C’est une pensée ou pas — mais c’est bien là :
le pas savoir agit, en douce, subrepticement, aux yeux de tous.
Comme une tête chercheuse il cherche. Il sent, flaire la bonne découverte.

Il suppose, il s’immisce, il relie.
Il découvre de la nouveauté, ouvre de nouvelles pistes.

Comme une boussole qui s’affole, tant les directions sont infinies,
comme un radar il scrute largement… jusqu’aux confins de l’univers…
ça bip bip bip…

Le pas savoir remue sous la peau.
Il gratte derrière les yeux, tire les pensées par la manche,
pousse aux portes qui n’existent pas encore.
Il fouille dans les tiroirs du crâne, soulève la poussière des idées,
se glisse sous les paupières et appuie, là, juste là.

Il croit savoir et jubile.
Il s’excite car de l’infiniment petit à l’infiniment grand
il pousse ses recherches, dépasse ses limites.
Il saute d’une cellule à une galaxie en un seul clignement.
À jamais inassouvi, il poursuit sa course folle,
sa survie pour savoir.

Savoir pour savoir —
car on ne sait jamais.

Savoir-être, Savoir-faire,
Savoir-penser, Savoir-vivre,
Savoir-transmettre, Savoir-mourir.

Et ça repart. Encore.
Le pas savoir agit et s’agite.
Il tournicote, crépite,
comme un insecte contre la lumière du mystère.

L’infini le nargue.
Il court après, langue dehors,
sans jamais le toucher vraiment.

Et pourtant…
quelque part, au bord du vide,
dans un repli du monde ou du thorax,

Ici, ça ne sait pas.
Et ça repose — doucement.
En paix.

Pourquoi

Pourquoi avait-elle décidé de ne plus se poser de questions ?
Elle tente de se souvenir du moment précis où cette décision avait été prise…

Pourquoi toutes ses certitudes s’étaient-elles effondrées, éclatées en mille morceaux, comme une flaque d’eau absorbée par un sol poreux ? Liquidées, envolées. Plus de consistance, plus d’imprégnation.

Pourquoi une infime goutte avait-elle suffi à éteindre le brasier ardent de son volcan en éruption ?
Pourquoi une goutte d’infini avait-elle embrasé son ciel, et soudain, plus rien n’était pareil. Tout était différent, et pourtant si semblable.

Pourquoi le fil de son histoire s’était-il brusquement rompu ?

Pourquoi ne plus se demander pourquoi ?
Ni acceptation, ni refus, ni rejet. Plus d’illusions. Tout s’était effacé.

Pourquoi sa peau est-elle si douce ?
Pourquoi ses mains la caressent-elles ?
Pourquoi la boucle est-elle bouclée ?

L’absence de réponse est, en elle-même, la réponse.

Pourquoi lui à ce moment-là?

Une sale période pour moi, presque une perdition. Non mais que dis-je une réelle perdition. Je m’accrochais corps et âme à des fils invisibles qui m’échappaient.

Je coulais à la surface de la Terre. Buvais la tasse à chaque respiration. Suffoquant en souriant. Plus de prise et prise en plein cœur par des fantômes qui m’habitaient, me télécommandaient. Je croyais être moi, je n’étais que l’ombre de moi-même. Une automate morte vivante… mais avais-je été réellement vivante avant ce temps-là?

Il est apparu dans un couloir et je l’aurai reconnu même en plein noir. C’était ma bouée de sauvetage, enfin l’air allait enfin re circuler dans mes cellules. Un nouveau scénario, à vivre après la mort, une nouvelle accroche. Il était la vie qui allait me redonner vie. Des mois, des années, accrochée j’étais, purement et simplement. Un destin, c’était écrit, c’était ainsi.

Aujourd’hui, libérée, délivrée, comme la chanson, le suis-je vraiment? Libérée de quoi, de qui? Délivrée d’où? De quel geôlier, de quelle prison dorée, de quel joug? De moi-même…

Elle s’envole dans le printemps doré de lumière. Ses ailes frêles prennent de l’ampleur et sans peur aucune s’élèvent au-dessus des nuages. Nue dans les nues. Un déploiement  à l’infini.

Merci de me donner la main, me donner l’élan, m’ouvrir la porte, me permettre, m’autoriser d’y aller, d’oser, de jouer, de me défier, de plus me voiler, me cacher, m’étouffer, d’ôter, d’enlever, d’extraire, de dépressuriser et de presser en même temps, de laisser s’écouler, se déverser, enlever le voile, la pudeur, le puanteur, la putréfaction.

En effet personne ne m’avait dit que la densité étouffait 
Je ne savais pas la rudesse la non caresse le manque la perte
Pendant des années j’y ai cru à cette blague de mauvais goût
Il me semblait que je jouais parfaitement mon rôle
Je croyais au semblant, qu’un nouveau jour arriverait
Le silence recouvrait tout telle une chape de plomb 
Je ne pouvais pas savoir que c’était possible, que cela m’était destiné

Dans le silence avaler la peur
Dans le silence ignorer la douleur
Dans le silence sourire et faire bonne figure
Dans le silence goûter l’impuissance 
Dans le silence crier à l’intérieur
Dans le silence danser à l’infini

Chuchoter une prière

Taire une colère
Murmurer « je t’aime »
Muette, ne rien en dire

Ce n’est pas un mensonge, un songe qui me ment
C’est une réalité insoutenable que l’on soutient
Qui devient irréelle une fois passée
Qui remonte en méandre de mémoire 
Demandant libération

Je t’ai vu je te vois dans l’invisible

Les mots n’ont plus rien à y voir
Et pourtant ils sont là
Les petits les grands les beaux les laids
Serpentant comme des vers de terre
dans une structure inexistante 

Pas de déception, pas de bonne surprise, pas de nouveauté, pas de cruauté, pas de clarté, pas de compréhension…

Un battement de coeur qui rassemble il ne reste que cela.

Tu…
es l’absence qui fait le vide
le mystère qui demeure
l’autre comme un miroir
l’ailleurs que l’on espère
l’énigme à jamais résolue
Tu martèles le temps


Voilà une danse rituelle
incessante qui appelle depuis la préhistoire
dans les cavernes habitées
un battement, un rythme
une sentence qui tel un couperet
ordonne et éclaire et vient déverser 
sa vibration son fluide sacré
la chair abdique et l’âme exulte silencieuse
le feu brûle dans la poitrine
la peau tambour devient nuage poussière
Danse de tous les âges
qui ôte les voiles, largue les amarres
voyage entre ciel et terre
emprunte les chemins inconnus, bien connus.

Comment faire pour être ?

D’abord, de prime abord, avant tout, retirer tous les conditionnements inhérents à l’existence, un à un.

Chose non aisée car la plupart sont inconscients!

Pour autant, il est fondamental de recommencer inlassablement, sans répit, car les injonctions inconscientes ont la dent dure.

Recommencer à chaque instant volé. Persévérer, jouer de tout cela.

Attrapez le violet de la fleur qui s’épanouit et embaume, l’être est là…

Soyez touché par la caresse d’un rayon de soleil, l’être est là…

Écoutez le silence du sommeil de l’autre aimé, l’être est là…

À un moment donné, par surprise, un voile s’élève subrepticement et l’être apparaît avec simplicité presque timidité. Il a toujours été là mais tellement ignoré.

Il apparaît plein de lumière même en pleine nuit.

Il apparaît avec reconnaissance et humilité d’être enfin considéré.

Il a été patient et accompagnant tout ce temps durant.

Temps qui pour lui n’existe pas.

Entre ces deux là l’air est lourd, étouffant. Il n’y a pas de chemin envisageable, juste des impossibilités, des barrières invisibles qui coupent les élans, qui coupent les ailes…

Pas de risque à prendre, chacune dans ses appartements, c’est mieux ainsi.

Si d’aventure il y a croisement, c’est têtes baissées pour éviter un regard qui en dirait long sur ce qui se jouent, prises au piège malgré elles. La mère et la fille ne respirent plus ensemble. Elles étoufferaient, elles s’étoufferaient tant les non dits se précipiteraient. Le salon est saturé de vide. Dans un décor où les objets bien sages rappellent à leur mémoire un passé qui persiste.

Une vie de misère, de relation impossible. Un son inaudible long, criard, une note qui s’étire tel un cri insondable. Un saxophone parle à la place de ces deux là et des petites frappes de percussions ricanent de la situation. Tels des petits démons, ils rient du gouffre invisible et vif, coupant, séparant, éloignant tel un miroir déformant une réalité perdue. L’invisible a gagné la partie de cette impossible réalité.

La mère la mama la maman, celle qui a mis au monde l’autre se redresse. Un petit rire surgit de son trésfond et s’extériorise. S’étant extraite subitement de cet air empoisonné, un nouveau souffle l’emplit, la remplit et déborde, se déverse, coule à flot. Il arrose et il envole, il lave et purifie, cet air trop longtemps étouffant. Un rire, deux, trois rires. La fille les entend.

De la mère, ça continue à déborder et jaillit par salve. Du bout de ses doigts des ondes invisibles viennent dessiner dans l’espace environnant des formes fleurs, des poissons bulles imaginaires et autres motifs incongrus… Tout est envahit … La mère magicienne sorcière danse maintenant et vomit le poison démon. Elle a le pouvoir, la magie du vivant. Un chant se mêle à la partie et la fille légère flotte dans ce nouvel air et sourit de cet ici et maintenant comme si l’avant n’avait jamais existé.

La cérémonie du Tout est Là.

Solennelle, retentissante, La voix dit : « Tout est Là! »

L’oreille entend et se rend à l’évidence.

Une pensée répond : « Oui, ce n’est pas faut… »

L’écho de la voix résonne… : « Tout est Là! »

La tête s’incline, se soumet.

Les yeux observent : les meubles, table, chaises, lunettes, papiers, ordinateurs. Les murs, les fenêtres, arbres, immeubles, ciel…

Oui Tout est là, ce n’est pas faut. C’est vrai alors… c’est simple.

Les entrailles se rebiffent : « Pas possible! Pas possible que cela soit si simple ! »

Les émotions viennent d’ailleurs, elles se présentent sans être invitées…

Il y a donc un ailleurs que Là ! Ah ah!

La pensée duelle s’active, s’en donne à coeur joie : Oui mais les émotions apparaissent dans cet instant là donc Tout est bien là à sa juste place… l’ailleurs est imaginaire pas réel… blabla blabla…

La cognition dans sa pleine raison d’être fait surchauffer le cerveau qui rend l’âme.

STOP! Revenons en au « Tout est Là! »…

La voix a bien résonné dans la tête.

Restons en là, c’est simple, les objets, le corps, l’environnement, le calme.

Merci