Le paysage de ta peau

la peau tiède étale
s’effleure se soulève
elle se déroule sous mes doigts
sans s’éloigner des fleurs
elle ondule sous le vent
planté de plein champs
je vois les vagues qui l’envolent
les stries de frissons
les rides et les ravins
la lente dérive
elle tremble blanche
criblée de percées à vif
une forêt se balance
sur ton bras encerclé
la tension rouge d’un sentier
brûlée à quel degré de
blessures ou de caresses
quel passage de baisers
quelles vibrations sans briser
le courant et les rives
en descente de mes dents
en dictions de mes voies
je me laisse guider
j’ai tombé les voiles
si je vogue sur ton corps
si je me perds en chemin
si je m’absorbe dans tes paysages
si je tombe dans chacun
de tes précipices
je me rattrape à tes cimes
les falaises je les gravis
à la force de mes poignets
j’établis ici mon campement
je glisse ma tête dessous
tout mon être à bouger
en même temps que
le paysage de ta peau

Le vent réveille l’instant du paysage
Je marche éblouie dans la partition du silence, la course des nuages.
Les pins vibrent sur le ciel.
Le vent froisse la robe des coquelicots, les décline du rouge à l’orange au soleil.
La terre frissonne,
sa chair ocre sous les pétales des cistes et les fantômes exaltés des buissons,
pulsation d’ombre et de lumière.
Devant moi les herbes hautes bercent leurs grappes sous la frénésie des insectes.
Les fleurs dodelinent, encensoir troublant sous la peau.
La flûte de l’eau ondule mousseuse sur les pierres,
tout là haut le ciel nu, éclaboussé de bleu d’écume et de rochers.
le vent s’amuse de l’arpège des oiseaux,
de leurs plumes ébouriffées sous les feuilles.
Sous le regard mouvant des choses,
légèreté animale des sens,
je marche dans le jardin du vent.

Sur l’image

De cette photographie statique, trois détails, trois sourires s’augmentent devant mon œil qui se rappelle la scène. L’espacement des personnages, leur mobilité comme d’hier, leur bruissement dans l’air doux, l’emplacement, l’embrasure de l’air. D’aussi loin, ils se meuvent, marchent dans ce paysage de villégiature.
Autre temps, autre âge. La mélancolie a son mouvement propre qui dépasse de loin les aiguilles de l’horloge numérique. J’ignore quelle heure il est maintenant. A cet instant, je suis ailleurs, loin, auparavant. Je me promène dans ma mémoire comme une solitaire en compagnie. Les mots n’existent pas mais les pensées, les souvenirs peuplent et se meuvent entre les tempes, la percée c’est le temps qui passe.
Le temps qui va son train lent à rebrousse-poil, à retrousse-chemin. Le temps me caresse l’avant-bras, me chuchote les choses passées. Et je marche dans ma propre machine à le remonter, boîte à musique, caméra de privilèges, les événements ne se nomment pas, ils se vivent dans mon cerveau, mon projectionniste privé, mon film quatre étoiles, ma fiction ré-orchestrée dans laquelle je bouge, je tourne, je danse. J’erre, je voyage dans ma mémoire comme dans un vaisseau fantôme ou sur un chemin de campagne. J’aimerais parfois t’emmener avec moi dans mes souvenirs mais tu restes au bord. Ce chemin n’est pas le tien.
J’avance et tu restes immobile, loin de moi.

Le derviche tourneur

C’est dans le silence de nos vacarmes que le monde nous offre sa couleur.
Et c’est dans ce silence que je me tiens.

Le vent impose aux feuilles des platanes d’inkaya et des abies leurs folles danses désordonnées.

Sur mes paupieres maintenant fermées, leur image poursuit son mouvement.
L’air chaud me submerge.
La mémoire résineuse s’imprégne en moi.
Les brindilles tapis sous mes pieds craquent leur petit corps déjà meurtri par la chaleur de l’été.

Et je ne sais précisément ce qui commande à mon corps, mais j’ouvre grand mes bras à l’image de l’inkaya, et je tourne autour de moi-même comme un soleil caché.

Entre mes bras, je voudrais tout rassembler, tout embraser, en ne gardant que le meilleur de ce monde, en rejetant le pire, loin.

Je deviens faqir et je tourne tel un derviche, je tourne et je tourne et je tourne pour rattraper la course de la terre.
Le monde devient vacarme et trône en moi un silence de paix.

Il n’y a plus rien que je veux garder pour moi, je rends tout à la terre et à ce monde.
Il n’y plus rien de manquant au fond de mon âme, aucun pays, aucun amour, aucune âme.

Je fais partie de ce monde et sa beauté m’annihile.

J’ouvre les yeux et tout me paraît immobile, comme spectateur de ma propre danse.

Je suis le monde en mouvement et il est moi.

C’est un jour de Noces.

Des paysages figés, gris et ternes, sans vie, se détachent à l’horizon, filent et défilent, comme un collage de papier mâché et salivé, mouillés, dénudés, pluvieux, tristes et froids, en enfilade, les uns derrière les autres, comme autant de vérités qui s’abattent et se fracassent contre cette paroi de ferrailles et de tôles offertes. Ils avancent sur moi, chacun leur tour, semblant vouloir me happer dans leur décor de mort et m’ensevelir, prenant jusqu’au son de ma voix qui demeure muette. Même si je ferme les yeux, je les vois encore se rapprocher de moi. Pas un mot qui ne jaillit de ma bouche rouge sang pour crier la peur du vide dans mes entrailles, juste ce silence coincé tout en dedans. Les gouttes de pluie, qui ruissellent tel un torrent de larmes, viennent s’abattre sur les vitres sales et poussiéreuses de ce train grande vitesse qui raille indéfiniment vers un nulle part. Il n’y a plus de destination. Mon être tout entier happé, comme sidéré, dans un noir abyssal, un tunnel sans fin et sans lumière, comme un puit sans fond où mon corps ne cesse de tomber.

Sur le quai de la gare, tu n’es plus là…

Le vent réveille l’instant du paysage
Je marche éblouie dans la partition du silence, la course des nuages.
Les pins vibrent sur le ciel.
Le vent froisse la robe des coquelicots, les décline du rouge à l’orange au soleil.
La terre frissonne,
sa chair ocre sous les pétales des cistes et les fantômes exaltés des buissons,
pulsation d’ombre et de lumière.
Devant moi les herbes hautes bercent leurs grappes sous la frénésie des insectes.
Les fleurs dodelinent, encensoir troublant sous la peau.
La flûte de l’eau ondule mousseuse sur les pierres,
tout là haut le ciel nu, éclaboussé de bleu d’écume et de rochers.
le vent s’amuse de l’arpège des oiseaux,
de leurs plumes ébouriffées sous les feuilles.
Sous le regard mouvant des choses,
légèreté animale des sens,
je marche dans le jardin du vent.

D’en haut

Avion lourd, terre légère
Le regard traverse le hublot
S’accroche au défilé

Asphalte arbres bâtiments
Morceaux de soleil
S’ébrouent avancent accélèrent
Se fondent en un seul trait
Qui pénètre l’œil

Il y dessine une fêlure

Avion lourd, terre légère
Un pays tourne ma page
S’élance à pleine vitesse
Vers où je ne vais pas

Avion léger, cœur lourd
L’un reste en bas
Quand l’autre s’envole

Je regarde ma terre de haut
Et ça la rend triste

Avion vide, avion lourd
Rempli de ce qu’il n’a pas
Pu emporter avec moi