Tu prendras ta nouvelle paire de nageoires et ira nager
Dans le lac de lait
Jusqu’à être devenue assez grande
Pour sortir du lac T’ébrouer sur des coussins des peaux différentes Tu t’appuieras tant bien
que mal sur tes minuscules genoux tes petits coudes osseux
En regardant partout autour de toi Tu t’émerveilleras de la première forme qui vient
De la première couleur
Tu regarderas Tu t’habitueras Tu découvriras les yeux des autres
Qui seront là-bas avec toi
Gris et verts et marrons et bleus peut-être un peu rougis ou violets ou dorés parfois je ne sais
pas
Tu mangeras de toute la nourriture et boira de toutes les boissons qu’on te proposera
Du haut de la haute chaise d’où tu surplomberas la table dressée pour tous les convives
Différents à chaque nouvelle lune
Tu apprendras à rêver et donc à lire À entendre À déchiffrer ce monde d’après
Cela sera le plus rapide et le plus sûr
Tu recevras tant de cadeaux que tu ne sauras où les ranger Ce qui tombera bien
Puisque là où tu vas, il n’existe pas vraiment d’espace pour ranger
Que tout déborde toujours et toi avec Tu verras
Tu déborderas à un moment à un tel point que Tu
Iras t’échouer sur une peau qui se trouvera là comme si elle était faite juste pour toi
Ce qui je te le souhaite sera effectivement le cas
Mais je m’avance et n’en ai pas ici le droit ici Je dois reprendre T’écrire les recommandations
qu’on m’a enjoint de t’écrire
Je ne peux rajouter à ma guise des infos trop intimes Mais le rapport suffit
Tu avanceras ensuite au grand carrefour sombre, à l’orée d’un orage ou d’une tempête, Tu
franchiras toi-même les bois laissés là désolés avec ou sans cigarette ; Là fais selon tes
possibilités et ne masque pas trop ton regard
Lorsque tu auras pris beaucoup de temps à réfléchir à la musique qui t’environne, Aux chants
des créatures ailées et au conciliabule des feuilles
Dans la première plaine ou le premier bosquet que tu découvriras
Tu composeras un bouquet de fleurs
De celles qui n’existent que là-bas, Je n’en connais pas le nom
Et tu les couleras sur la peau de tous ceux qui te soutiennent sur ton parcours (même de loin)
De cette échange de présents s’élèvera une voix
Comme sortie de nulle part et de partout à la fois
Elle te dira comment faire ensuite
Pour la suite du parcours
Tu marcheras Marcheras encore T’allongeras sur une voile déchirée : une paupière cousue au
rivage d’une mer, Tu te lèveras à l’aube, Apprendras longtemps de la voix
Puis quand elle s’éteindra, ramasse la paupière et fais-en ton sac
Mets-y les visions que le paysage te donnera
N’oublie pas d’embrasser la peau qui te colleras toujours
Et ainsi viendra ton tour Tu écriras des indications à ton tour
Sur cette peau si collante et aimante qu’elle sera aussi la tienne, Comme je le fais en ce
moment même sur ce ventre qui n’est pas le mien Mais que j’aime tant
Toutes les peaux aimées peuvent porter cette écriture
Ne t’inquiète pas Tu aimeras Tu verras et
Tu l’écriras pour un autre fruit qui aura germé là
A vos côtés
Je te le souhaite, Je te le souhaite tellement
Bon voyage maintenant
Suis ma voix
(…)