je lave
ta peau amère
l’orange sanguine singe mes veines
tes yeux n’ont pas de trêves
tes yeux sont des prières
je courre à travers la plaine
d’un coup je dors
et je me baigne
la rivière est mon festin
je lis dans les lignes de la main
que tu as faim
tu grattes à la porte
comme l’érosion du silence
tu avances avec le printemps dans le ventre
tu aiguises ton sang tâché de cendre
il faut attendre
allongé dans les herbes trop lentes
le ciel a le goût du lait maternelle
la lumière est une tendresse éternelle
je plie les joues
et je souris
accrochée à ton cou

Le chemin

Je vais dans la vie d’un pas fracturé, d’un pieds bot, la jambe boiteuse de ne savoir où se poser.
Je croise des âmes blessées, des lambeaux de vent qui me percutent de leurs mouvements trop amples, de leurs gestes arrachés à la terre.
Avec mon corps crashé par tant de collisions je continue de marcher.
Nous continuons tous d’avancer sur le chemin.
Tous en apnée devant et derrière ce qui nous sert de boussole.
Nous allons à l’aveugle nos yeux bridés de solitaires, nos yeux couturés d’erreurs d’aiguillage, de coups ciseaux si anciens qu’ils ont rouillés, nos yeux de fer rongé par le temps.
Nous avons tous des mains trop grandes d’ogres faméliques, nos dents déchaussées dansant seules dans nos bouches.
Nous ouvrons encore nos gueules vides bêtes affamées en quête d’un loup, d’une meute, c’est à qui trouvera la couverture chaude de l’humanité pour s’en couvrir. A qui les draps propres de l’amour pour se vautrer.
Il se dit qu’à défaut d’un agneau, nous pourrions nous nourrir de rivières, nous pourrions nous vêtir de forêts.
Et parsemer de nos os les routes pour montrer la voie empruntée à l’avenir, celle à suivre des yeux avant de la nommer.
Nous poursuivons tous, c’est le parcours imposé de l’escape game jusqu’à son terme (joueur ne joue pas encore), jusqu’à dernier souffle, la respiration courte de l’oiseau.