Sur la montagne ce soir,
La lune est aussi blanche que le jour.
Elle éclaire mon esprit sombre.
Le froid est partout.
Nos pieds ont décidé de ne plus frôler le sol, gelé.
La cabane est close désormais.
Ils ne veulent pas sortir.
Dans la lucarne je vois briller l’astre de la nuit.
Neige au soleil.
Elle fait de l’ombre aux bougies.
Est-ce que quelqu’un voit ce que je vois ?
Je me demande si à l’aube
Le soleil en fera autant.

La mer est pour ceux dont les yeux sont arides
Pour ceux qui, passifs, voient rouler les vagues
Pour les peureux qui ne plongent pas
Ceux qui voient leur visage se refléter
Scintillant comme des pierres semi précieuses
Pour ceux qui se noient dans leurs souvenirs
La mer est pour ceux qui n’ont pas appris
Pour ceux qui vont à reculons
Se contentant des embruns
Pour seules caresses.
La mer est pour ceux qui voient
L’horizon
Comme mille possibles.

Lueurs pâles du jour cèdent à la nuit
Mon regard s’assombrit.
C’était quand ?
Le jour fatidique.
Rien ne nous y prédisposait.
Mes yeux avaient confiance,
Tes yeux déjouaient la nuit.
Nos regards dansaient
Sous le plafond de la chambre.
Mes yeux gravitaient
Autour de tes noires orbites,
Profondeurs inconnues.
Mes yeux se sont souvent noyés
Pour trouver l’entrée.
Mes pupilles se dilatent
Même alors qu’on ne voit rien,
Mais mes yeux le sentent bien
L’astre éclairé
Perdu dans ton regard
Qui était-il, lui, dont je ne sais plus rien ?
Le souvenir demeurant
Mon regard est calme à présent.

Souci d’étanchéité, la peur s’infiltre.

– Tu tapes des doigts trop vite, lâche-t-elle.
Tu fais défiler les lettres. Précipitées sur l’écran. À t’en crever les yeux. Tu te fais pitié. Ça ne t’arrête pas pour autant. Tu n’envisages pas la suite ; tu la connais. Tu vas plonger.
Les garde-fous sont déjà loin.
La folie c’est te sentir vivre ?

Une flèche au milieu de l’asile arrive. Je suis peut-être du mauvais côté du mur.
Je décide de m’éloigner. Mais c’est long.

Son indifférence est totale
devant la vieille masse calcaire.
Pourtant, ce soir, c’est l’Everest.
Les yeux nus, chaque détail compte.
Chaque détail reste.
Sa lutte est vaine.
A l’instar des dernières lueurs,
la neutralité de l’endroit s’échappe.
Elle effleure l’ivresse de l’instant.
Hors du monde.
Le lien est indélébile.
Son cœur brûle.
devant le calcaire devenu or.

Quelques passants attendent le couchant avec ferveur.
Observera-t-elle le spectacle elle aussi ?
Au pied du grand bloc de pierre, seule ombre du paysage, elle attend.
Elle se dit : « ces gens ont de la chance. »
Elle veut saisir la sienne.
Ses jambes dénudées font des allées et venues pendant que ses poumons se concentrent pour inspirer l’air chaud.
Elle est en vie. Elle voudrait exister.
Elle se souvient d’avant. A quel point tout était doux.
Le soleil et son corps sont en feu.
C’est l’heure.

L’endroit est plein de nos sourires.
Tu es l’inconnu
qui inonde la nuit.
Je me baigne dedans.
« Quel est ce parfum que tu portes à ton cou ? »

Ici le monde n’est pas monotone.
Le temps passe vite.

Nous sommes l’ici et maintenant.
Tu es l’air printanier
qui fleure l’interdit.

Je me plonge dedans.

Puis le jour se lève.
Le spectacle me laisse indifférente.
L’angoisse,
comme un corps étranger,
m’ assiège.

J’ignore tout de demain.

« Qui es-tu ? »

Tu es déjà loin.

Ton absence désormais m’appartient.
J’ai l’espoir encore,
que revienne le printemps.

Le poids des feuilles mortes. Le poids des larmes.
Le poids dans la tête. La masse dans le corps.
Pesanteur jamais abolie.
Elle gravite, pas lourde, mais chargée.
Le poids des mots.
Peser ; mesurer ; balancer.
Choisir les bons.
Elle ne fait pas le poids.
Elle s’abandonne à la légèreté.
Elle n’oublie pas.
Le poids du ciel. La densité du soleil.
La chaleur des corps.
Le poids des doigts dans la peau.
Les mains lourdes de caresses.
Le poids des sourires.
Le poids des souvenirs.

Le matin

Premièrement, le désert
Éphémère solitude
sans bruitage.
Quelques oiseaux
pour seul oasis.

Deuxièmement, l’obscurité
qui glace les phalanges,
une à une réchauffées
par la brise de l’air conditionné.

Troisièmement, le ciel
qui finit par brûler.
A travers le pare-brise,
dans l’habitacle: un incendie.
Spectacle chromatique.
Les mains encore engourdies.

Enfin, la lumière.
Qui fait mal.
Les yeux brillent.
Le précieux matin s’éteint.
Le monde fait à nouveau du bruit.