Elle me cloue au sol en des heures sans fin;
Et les jours sont semblables et les calendriers n’ont plus de sens
Si ce n’est de lier les jours inavouables
De son départ et de ton départ !
Les orphelins sont-ils toujours aussi honteux ?
Connais-tu ma tristesse ?
Elle que je suis partout et qui me suit partout.
Connais-tu ma tristesse ?
Elle a le son du silence qui gronde en mon immobilité. Rien d’autre n’est au monde,
Ni mon souffle, ni celui de l’enfant d’hier,
Ni vos deux voix devenues si tôt indéfinies !
Connais-tu la tristesse ?
Fraternité damnée !
L’absence, amie en la chair scellée !
Et la joie incertaine,
Compagne de haute lutte,
Devenue seule dignité.
Et l’espoir plaie ouverte !
Comment le déserter quand le sourire des
Ombres au cœur s’enchaîne ?
Connais-tu la tristesse ?
Houle vive conquérante où se noient les étrangers à la peine. Les esquifs du réconfort tour à tour s’y brisent.
Connais-tu la tristesse ?
Pour elle, on promet tout et par elle, tout advient.
Pour elle, de lui j’ai tout refusé .
Il ne pouvait demeurer que le vide.
Pour elle, de toi j’ai tout accepté, jusqu’au parfum que tu aimais, que je dépose sur ma nuque aujourd’hui.
Connais-tu ma tristesse ?
Ne l’ais-je criée à chaque ligne ? Puisses-tu me l’accorder encore un peu !
Connais-tu mon amour ?
Je l’avais ensevelie au plus profond de ma colère. Je n’ai pas su l’exhumer à temps !
Connais-tu mon amour ?
Il ressurgit aux cendres littorales alors qu’il se fait tard. Toi seule peut l’accepter, comme le peuvent les mères. Je le sens en mon âme à présent.
Connais-tu mon amour ?
Connais-tu ma tristesse ?
Connais-tu ma tristesse ?