes contours et le cœur des cavernes 
/ Reconnais que la mer est impétueuse face aux digues qu’elle avale et au ciel qu’elle déploie  
/ Rends toi à ce qui se lève encore derrière les paupières du monde 
/ Retourne en solitude pour faire éclore l’orage
/ Et rappelle ta meute