Gratte les cordes de ton âme -fort avec le bout de tes doigts
Bois un café blanc- avec un peu de menthe, d’anis et une goutte de fleur d’oranger
Avale une cuillère de miel pour adoucir ta langue
Reviens au silence
Prends ton tapis
Avec tes mains propres, essore ton coeur
Enlève ces chaussures trop petites – et mets de la crème sur les cores de tes pieds
Apaise le contour de tes yeux – assassins potentiels,
Lève-les vers le Ciel et enduits toi du bleu, du blanc
Le gris, laisse-le entrer, accueille-le
Dis non – mais ne ferme jamais la porte à une bouche qui a faim
Lave tes draps tâchés de lait – le lait du dégoût et de la déprime
Épluche les jours qui ne se retournent pas
Explore le temps qui est là, juste devant toi – ne le laisse pas filer comme le vent
Retiens ta langue, tes mots qui blessent comme une hache
Épaissis ton silence – les murs te remercieront et la lampe aussi
Accroche ton manteau, décrispe les trapèzes
Mange le fruit de ta solitude
Fais coulisser ton foie qui ne draine plus.
Ménage tes réflexions intestinales.
Assiège tes peurs et ton chagrin qui ne naît que par toi
Entoure-toi de gens beaux et bons comme une sauce qui mijote au soleil – de leurs odeurs de repos et de défis.
Catégorie / Myriam Boukhobza
Nous irions promener nos corps contenus et nos visages relâchés – les dents découvertes.
Nous ririons en ramassant des pins, dans la forêt rapace, au bord du ciel. Nous irions lécher la sève des arbres, cueillir le jasmin de nuit qui diffuserait son parfum en plein jour. Nous tâcherions d’être gais et limpides et nous rangerions nos tristesses rabougries au coin d’une rue sauvage.
Les volets sont ouverts comme mon coeur l’est à chacun de tes mots.
Nous grattons une allumette, l’odeur de brûlé s’empare de nos poumons et nous reniflons nos ambivalences au milieu d’un cri d’enfant doux et dense à la fois – étreinte océanique.
Le ciel nous prie de nous étendre et d’accueillir les sentiments disponibles, sans frais.
Nous dessinerions des chemins à la craie sur le sol tonique des routes sans mères.
Nous déciderions d’emprunter une voie ou une autre, le rein prêt à rebondir face aux brisures des âmes juxtaposées.
Nous ne nous accrocherions ni au convenable, ni à l’amertume, le coeur tout dehors, nous nous ferions du bien en caressant le juste et le tendre.
Je suis des chants
des mélodies grattées
Des sons.
Les voix
de leurs voix.
J’habite milles corps
Deux terres pleines de sang
Et des blessures félines
incrustées
Dans les étangs de ma mémoire.
Je suis l’exil éternel.
L’itinérante.
Je porte la paix en parure
La transe d’hier
dans le volcan
Des jambes
de ma grand-mère.
Le cri de la révolte
sur ma langue habitee.
Je brusque et je caresse.
Je donne et je prends
Je me souviens et j’oublie.
Je me parfume
des mots et des regards
de ceux qui me précèdent.
Je saute à la ligne,
au bout de ma fureur de vie.
J’ai froid dans les os de mes pieds
Chaud dans le coeur.
J’aime me couvrir des étoiles des livres.
En faire un duvet de soie
Pour les nuits chiennes.
J’aime disparaître et j’aime qu’on me voit.
Je suis l’exil éternel.
L’itinérante.
Je suis le goût des tempêtes
Tantôt l’aurore
Tantôt…
Je suis les prières de l’aube.
Je suis les yeux humides
Les roches salées et le sable qui gratte.
Je suis l’âme qui prend le large.
Je suis la poudre.
La dépouillée.
Je suis
La renaissance
Au feu sacré
De celles et ceux qui m’ont précédé.
Je suis l’humide et le doux.
L’eau et
Le bois qui monte au printemps.
Je suis l’effroi.
Je suis milles soleils et milles diables.
Je suis
La somme des déséquilibres
Le vent qui redresse.
La bêcheuse
L’affabulante
L’aimant-e sacrée.
L’éclopée au creux des vagues.
Je suis pied-ressort
Je suis une plume en sarcophage.
Je suis le transport amoureux.
Je suis la boue sur ton visage.
J’ai pris congés de moi,
De la rumeur du monde,
Des jours qui pressent le dos
Qui font des glaires au coeur et
métallisent les jambes
Des bruits de moteur dans la gorge
Du haut de ma fenêtre, les yeux rivés sur la cour en bas de chez moi
J’ai pris congés.
Dans cette cour,
aux formes vertes et
plantureuses
vêtue d’un manteau rouge de soie en automne,
j’ai senti le Ciel poser ses mains sur la fente de mon front
et j’ai respiré dans ses veines bleues.
J’ai desséré les muscles, en cotoyant les arbres,
j’ai bu à la tasse du chêne.
Je me suis enduite du souffle du bois,
De son mouvement
Les chants d’oiseaux m’ont caressé les tempes et m’ont murmuré :
« Sens tes pieds lourds sur la terre,
Laisse tomber ta nuque sur les roseaux du silence ».
J’ai aussi marché longtemps sur les ruptures du sol mouillé par mes questions sans fin
Où mènent ces vies – vastes chimères – qui nous coupent des silences et des bruits qui reposent l’âme ?