Parey un ti voulvoul | Comme un cheveu de pelé

Kan Zarlor y tomb su nou
parey un ti voulvoul ki rod su ban pièr
li lé transporté
ti lamp ti lamp dan’ l’air frais
la ramèn amwin
la ou mon ban zié lé an fé
sàt moment ou
kan mi imazine out figure
ek le ban zetoile ki gilit aou

et ou rire aou
y rézone dan fon dan’ cascade
y plonge dan keur batan’
y bat ann’dan

Quand le trésor nous atteint
comme un cheveu de pelé qui bouge sur les pierres
il est transporté
doucement dans l’air frais
ça m’a ramené
là où mes yeux étaient en feu
ce moment, où,
quand je me souviens de ton visage
et de ces étoiles qui te chatouillent

et ton rire à toi
il résonne dans le fond des cascades
il plonge dans le coeur battant
il bat à l’intérieur

Le vieux

Le vieux
Une cuisine ensoleillée. Cuisinière à charbon.
Chaleur. Cheveux blancs.
Un tablier à carreaux blancs et bleus ou roses
Ou les deux, peut-être.
Un dos à carreaux sans visage.
Une odeur de café moulu à la main. Un bol de café brûlant, fumant.
Fumée. Dans un nuage, un son. Un son à la radio.
Une chanson, peut-être.

Un peu plus tard. Un béret. Un béret noir et un bleu. Un bleu de travail.
C’est ce qu’il dit. Son bleu. Pour moi une salopette.
Oui, ce sont ses mots, peut-être.
Une main. Une grande main. Une main de grand.
Un arbre à cinq branches tordues.
Oui, c’est ça. Une main à l’écorce traversée par deux rivières très bleues.
Vieux.
C’est ce qu’il dit, peut-être.
Un coup d’œil à ma menotte. Si lisse. Si minuscule.
Au bout d’une branche, l’arbre tend un croissant. Un croissant chaud.
Une odeur magique, feuilletée, beurre fondu.
Ferme les yeux. Une odeur ou un goût.
Oui, les deux peut-être.
Une saveur de dimanche. Un délicieux moment.

Puis là-haut un visage, ou plutôt deux yeux.

Deux yeux souriants, malicieux.
Des yeux qui savent. Un regard étoilé efface la pièce.
C’est un jeu peut-être
Un plaisir, une joie d’enfant. Un rire qui emplit tout l’espace.
Ferme les yeux et devine. Devine l’autre arbre.
S’ouvre sur un malabar.
Un malabar enveloppé de jaune. Un vrai. Un rose.
Oui, un rose et un tatouage.
Un bonhomme aux gros bras, cheveux jaunes, peut-être
Dans les yeux du grand père, le bonheur
Une larme d’amour peut être.
Dans le cœur de l’enfant, un miracle
Une petite main qui se glisse sous l’écorce
Une grande main avale la petite
Engloutie en une seule bouchée
Une petite main juste pour dire merci.

pose le ciel sur ton ventre
allonge-toi enfonce repousse 
tes limites
déploie
tronc
      bras
         racines

ressens comme 
tout est toi
et tu es tout
et rien
et partout
depuis toujours

mêle tes doigts à l’herbe
de tes cheveux
avale 
ta propre sève
n’arrache plus rien
pousse

écoute le vent 
la traîne      du lombric
les fleurs
qui t’applaudissent

porte les enfants
sois leur terrain de jeux
leur cachette 
leur refuge

sous le soleil
ferme les yeux
ris avec lui
parle-lui de la pluie

invoque-la une dernière fois

dis les mots qui changent de sens
et que personne n’entend

retiens le souffle
        qui file 
entre tes dents

parle à l’herbe à l’arbre
berce la pierre 
console-la 

moule ta nuque dans la glaise
et tes yeux 
dans le bleu

laisse les feuilles couvrir ta langue
mâche l’humus
les vers
la pluie

souviens-toi
ou ne te souviens pas
mais quand la brume viendra
n’oublie pas 

remercie-la

Fixer le pare-brise de la Prius- L’automne, les essuie-glaces en rythme.
 La route berce. Défilé de pins rouge, brume, pluie, cliché.
Couleur vert, brun, doré. La forêt sur des kilomètres ; Lui conduit. Moi j’attends. 
Agitée. Habitude. C’est triste, ce jour de fuite. 

De la fin.

Maintenant, ça fait longtemps, presque mal de la voir. 
Cette forêt, cette route, sa voiture, sa cigarette, les pins, l’automne.
Jusqu’à l’aéroport. 
Ses mots. Décousus, étouffés. Langue étrangère.
Suspicion banale. Content que je parte.
Soulagement dans sa voix.
Honte dans la mienne. 
Il n’a pas dormi depuis trois jours. Pour moi. Pour rien. 
À peu près.
Chauffage à fond. Buée. La nausée du tabac mal roulé. Je fume un peu, quand même. 
J’avale tout à l’intérieur. 
Ventre, fumée, pins, forêt, route, pluie. 
L’hypnose continue. Spasmes à l’intérieur.

Ivre à l’intérieur. Excès des jours accumulés. 
Trop de tout. Les kilomètres pour évacuer. La panique. Presque. Pourquoi ?
Un instant. Pause sur image.
Nous marchons dans le vert, brun, doré. Caresse les troncs. Cliché. Difficile de savoir. Il filme
tout. Mais les images ont disparu.
Lumière partout. Et puis le grand silence.
Pause sur image. Finalement. Viens.
Côte à côte. Pas trop. Peau tendue. Paume ouverte. Collés, comme le vert au tronc, comme le
rouge des pins. Comme la maison près du rivage.
C’est derrière nous. Corps fragiles, cœurs déçus.
Pour rien.
À peu près.

Les hydrangeas

Je regardais les hydrangeas.
Les hydrangeas dans l’ombre des grands arbres. Je regardais.
Je voyais du rose, non. Du blanc, non. Du violet, non.
Plutôt du mauve … Pas bien regardé, dans l’ombre incertaine.
Ombre des souvenirs mélange les couleurs sous les grands arbres.
Les hydrangeas.

Dans le parc, les saisons sont passées.
Impossible de distinguer la couleur dans le vent.
Le vent dans les frondaisons. Le murmure des trembles.
Pas sûr. Murmures, frémissements. Frémissements des feuillages des bouleaux.
Mal entendus dans l’ombre incertaine. Bouleaux. Trembles. Hêtres.
Mal entendu le vent dans les arbres.
Le bruit des minuscules cailloux, un songe. Tes pas, peut-être.
Les hydrangeas.

L’attente. La gorge sèche. Le souffle coupé. Les yeux humides.
La gorge sèche. Oui, l’attente, l’espoir.
Non, les yeux humides. La pluie inondant le banc. Non, les larmes. Aucune attente.
Le souffle coupé dans la grande allée des arbres.
Le cœur s’arrête. Espoir noyé dans le vent, les larmes et l’ombre incertaine.
Les hydrangeas.

Les hydrangeas. Qu’est-ce que c’est déjà ?
Les voix des enfants me regardent. C’est çà ? …
Sans doute. Ta voix me regarde. Puis elle se détourne et part.
C’est moi qui m’en vais. Trop court. Ah bon, déjà. L’éternité. Je ne sais plus.
La gorge sèche. Les yeux humides. Le cœur qui s’arrête. Ne sait plus dans l’ombre incertaine.
Les hydrangeas.

La  boîte aux lettres rouge

Agrippée au vieux mur de pierres
Vestige du temps passé
Elle résiste l’ancienne boîte aux lettres rouge
Elle se souvient des temps anciens
Quand chaque jour, le facteur lui rendait visite
Toutes les générations se retrouvaient dans la vielle demeure
Pour le temps des grandes vacances
Longtemps à l’avance les enfants se réjouissaient
De retrouver leur ile magique
Brehat c’était la liberté
Parties de pêches effrénées
Et régates sur le voilier au gréement aurique
Chaque matin les adolescents guettaient le passage de l’homme au vélo jaune chargé
De sa sacoche débordant de missives
Ils espéraient recevoir une lettre de leur fiancée
A l’époque la plume sergent major n’avait pas encore été remplacée par la pomme 
La boîte aux lettres était le témoin des joies et des chagrins
De la maisonnée 
Elle se confiait à son ami le facteur.
L’autre jour elle avait consolé la jeune fille de la maison qui avait reçu une 
Lettre de rupture 
Aujourd’hui plus de courrier, les sms télégraphiques se sont substitués aux longs courriers écrits à la plume.
La pauvre boîte à lettre est vouée à devenir une antiquité, bientôt elle sera enfermée dans les musées
Les petits enfants demanderont quelle était son utilité.
Par un coup de baguette magique, la pomme s’est substituée à la plume
Adieu feuille blanche sur laquelle courait le stylo

Extérieur nuit

Première nuit

Je suis dans un lieu qui a un nom mais c’est tout

Quand j’entends Papouasie, Polynésie, Amazonie : voilà.

Je sais que ça existe mais le corps même en est intouchable

Là, du pareil ; un nom, sans couleurs, qui attend.

Dix humains alanguis sur des matelas de salon, échoués ici après les heures de voyage, l’avion qui ne sait plus quand nous sommes, le thé avec des visages inconnus, la nuit autour d’une langue inconnue

Dix humains sur le toit, recueillis par des matelas de salon, épousés par leurs duvets légers

Effleurés par la nuit moite, les étoiles en percussion à l’intérieur des paupières de tous les yeux grands ouverts

Le sommeil guette à l’orée du muret qui entoure la terrasse, vigie de l’instant, se suspend en lui-même et part se promener seul dans la pénombre

Bruissement de l’air que je déplace, je m’assois

Nos pupilles se rencontrent et sourient dans l’hébétude

Mon corps perdu est un murmure de pensées sans paroles

Cou curieux infatigable se tourne et cherche

Assise au milieu du silence assourdissant, les mains touchants sans saisir, saisissement face aux pierres immuables de la maison d’en face, face aux peaux liquides de mes compagnons éphémères, j’entends un regard que je ne vois pas

Apparition du toit d’à côté, trois chèvres immobiles me regardent et cherchent à comprendre

La scène se peuple et repeuple mes sens désertés

Alors que repue je reconnais de nouveau les étoiles et leur parle allongée de cette nouvelle nuit

Alors que d’enveloppée je suis arrivée dans cette première nuit

Retentit le fracas psalmodique qui me recueille presque endormie

Une vache se lève dans la rue et répond à l’appel affamé de son petit

Le chant du monde s’intensifie et amplifie nos muscles, nos yeux clignotent

La maison des chèvres devient une mosquée

La mosquée annonce qu’il est 4h45

Pendant longtemps

4h45 en Mauritanie

L’heure de partir.