je n’avais rien
je m’préoccupais 
de rien

le piquant de ta langue 
contre la mienne
excitation – chargée

soupirs – nicotinés
on s’acoquine
dans un brouillard électrique

ça m’pique
ça m’transperce

devine
encore
nos deux corps
ouverts

partout – encore

un élan
une nuit comme ça
résolue

vouer aux jeux des flots de peau

et le ciel se casse
sans la nuit

Mes mains pleines de rien

Tu me dis : n’apporte rien !

C’est impossible, rien.

Oh ! Même trois fois rien

C’est déjà quelque chose.

Tu vas encore râler.

Que faire de tes riens ?

Tu es libre

Tu en mets sur la table

Sur un mur du métro

Sur la casquette d’un flic

C’est pas compliqué

Et ça peut faire plaisir !

Tu ne regretteras rien,

Rien des jours qui trépassent,Rien de mes mains pleines de riens.

Le goût de rien

Prendre la moitié de quelque chose, réserver.
Verser dans la cocotte un tiers de n’importe quoi, ébouillanter, laisser frémir. Puis, saisissez ce que vous voudrez, à feu vif.
Dans le mixer verser quand même un soupir, une larme et un zeste de néant, pas plus.
Veillez à recueillir le fumet de ce qui cuit, et écumez avec une passoire, je sait que ce n’est pas facile mais vous devriez y arriver avec une boite à odeurs ou un sac en plastic. Apres avoir baissé les feux, saisissez vous enfin de tout un tas de truc, pour les ajouter à cette chose qui patiente depuis déjà un moment, calmement certes mais qui attends et se fane. Alors tout un tas de trucs, entendons nous bien, ca n’est pas n’importe quoi, enfin faites attention à la cuisson quand même, blanchir n’est pas bouillir.
Donc rajouter trois cuillérée à soupe de vide, deux pincées d’absence, et un peu de sueur
de la veille, ce qui est bon est toujours un petit peu dégoutant.


Maintenant concentrez vous, éteignez tous les feux, vous pouvez rajouter le fumet au dessus de la cocotte ou vous aurez disposé le contenu du mixer et la chose assaisonnée apprêtée, qui attends de vous être présentée.
C’est le moment de goûter, le meilleur moment.
Vous me direz : « oui, le gout des larmes et de la sueur la belle affaire », ou bien « circulez il n’y a rien a voir ». Finalement je ne sais pas je n’ai pas d’avis là dessus, c’est une cuisine maigre sans matière et sans matière grasse, mais le goût devrait y être.

Le goût du rien.

Écrire sans consignes
une nuit sans sommeil
allongé sans forme
dans un lit sans beaux draps

On écrira
au début sans consignes
sans qu’on signe à la fin
on écrira

Des jeux de mots à la con
qu’on écrira
dans la marge du supplément

On massera perplexe
son cuir ex–chevelu
puis on poussera 
le pouce et l’index
au creux des yeux 
entre les deux
la base du nez
équilibrer la tension
attention de se foutre 
du tiers et du quart
le doigt dans l’œil
jusqu’à Ostende  

Rien du tout (au JT)

Mesdames et Messieurs, bonsoir, voici les titres de l’actualité de ce jour comme d’un autre.
Le coup d’envoi a été donné hier en grandes pompes de ce que nous attendions tous : pas grand chose.
Ses amis le considéraient comme tel et pour ses ennemis c’était tout l’inverse.

Nous nous rendrons dans la plus petite île du monde qui caresse son espoir d’on ne sait quoi. Nous reviendrons sur ce qui s’est passé hier mais que tout le monde a déjà oublié.
Nous parlerons du maintien dans leurs fonctions des personnels qui s’apparentent à personne.
A cela s’ajoutera ce que l’on pensait impossible : ceci. Il s’avère que c’était aussi inespéré qu’inattendu.

Nous nous assurerons que les populations sont bien là et qu’elles ressemblent bien à ça.
Un phénomène climatique sans précédent et imprévisible est survenu ailleurs.
L’annonce des résultats sportifs ne s’est pas fait attendre, aucune, qui couronne dix ans de néant.
Le gène de la digestion rapide a été isolé, on l’a identifié, il est ici-bas, quelque part.
Nous envisageons ce qui semble être le fait le plus important de l’année : rien.

A l’heure d’hier mais à la date du jour, nous assisterons au levé de rideau sur ce fait marquant et absolument quelconque qui rend tout le monde amnésique et que nous avons omis de nommer parce que nous ne rappelons plus ce dont il s’agissait.

C’est maintenant la fin de ce journal. Nous vous donnons rendez-vous jamais.

dire quoi

on invente des trucs toujours on invente des trucs avec la langue
on dit ce que personne ne dit on ne nomme pas on énonce et sous la langue se cache quelque chose que chacun doit deviner toi aussi tu peux c’est facile c’est ce truc sur le bout de la langue
il y a la syntaxe, l’art et la manière, la façon de dire, la grammaire du si peu qu’il passe entre les dents, ne
se laisse pas attraper, ce que l’on chope c’est la chance de pouvoir dire : ça
ce qu’on ne sait pas dire on le montre avec sa main ou ses doigts que l’on étale comme ceci ou cela
on signe et ça veut tout dire – ou rien
on écoute bien ce que l’on entend d’abord on pousse l’oreille comme on pousse l’œil pour entendre
l’invisible
cette chose dont on ne savait rien jusqu’alors se dévoile : le mot le premier celui-ci précisément ça y est il se laisse attraper au lasso de la bouche ça y est tu l’as c’est ici tu n’as plus qu’à
le langage c’est ça tu vois un genre de piège à mots c’est affaire de son de modulation de tessiture c’est ça et aussi autre chose
ce qu’on a on le garde pour soi puis on le partage et il n’y a aucun danger à dire ce qui doit être dit écoute bien c’est exactement ça