Improvisé

Chercher son eucalyptus 
S’y déposer 
Flanc, nuque, dos
Le sentir sans le voir

Corps a des yeux 

Le visage n’est pas le seul
Aussi voit la peau

Des fins capteurs 
Ils tâtonnent de vif

Attendre suite à venir effleure
Et puis par là 
Beau aussi

Des rythmes 
Suspend
Saccade du doux

Ouvert 
Grande brassée 
Ou fermé juste point

Fermé-transition
Fermé-repos
Fermé-résonne 

Repartir

Inverser gravité 
Rire poids

Ligereza

Avec sol avec moi avec air
Et même en grappe

Grappes de poids vivants
Comme gouttes sur feuilles

Dans cet espace 
Poids est force

Possibilité de bouge immense

Roule, flotte, glisse
Dépose 
Et vole

Je peux vole-murmure

Poids du corps en transfert
Il coule ici et ressort là 

Plus fluide qu’eau neuve
Plus dense que lave
Poids s’anime

Fils d’énergies 
S’expandent de nous

Attrapons 
Jetons
Couleurs de corps
Musiques de nous
Précis 

Thorax vibrants respirent du tout

Du momento simple

Il chante
Es coser y cantar

Rajeunir

Une façon de rajeunir
est de se regarder miroir
l’écouter lire entre les lignes
de front délivré avec surtout
ne pas sourciller

déride l’ovale en face à l’aide
d’acides en -ique mélangés
petite crème de jour pour
retarder tombée de ta nuit
qui se promet

avale des fruits digère facile
tes morts avec des vitamines
immunise leur temps compté
comme compte tes pas sur
l’appli très mobile donne-toi

prends du plaisir partout
où il dandine encore plus
l’amour serre-le dans tes bras
serre tout court souffle au cœur
pompe circule pour repulper

balade la nature et observe
la mer s’horizonner du monde
les rhizomes vivaces qui foisonnent
sur leurs réserves sensiblement pareils
aux montagnes jamais déplacées

inspire plus grand que toi
fais-toi l’enceinte rapetissée
d’un sentiment d’éternité

Une façon de pleurer

Une façon de pleurer
C’est de penser
Laisser monter
Laisser faire

Mais une autre façon est d’y mettre du sien
Il ne sert à rien de regarder il faut
Penser à
Puis aiguiller
Exagérer
Concentrer
Ratatiner
Rentrer dans un trou
Une perle
Pleurez comme une perle

Roulez
Roulez-vous en vous-mêmes
Recrachez-vous par les yeux
Quand vous êtes plein
Et trop
En vous
Sortez de vous
Fuyez
Comme un tonneau percé de balles
Pleurez comme un western spaghetti

Des phrases bouleversent parfois
Des phrases comme
« Je ne sais pas comment c’est possible mais c’est vrai * »
Pleurez en pensant que c’est vrai

Une autre façon est le mensonge
Mentez-vous
Et puis jetez-vous la vérité
Sceau gluant de brumes
Le non-dit a condensé
Formé ses champignons microscopiques
Miasmes miasmes miasmes mon amour j’ai cru t’aimer

Cet air pollué
Inspirez
Pleurez pour des champignons
Pour le nucléaire ou pour
Pour ce qui est rampant poudreux blanc noir et jaune
Sur les murs de mon corps
Dans la cave de mon corps
Et au-dessus
Chapeau de cheveux de fumée toxique
Qui fait pleurer

Pleurez en traversant la fumée
Soleil assèche
Larmes trophées
Brillantes
À s’en aveugler
Pleurez comme une victoire amère
Pleurez comme une langue inconnue qui libère
Pleurez comme un rêve
Sous-marin
Familier

 » Je ne sais pas comment c’est possible, mais c’est vrai  » est une phrase extraite du roman d’Adrien Lafille, Le Feu extérieur, éditions José Corti, 2024. 

la meilleure façon de marcher
est de parler cent détours
à pieds joints sur les rêves
quitte à les briser
ou un pied après l’autre mais
toujours avec soi
fais de chaque déplacement
un jeu – à dix, cours
un silence à combler
de sable mouvant
une parole à porter

– jette un pont
laisse l’accent chanter
en micro-trottoir
la pensée filer
en fleur de bitume
l’histoire piétiner
ton brillant à lèvres
la meilleure façon de marcher
est de trébucher
sur les mots, les dos
d’âne – plane
ne crains pas les faux-pas, les nids-de-poule
les voix qui rayent le parquet
laisse circuler, se court-circuiter
les hauts débats, les bas propos
tant pis pour les correspondances
coupe les virages
la ligne droite n’existe pas
prends la langue comme elle vient

fais des vagues